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Accident à Kara : quand la presse béninoise informe les Togolais et que la TVT  se contente de lire un communiqué

 

 

Plus de 24 heures après le grave accident survenu hier dimanche 8 mars 2026 sur la route des montagnes à Kara, dans le nord du Togo, l’information demeure parcellaire dans les médias togolais. Pendant ce temps, ce sont surtout des médias béninois qui apportent des précisions sur les circonstances et le bilan de ce drame, l’un des plus meurtriers enregistrés sur les routes togolaises depuis le début de l’année 2026. Une situation qui relance le débat sur le rôle et les responsabilités d’une télévision publique dans le traitement de l’information.

 

Un accident dramatique encore entouré de zones d’ombre

L’accident, survenu sur la redoutable route des montagnes à Kara, a provoqué une onde de choc dans l’opinion publique. Dès les premières heures, les autorités togolaises ont annoncé un bilan provisoire de 14 morts. Mais depuis, aucune mise à jour officielle détaillée n’a été communiquée, laissant les populations dans l’attente d’informations précises.

Plus surprenant encore, aucun média basé dans la région de la Kara n’a été en mesure, dans les premières 24 heures, de fournir un récit détaillé des circonstances de l’accident. Pourtant, la zone est couverte par une antenne régionale de la télévision publique togolaise.

Cette situation rappelle un autre accident : l’accident de Yamaboua, survenu en octobre 2025 dans le centre du pays, qui avait coûté la vie à cinq ressortissants français. Là encore, ce sont des médias français qui avaient relayé les informations plus rapidement que la presse togolaise.

 

Une télévision nationale réduite à lire un communiqué

Et pourtant, la Télévision Togolaise (TVT) dispose d’une antenne régionale à Kara. Mais malgré la gravité de l’accident, celle-ci n’a pas produit de reportage de terrain.

Dans le journal de la mi-journée de ce lundi 9 mars 2026, la chaîne publique s’est contentée de lire intégralement le communiqué du ministre annonçant le bilan initial. Aucun élément supplémentaire n’a été apporté : ni témoignages de survivants à l’hôpital, ni images du site, ni explications sur les circonstances du drame.

Lire aussi : Togo: la DSR, la gangrène sur nos routes

Cette pratique, consistant à lire un communiqué officiel sans traitement journalistique, pose question. Dans les standards du journalisme moderne, la mission du journaliste ne se limite pas à relayer un texte institutionnel. Elle consiste à vérifier, contextualiser, enquêter et apporter une valeur ajoutée à l’information.

Autrement dit, un communiqué est un point de départ, non une finalité. Quel est l’apport du journaliste s’il doit continuer par lire un communiqué sans y apporter une plus-value. « Ma grand-mère qui est au village peut faire la même chose si on lui envoie le texte du communiqué », commente un étudiant en journalisme avant de poursuivre la particularité du métier c’est le traitement, cette touche particulière que le journaliste donne à un communiqué qu’on lui envoie.

 

Une mobilisation sélective de la télévision publique

L’absence de couverture de cet accident contraste avec la mobilisation observée le même week-end pour d’autres événements. L’antenne régionale de Kara s’est par exemple déplacée pour couvrir l’assemblée générale élective de la Faîtière des communes du Togo ou encore les activités au programme de la journée du 8 mars.

Ce contraste nourrit une critique récurrente : la télévision publique togolaise est souvent plus active pour les événements institutionnels – activités gouvernementales, cérémonies officielles ou fêtes traditionnelles comme les célèbres Evala – que pour les faits d’actualité touchant directement la population.

Or, une chaîne nationale est censée jouer un rôle central lors des catastrophes, accidents ou crises, en fournissant rapidement des informations fiables.

 

La presse béninoise comble le vide d’information

Face au silence relatif des médias togolais, plusieurs médias béninois ont publié dès ce lundi des informations plus détaillées sur le drame, y compris une réévaluation du bilan.

Lire aussi : Togo : 14 morts et 58 blessés dans un grave accident à Kara

Selon ces sources, le nombre de victimes s’élèverait désormais à 20 morts et 58 blessés, un bilan plus lourd que celui annoncé initialement par les autorités togolaises.

Les médias béninois expliquent également les circonstances de l’accident.

Les victimes seraient originaires de Kpandri, une localité située dans le département de l’Atakora, au nord du Bénin, près de la frontière togolaise. Elles revenaient de funérailles organisées au Togo.

D’après les informations relayées par ces médias, le groupe avait effectué l’aller dans un camion. Pour le retour, une partie des villageois aurait pris place dans un tricycle qui avait transporté un bœuf destiné aux cérémonies funéraires, tandis que d’autres étaient restés dans le camion.

Sur la route du retour, le pneu du camion aurait éclaté sur cette voie réputée dangereuse. Le conducteur aurait alors perdu le contrôle du véhicule avant de percuter violemment le tricycle.

Le choc a été particulièrement meurtrier. Les passagers des deux engins constituent la quasi-totalité des victimes.

Seules les personnes ayant choisi de rentrer à moto auraient échappé au drame.

Plusieurs familles auraient été durement touchées, certaines ayant perdu plusieurs membres à la fois.

 

Le rôle attendu d’une chaîne nationale

Cet accident tragique soulève une question essentielle : quelle doit être la mission d’une télévision publique ?

Une chaîne nationale n’est pas seulement un relais de communication institutionnelle. Elle doit également :

-informer rapidement la population,

-enquêter sur les faits,

-recueillir les témoignages,

-expliquer les circonstances d’un drame,

et contribuer à la prévention.

Dans un contexte où les accidents de la route se multiplient au Togo, un traitement journalistique approfondi permettrait aussi d’aborder les causes structurelles : état des routes, surcharge des véhicules, sécurité routière ou contrôle technique.

En l’absence de ce travail, le paradoxe devient frappant : ce sont les médias d’un pays voisin qui expliquent aux Togolais ce qui s’est passé sur leur propre territoire.

 

Un début d’année particulièrement meurtrier sur les routes togolaises

Le drame de Kara s’inscrit dans une série noire d’accidents enregistrés depuis le début de l’année 2026.

Entre collisions, défaillances mécaniques et routes dangereuses, les bilans humains continuent de s’alourdir, alimentant l’inquiétude des populations.

Dans ce contexte, une information rapide, fiable et contextualisée devient indispensable.

Car au-delà des chiffres, chaque accident raconte une tragédie humaine. Et c’est précisément le rôle du journalisme de donner sens à ces événements, d’en expliquer les causes et d’en tirer des enseignements.

 

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Francine DZIDULA

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