Opinion : Recrutements dans la fonction publique au Togo ou la démotivation de la jeunesse
C’est une observation pertinente qui reflète une préoccupation majeure au Togo. La démotivation d’une partie de la jeunesse togolaise à l’égard des concours de recrutement de fonctionnaires semble être alimentée par des facteurs complexes, notamment les injustices perçues et les problèmes de népotisme/favoritisme.
Les facteurs de démotivation
Plusieurs éléments expliquent pourquoi les jeunes togolais se sentent découragés face aux concours de la fonction publique :
Le manque de méritocratie (Injustices)
De nombreux jeunes diplômés ont le sentiment que la réussite aux concours n’est pas uniquement basée sur la compétence et les résultats aux épreuves.
La corruption, le clientélisme, et le népotisme sont souvent cités comme des pratiques qui permettent à des candidats moins méritants d’accéder à des postes, au détriment de ceux qui ont travaillé dur.
Les « relations » et l’inégalité des chances
L’idée que, sans avoir de « relations » influentes dans l’administration ou la politique, il est quasiment impossible de réussir, même en étant très compétent, est largement répandue.
Cette perception crée un sentiment de fatalisme et d’inégalité des chances qui mine la motivation à investir du temps et de l’argent dans la préparation de ces concours.
Le taux de chômage élevé
Bien que le taux de chômage (autour de 8,1% en 2011 pour les jeunes, avec un sous-emploi beaucoup plus élevé) pousse initialement vers la fonction publique pour sa stabilité, les frustrations liées au processus de recrutement et l’augmentation des inégalités socio-économiques orientent les jeunes vers d’autres voies.
L’alternative de l’informel et de l’entrepreneuriat
Face à l’imperméabilité perçue de la fonction publique, beaucoup de jeunes, notamment les diplômés, se tournent vers le secteur informel ou l’entrepreneuriat (parfois par nécessité plus que par choix), à travers des programmes d’aide à l’insertion ou de création de micro-entreprises (comme l’ANVT ou le FAIEJ).
Les conséquences de ce désenchantement
Ce désengagement a des conséquences importantes :
Perte de Confiance : Il contribue à une défiance générale de la jeunesse envers les institutions publiques et les responsables politiques.
Fuite des Compétences : Les jeunes les plus qualifiés pourraient choisir de se concentrer exclusivement sur le secteur privé, l’international, ou l’émigration, privant ainsi l’administration publique de talents précieux.
Baisse de la Qualité du Service Public : Si le recrutement n’est pas basé sur la méritocratie, il y a un risque de maintenir ou d’aggraver la présence d’individus sans les compétences adéquates, ce qui affecte la qualité des services fournis à la population.
Les autorités togolaises ont pris des mesures (comme l’annulation de certains concours contestés ou le recrutement de milliers de fonctionnaires), mais le défi majeur reste de rétablir la confiance en assurant une transparence et une équité totales dans l’organisation et la correction des concours.
Auteur : Yendouparou Nadjak (Bloggeur)


