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Budget 2026 : un texte « clé en main » qui interroge la transparence et le contrôle démocratique au Togo

 

 

Sans être passé par l’Assemblée nationale pour obtenir son aval, le gouvernement, le premier de la Ve République, a tenu son tout premier Conseil des ministres le vendredi 14 novembre 2025. Cette réunion, présidée par le Président du Conseil des ministres, Faure Gnassingbé, a été marquée par l’adoption du projet de loi de finances pour l’exercice 2026.

Cependant, cette adoption comporte une faiblesse majeure : aucun avant-projet de budget n’a été préalablement rendu public. Si un tel document existe, il n’a jamais été communiqué, soulevant une question centrale : comment le Conseil des ministres a-t-il pu adopter, en une seule demi-journée, le budget complet de la nation ? Faut-il en conclure que les ministres sont des « super-cracks » ou qu’ils ont eu recours à l’intelligence artificielle pour accélérer l’exercice ? Quoi qu’il en soit, cette opacité révèle une limite notable du processus budgétaire togolais. Elle pose des questions de transparence, de gouvernance et de contrôle démocratique, d’autant plus préoccupantes que les dépenses publiques connaissent une progression significative.

Un budget en forte hausse

Le gouvernement a adopté un projet de loi de finances fixé à 2 740,5 milliards de francs CFA, soit une augmentation de 14,4 % par rapport à 2025. Cette croissance traduit la volonté affichée de renforcer les investissements, de soutenir les infrastructures et de poursuivre les réformes dans des secteurs stratégiques tels que la santé, l’éducation ou encore l’agriculture.

Les autorités mettent également en avant une mobilisation accrue des ressources propres ainsi qu’une gestion jugée prudente, en cohérence avec les orientations du Document de Programmation Budgétaire et Économique Pluriannuelle (DPBEP) 2025-2027.

Des critiques sur le processus budgétaire

Malgré ces ambitions, plusieurs observateurs soulignent l’opacité du processus préparatoire. Contrairement aux bonnes pratiques recommandées par la loi organique n°2014-013 relative aux lois de finances et par les directives de l’UEMOA, aucun avant-projet n’a été publié avant la validation du budget par le Conseil des ministres.

Une zone d’ombre persiste ainsi autour de la genèse du budget 2026 : l’avant-projet, pourtant essentiel dans la construction d’une loi de finances, n’a jamais été porté à la connaissance du public. Ce manque de transparence prive le débat national d’informations cruciales sur les arbitrages, les priorités retenues et la justification d’une hausse significative des dépenses (+14,4 %). En ne présentant que la version finale, le gouvernement réduit la portée du contrôle démocratique et entretient des doutes sur la sincérité et la rigueur du processus.

« L’absence de l’avant-projet limite la compréhension des arbitrages opérés entre les ministères et réduit la possibilité pour le Parlement, la société civile et les citoyens de suivre les choix budgétaires dès les premières étapes », explique un analyste économique basé à Lomé.

Transparence et participation citoyenne : un défi persistant

Pour les spécialistes des finances publiques, la publication des documents préparatoires – avant-projet, cadrage macroéconomique, notes explicatives – constitue une pratique internationale essentielle. Elle permet de renforcer la transparence, l’appropriation citoyenne et la crédibilité des choix budgétaires.

Un responsable d’ONG dédiée au suivi budgétaire estime : « Même si le gouvernement respecte le calendrier légal de dépôt du projet de loi de finances, l’esprit de la LOLF et des directives de l’UEMOA exige davantage de visibilité et de participation. Sans cela, le budget reste un document essentiellement technocratique, peu accessible au grand public. »

Vers un renforcement du processus budgétaire ?

L’absence de publication de l’avant-projet met en lumière une faiblesse majeure du contrôle démocratique. En ne dévoilant que le texte finalisé et adopté en Conseil des ministres, l’exécutif prive l’Assemblée nationale, la Cour des comptes, les journalistes et la société civile de la possibilité d’analyser les différentes versions du budget et de comprendre les arbitrages successifs. Le Parlement se retrouve ainsi face à un texte « clé en main », techniquement et politiquement verrouillé, avec très peu de latitude pour questionner ou amender les choix opérés en amont.

Cette situation réduit la qualité du contrôle parlementaire, affaiblit la pluralité des contributions au débat budgétaire et compromet la transparence nécessaire à une gestion démocratique des finances publiques.

Les critiques formulées ne remettent pas en cause la légalité du projet de loi de finances, mais elles soulignent l’urgence de renforcer la transparence et la gouvernance budgétaire au Togo. Un processus plus ouvert, intégrant la publication et la discussion des documents préliminaires, contribuerait à renforcer la crédibilité et l’acceptation sociale d’un budget 2026 ambitieux tant par son volume que par ses priorités.

 

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Albert AGBEKO

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