Éditorial : Quand l’initiative des autres révèle nos propres renoncements
Ce matin, il m’importe de saluer le courage et la détermination de ces jeunes sahéliens qui, chaque jour que Dieu fait, sillonnent nos villes, de bar en bar, à la rencontre des clients. Dans leurs mains, une variété de produits : chaussures, vêtements, sacs, mais aussi fruits et graines stimulantes, notamment le cola, le petit cola et la datte. Leur force ? Une présence constante, une capacité d’adaptation et des prix défiant toute concurrence.
Ces jeunes ne se contentent pas de chercher des opportunités : ils les créent. Là où d’autres voient des obstacles, eux perçoivent des niches, des besoins, des marchés à conquérir. Ils transforment les rues en espaces économiques vivants, les bars en points de vente improvisés, et chaque interaction en occasion de revenu.
Pendant ce temps, une partie de la jeunesse togolaise s’enferme dans le constat amer d’un pays en difficulté, répétant à l’envi qu’il n’y a pas de travail. Certes, les défis économiques sont réels. Mais ils ne sauraient justifier l’inaction, encore moins l’abandon de toute initiative. Car pendant que nous doutons, d’autres avancent, s’organisent, prospèrent — et finissent même par rapatrier des millions de francs vers leurs pays d’origine.
La question n’est donc plus seulement économique, elle est profondément culturelle et mentale. Avons-nous encore le goût de l’effort, de la débrouillardise, de la persévérance ? Sommes-nous prêts à réinventer notre rapport au travail, à valoriser les petites activités, à commencer modestement pour grandir progressivement ?
Il ne s’agit pas d’opposer les jeunesses, encore moins de nourrir un quelconque rejet. Il s’agit de regarder la réalité en face : dans un monde ouvert et concurrentiel, ceux qui osent, qui s’adaptent et qui travaillent dur finissent toujours par occuper l’espace laissé vacant.
Si nous n’y prenons garde, nous risquons, à terme, de devenir spectateurs dans notre propre économie. Et ce jour-là, il sera trop tard pour se lamenter.
L’urgence est donc claire : changer de mentalité, encourager l’initiative, valoriser le travail, aussi modeste soit-il. Car le développement d’un pays commence d’abord par l’état d’esprit de sa jeunesse.
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Albert Akouété AGBEKO
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