DOSSIER/Assurance maladie : Que gagne l’assuré avec la nouvelle liste de médicaments remboursables ?
Pour assurer une meilleure accessibilité aux soins de santé de qualité et offrir plus de possibilité de substitution de médicaments, la loi instituant l’Institut national d’assurance maladie (INAM) autorise l’Etat à réviser périodiquement la liste de médicaments remboursables. C’est dans cette optique qu’une nouvelle liste de médicaments remboursables par l’assurance maladie publique entre en vigueur ce 1er décembre 2020. Cette liste révisée va permettre de garantir la qualité des prestations des soins et d’assurer un remboursement plus équitable des médicaments. Pourquoi une telle révision ? Qu’est-ce qu’elle va changer ? Et quels sont les avantages que tire chaque acteur de la nouvelle liste. Eléments de réponse dans ce dossier …
Créé en 2012, l’Institut national d’assurance maladie (INAM) est un établissement public qui gère le régime obligatoire d’assurance maladie des fonctionnaires, des agents publics et assimilés en activité et à la retraite. Pour assurer la qualité des soins et la pérennité du régime, des modifications périodiques sont souvent opérées dans les prestations que fournit l’Institut. Parmi ces modifications la révision de la liste des médicaments remboursables.
Instituée par arrêté interministériel en date du 30 mars 2018, la nouvelle liste des médicaments remboursables par l’assurance maladie publique, contrairement à ce qu’on peut penser, n’émane pas de l’INAM. Mais elle est plutôt élaborée par l’Etat qui la met à disposition des acteurs. Pris ainsi, elle est un outil de gestion de l’assurance maladie qui est mis à la disposition des prestataires que sont les prescripteurs et les pharmaciens pour leur permettre de reconnaitre les médicaments à prescrire ou à dispenser aux assurés et leurs conditions de délivrance. Cette liste présente pour chaque médicament le nom commercial, la substance active qu’il contient (appelé dans le jargon médical Dénomination commune internationale (CDI), ses caractéristiques, la forme, le dosage, le groupe de maladies qu’il traite, son prix de vente en pharmacie, la part que l’INAM rembourse et sous quelles conditions on peut le prescrire.
Depuis le début des prestations de l’INAM en 2012, c’est la troisième liste qui entre en vigueur ce 1er décembre 2020. C’est dire que l’Etat procède régulièrement à ces modifications dont le but est la recherche de la meilleure liste. Pour Dr Têko AMOUSSOU-KOUETETE, chef département contrôle médical et qualité des soins à l’INAM, l’évolution permanente du prix des médicaments ainsi que les comportements changeant de prescription nécessitent la recherche consistante du triple objectif de l’équilibre entre les trois impératifs. Selon lui, « une bonne liste doit assurer la qualité des soins (contenir des médicaments efficaces et répondre aux besoins de soins de la population) ; permettre un remboursement optimal des médicaments aux assurés (une bonne couverture financière de leur dépense) et garantir l’équilibre du régime (par un remboursement des médicaments dépendant de leur utilité et non de leur coût sur le marché ou des comportements de prescription) ».
LES NOUVEAUTES DE LA NOUVELLE LISTE
Avec la nouvelle liste qui sera lancée le 1er décembre 2020, le remboursement sur les médicaments sera plus équitable. Les médicaments identiques c’est-à-dire ayant la même composition, la même forme et le même dosage seront remboursés sur la même base. Pour cette nouvelle liste, les bases de remboursement ont été fixées en fonction des médicaments les plus prescrits. Ici la satisfaction du client est prise en compte. La réduction relative du nombre de médicaments est la troisième nouveauté de cette nouvelle ; son utilisation est donc plus facile pour les prescripteurs tout comme pour les dispensateurs que sont les pharmaciens.
