Take a fresh look at your lifestyle.
Mixx by Yas

Quand le jeu et la bière prospèrent, l’Afrique perd son cap

Dans mes discussions récentes avec des responsables économiques en Afrique, j’ai été frappé par la facilité avec laquelle les loteries et les brasseries engrangent des fortunes.

Dans de nombreux pays africains, un paradoxe saisissant s’impose : alors que des pans entiers de l’économie publique s’effondrent, les loteries et les brasseries enregistrent des croissances spectaculaires. Là où les banques publiques sont fragilisées, où les compagnies aériennes accumulent les déficits, où l’agro-industrie peine à se moderniser, deux secteurs inattendus semblent résister à toutes les tempêtes : le jeu de hasard et la bière.

OUI, quand les industries productives ploient, le jeu et la bière triomphent.

LES INDUSTRIES QUI S’EFFONDRENT

Les entreprises publiques africaines spécialisées dans la finance, l’agro-industrie, les transports et l’aviation sont devenues des symboles d’échec. La dette écrase les structures, la corruption gangrène les projets, la mauvaise gestion alourdit les bilans. Des compagnies aériennes nationales survivent artificiellement grâce aux subventions, des sociétés de transformation agricole tournent au ralenti, des chemins de fer jadis stratégiques sont aujourd’hui hors d’usage. Bref, là où devrait se construire l’avenir, règne la stagnation.

LE PARADOXE : LE JEU ET LA BIÈRE EN PLEIN ESSOR

À l’opposé, les loteries et les brasseries prospèrent. Le marché africain des loteries dépasse déjà 5 milliards de dollars et devrait doubler d’ici 2032, porté par l’urbanisation et la digitalisation.

J’ai entendu l’autre jour dans un média africain un directeur général d’une société de loterie affirmer que dans certains pays voisins des sociétés de loterie arrivaient à gagner facilement plus de 1 milliard de francs CFA par jour rien que sur un seul de leurs produits

Le secteur brassicole, quant à lui, pèse plus de 40 milliards de dollars, avec une croissance annuelle soutenue. Ces chiffres ne trompent pas : alors que les industries productives s’effritent, la consommation de masse et l’illusion du gain rapide deviennent les nouveaux moteurs visibles de nos économies.

UNE SOCIÉTÉ ARMÉE POUR LE JEU

Ce constat est révélateur. Plus les Africains misent sur le hasard, plus ils s’appauvrissent. Car derrière chaque ticket gagnant, des millions sont perdants.

Le ticket est acheté, mais l’avenir est perdu.

Plus on joue, plus on s’appauvrit. Plus on boit, plus on s’affaiblit.

Plus ils consomment de bière, plus la santé publique se dégrade et plus les ressources s’évaporent dans des plaisirs immédiats, sans valeur durable. La loterie et la boisson ne créent pas de richesses structurelles : elles captent l’énergie sociale, anesthésient la frustration et détournent l’argent qui aurait pu financer des écoles, des fermes ou des entreprises.

LES CONSÉQUENCES ÉCONOMIQUES

1. Un capital gaspillé : l’argent injecté dans ces secteurs ne produit ni innovation ni emplois durables.

2. Une dépendance psychologique : les populations s’habituent à attendre un miracle du hasard au lieu de bâtir par l’effort.

3. Un coût sanitaire et social : l’alcool fragilise la santé publique, le jeu détruit des familles entières.

4. Un modèle extractif : ces industries enrichissent quelques groupes privés ou étrangers, sans réinvestir massivement dans l’économie réelle.

UN SIGNAL D’ALARME. ET NÉCESSITÉ DE RÉORIENTER LES PRIORITÉS

Quand la bière et la loterie deviennent les seules industries solides, cela dit tout d’une société en perte de repères : une société qui parie son avenir au lieu de le construire. Ce n’est pas seulement une question de chiffres, mais une question de civilisation. Nous avons transformé l’espérance en ticket de jeu et la convivialité en addiction à la consommation.

Le défi est clair : réorienter cette énergie collective vers des secteurs structurants comme l’agriculture moderne, l’industrie locale, la technologie et l’éducation. L’Afrique ne manque ni de talents ni de ressources, mais elle souffre d’une mauvaise orientation des priorités. Tant que les jeux et les brasseries seront les champions économiques, nous resterons prisonniers d’un cercle vicieux d’appauvrissement et de dépendance.

QUELQUES PISTES DE SOLUTION

Pour inverser cette logique destructrice, il est urgent de réorienter les priorités autour de trois axes :

1. Rééduquer les mentalités : lancer des campagnes nationales de sensibilisation contre les mirages du jeu et les excès de consommation, et replacer l’effort, le travail et la discipline au cœur des valeurs collectives.

2. Rediriger les capitaux : taxer davantage les revenus des loteries et des brasseries, et réinvestir ces ressources dans l’éducation, l’agriculture moderne, les PME locales et les infrastructures productives.

3. Réhabiliter les industries stratégiques : assainir la gouvernance des entreprises publiques, attirer des partenariats solides et renforcer les secteurs vitaux (transport, agro-industrie, énergie) pour créer de vrais relais de croissance.

Magaye GAYE

Économiste international

Ancien cadre de la Banque Ouest Africaine de Développement

VOTRE PUB ICI

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

76 − = 69
Powered by MathCaptcha

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More

Privacy & Cookies Policy