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Décès de Messan Hilaire Locoh-Donou, figure majeure de l’architecture togolaise

L’architecte et homme d’affaires togolais Messan Hilaire Locoh-Donou est décédé, a appris TOGO SCOOP INFO de sources concordantes. Avec sa disparition, le Togo perd l’une des figures qui ont contribué, dès les premières années de l’après-indépendance, à façonner le paysage architectural, urbain et hôtelier de Lomé et, plus largement, de l’Afrique de l’Ouest.

Architecte DPLG et urbaniste formé à l’École des Beaux-Arts de Paris, Hilaire Locoh-Donou appartient à cette génération de professionnels africains qui, au lendemain des indépendances, ont voulu inscrire la modernité dans les villes ouest-africaines. De retour au Togo, il crée en 1973 le cabinet AUBA, spécialisé dans l’architecture, l’urbanisme et les études techniques. Une structure appelée à devenir l’un des marqueurs de son parcours professionnel.

AUBA, une signature dans le paysage de Lomé

À travers AUBA, Locoh-Donou participe à la transformation du visage architectural de la capitale togolaise. Le siège de l’ancienne Banque Togolaise pour le Commerce et l’Industrie (BTCI), aujourd’hui occupé par IB Bank, figure parmi les réalisations associées à son nom. Construit au début des années 1980, l’édifice est encore identifié comme l’une des architectures modernistes emblématiques de Lomé.

Son approche associait la rigueur de la conception à une recherche esthétique. Le béton armé occupait une place importante dans son langage architectural, permettant de jouer sur les volumes, les formes et les compositions géométriques. Son travail s’inscrivait ainsi dans cette architecture postcoloniale qui cherchait à conjuguer technologies modernes, expression artistique et affirmation d’une identité africaine.

L’immeuble AUBA a également été associé à un épisode important de l’histoire politique togolaise. En juin 1991, le Collectif de l’Opposition Démocratique (COD) s’y réunit et appelle à une grève générale illimitée pour réclamer la tenue de la Conférence nationale souveraine. Le 17 juin de la même année, les formations membres du FOD et du COD s’y retrouvent encore pour décider de leur dissolution à compter de l’ouverture de la CNS.

Un passeur de savoir à l’EAMAU

Mais l’empreinte de Locoh-Donou ne se limite pas aux bâtiments qu’il a conçus. Il a également consacré une partie de son parcours à la transmission.

Il figure parmi les professionnels engagés dans les premières années de l’École Africaine des Métiers de l’Architecture et de l’Urbanisme (EAMAU) à Lomé. Une présentation de son parcours indique qu’il a été associé à la création et à l’organisation de l’établissement entre 1976 et 1981, période durant laquelle il a enseigné pendant cinq ans. D’autres travaux le présentent comme professeur d’architecture et encadreur de projets d’architecture et d’urbanisme.

Cette dimension pédagogique restera l’un des aspects importants de sa personnalité professionnelle. Architecte praticien, il était également un accompagnateur de jeunes professionnels, dont plusieurs ont bénéficié de son expérience. Il a par ailleurs fait don d’une partie de ses œuvres et archives à la direction de l’EAMAU, contribuant ainsi à préserver une mémoire de l’architecture togolaise et ouest-africaine.

À la tête de l’Ordre des architectes

Locoh-Donou a aussi joué un rôle institutionnel dans l’organisation de la profession. Il a présidé l’Ordre national des architectes du Togo de 1986 à 1996. En 2025, lors d’une cérémonie marquant les 35 ans de l’Ordre, son nom figurait parmi ceux des anciens présidents officiellement honorés pour leur contribution à l’essor de la profession.

Cette responsabilité témoigne de son engagement pour la structuration et la reconnaissance du métier d’architecte au Togo, au-delà de son activité personnelle de concepteur.

De l’architecture à l’hôtellerie avec Eda-Oba

L’autre grande aventure de sa vie professionnelle sera l’hôtellerie. Locoh-Donou crée l’hôtel Eda-Oba, implanté sur le boulevard Eyadéma à Lomé. Le complexe de 200 chambres, devient progressivement un important espace hôtelier et de conférences de la capitale.

Le nom même d’Eda-Oba traduit la philosophie du promoteur. Dans un document consacré à l’établissement, Locoh-Donou explique que « Eda » renvoie à l’homme dans la tradition yoruba tandis que « Oba » désigne le roi. Il voulait également rendre hommage aux mères africaines. L’hôtel abritait notamment deux sculptures de femmes avec leurs enfants, présentées comme la dernière œuvre du professeur Paul Ahyi.

L’établissement connaîtra aussi des heures fastes. Eda-Oba a notamment remporté deux distinctions aux West African Tourism and Hospitality Awards, dans les catégories meilleur centre de conférence et meilleur hôtel cinq étoiles. Locoh-Donou avait alors appelé à poursuivre les efforts pour renforcer la place du Togo dans l’industrie touristique régionale.

Dans le secteur hôtelier, il plaidait pour une plus grande solidarité entre professionnels. En 2014, lors d’une formation destinée aux personnels des établissements hôteliers, il appelait les opérateurs à l’unité et à une meilleure contribution à la promotion du tourisme togolais, qu’il considérait comme un levier de développement et de création de richesses.

Eda-Oba durement frappé par la Covid-19

Cette aventure entrepreneuriale connaîtra toutefois une période particulièrement difficile avec la pandémie de Covid-19.

L’hôtel avait été mobilisé dans le cadre de la réponse sanitaire, avant de subir les conséquences de la crise : baisse drastique de l’activité, absence de clientèle et difficultés de trésorerie. Dans une note rendue publique à l’époque, Hilaire Locoh-Donou expliquait que l’établissement avait respecté les instructions des autorités sanitaires et mis en œuvre les mesures de distanciation.

Mais après plus d’un an d’activité fortement réduite, la situation financière était devenue intenable. La direction annonçait alors la mise au chômage technique de l’ensemble du personnel et la suspension des activités de l’hôtel jusqu’à nouvel ordre.

Cet épisode illustre une autre facette du personnage : celle d’un entrepreneur confronté directement aux fragilités d’un secteur hôtelier particulièrement exposé aux crises sanitaires et économiques.

Un héritage qui dépasse les bâtiments

Au-delà de ses réalisations, Messan Hilaire Locoh-Donou laisse l’image d’un professionnel ayant occupé plusieurs espaces : celui de l’architecte, du pédagogue, du responsable de l’Ordre professionnel et de l’entrepreneur hôtelier.

Son parcours est également marqué par un engagement associatif et international. Ancien président du Rotary Club de Lomé et gouverneur du district 9100 en 1998-1999, il a aussi présidé la section togolaise du Comité inter-pays France-Togo.

À l’EAMAU comme dans le milieu professionnel, auprès des architectes comme dans l’hôtellerie, son parcours aura été celui d’un homme de transmission et d’initiative.

Avec sa disparition, c’est une page de l’histoire de l’architecture moderne togolaise et de l’entrepreneuriat hôtelier qui se referme.

 

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Albert Akouété AGBEKO

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