Il faut noter que le souci majeur qui a guidé l’Etat dans la révision de la liste des médicaments est la prise en compte des préoccupations des patients. Cette préoccupation se traduit par son caractère inclusif. En effet, conduit par le Ministère de la santé et celui en charge de la Protection sociale, le processus d’élaboration de cette liste a réuni d’éminentes personnalités pluridisciplinaires. Outre lesdits ministères, les professionnels de santé avaient une place de choix. Composée des associations de santé, des praticiens de santé, des pharmaciens d’officine ou d’hôpitaux, cette catégorie d’acteurs professionnels a veillé à la prise en charge des besoins sanitaires réels et à la qualité des médicaments. L’INAM de son côté a participé à l’élaboration de la liste en apportant son expérience en matière de gestion du risque maladie. Tous ces acteurs ont bénéficié de l’expertise d’un consultant en médicament mis à disposition du gouvernement par l’Union européenne. « Ce processus qui a duré plusieurs mois a permis à ces différentes personnes avec des expertises diverses qui se complètent d’avoir une liste inclusive mettant les préoccupations des bénéficiaires au centre des préoccupations », a noté Dr AMOUSSOU-KOUETETE.
LES AVANTAGES DE LA NOUVELLE LISTE
Avec ce travail inclusif et pluridisciplinaire, tout le monde en tire profit. Mais c’est l’assuré qui est plus favorisé car la liste lui permet non seulement d’avoir des médicaments de qualité mais aussi avec un reste à charge très réduit. C’est-à-dire que ce qu’il aura à payer cette fois-ci est plus réduit qu’avec la liste précédente. Auparavant, chaque médicament avait sa base de remboursement et aucun médicament n’avait une base de remboursement qui égalait son prix public de vente en pharmacie. Ce qui faisait que les assurés paient un différentiel parfois élevé. Maintenant dans la nouvelle liste, 52% des médicaments ont leur base de remboursement égale au prix public de cession (prix en pharmacie) ou même supérieur à ce prix. Ce qui fait que ce différentiel n’existera plus. De ce fait, l’INAM payera pour la plupart des 80% de leurs prix de vente en pharmacie.
Quant au prescripteur, l’avantage qu’il en tire est que désormais, il a un nombre moins important de médicament. Ce qui facilitera l’utilisation de la liste. La dispensation sera plus facile et la substitution possible pour le pharmacien parce qu’un applicatif a été créé pour permettre aussi bien au prescripteur qu’au pharmacien de faire rapidement le choix le plus efficient.
De l’avis des acteurs, cette liste est très bien élaborée et la satisfaction est à tous les niveaux. Mais chacun a sa partition à jouer, rappelle Dr AMOUSSOU-KOUETETE, pour qui l’INAM, le gestionnaire de l’assurance, veillera à ce que chaque acteur joue son rôle. « Nous devons veiller à ce que chaque acteur accomplisse son rôle. Nous devons suivre la liste et détecter tout dysfonctionnement et proposer des solutions », prévient-il.
S’agissant des grossistes répartiteurs privés ainsi que la centrale d’achat des médicaments génériques (CAMEG), il leur est demandé de s’approprier la nouvelle liste des médicaments remboursables pour une bonne connaissance des groupes de médicaments identiques et de leur prix (base de remboursement) nous confie le médecin. Ainsi, doivent-ils penser à rendre disponibles en priorité les médicaments de cette liste qui ont leurs prix proches des prix base de remboursement pour que les patients n’aient pas de différentiel à payer.
Abordant le cas des pharmaciens, le chef département contrôle médical et qualité des soins à l’INAM estime qu’ils doivent assurer la disponibilité continue des médicaments de la liste et privilégier la délivrance des médicaments dont le prix est inférieur ou égal au prix du remboursement.
Quant aux prescripteurs, ils ne sont pas oubliés. Il faut, poursuit notre interlocuteur, qu’ils acceptent que les médicaments de même composition se valent même si c’est un générique. Et donc prescrire un médicament dont le prix est proche du prix référentiel de la base de remboursement non seulement garantit son achat mais aussi n’appauvrisse pas le patient.
Et enfin, les bénéficiaires doivent connaitre et user de leurs droits à demander lors d’une prescription ou lors d’une dispensation en pharmacie le moins disant en coût, c’est-à-dire dans un groupe identique de médicaments de même composition, même forme et même dosage.
Somme toute, tous les acteurs doivent jouer leur partition et prendre soin de leur rôle. Du sérieux de chacun dépendra l’avènement de l’assurance universelle au Togo.
Albert AGBEKO
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