Alors que les accidents de la route continuent de faire des victimes au Togo, la Direction de la Sécurité Routière (DSR) fait face à de vives critiques. Des usagers dénoncent des pratiques de corruption qui fragiliseraient les contrôles et encourageraient les infractions sur les routes.
Au Togo, la Direction de la Sécurité Routière (DSR) est officiellement chargée de prévenir les accidents et de protéger les usagers de la route. Créée dans les années 1990, cette division de la police nationale togolaise a pour mission d’assurer la régulation du trafic, le contrôle routier et la sensibilisation des usagers afin de réduire les accidents de la circulation sur l’ensemble du territoire.
Mais dans les faits, la situation sur les routes togolaises demeure préoccupante. Les conducteurs pointent du doigt le comportement de certains agents de la DSR qui ternissent l’image et la mission de cette unité. Beaucoup dénoncent des pratiques de corruption où l’argent semble primer sur le contrôle des documents et la régulation effective du trafic. Ces agents sont accusés de privilégier des arrangements financiers informels au détriment des contrôles réglementaires.
Selon plusieurs témoignages, certains agents accepteraient de l’argent de la part d’usagers plutôt que de vérifier systématiquement les pièces obligatoires telles que le permis de conduire, l’assurance ou la visite technique.
Des pratiques dénoncées par les usagers
Au cours d’un contrôle routier sur la nationale n°1, peu avant Sotouboua, un usager raconte avoir remis tous les documents demandés par l’agent. Celui-ci vérifie également la présence du triangle de signalisation, de l’extincteur et de la boîte à pharmacie. L’automobiliste s’exécute : tout est en règle. Pourtant, juste devant lui, un véhicule circule en surcharge manifeste. L’usager le signale à l’agent de la DSR, qui lui rétorque sèchement : « Mêle-toi de tes affaires ».
Sur les routes togolaises, y compris à Lomé, des agents de la DSR sont déployés presque en permanence, y compris les week-ends. Pourtant, on peut légitimement se demander comment des véhicules parviennent à franchir plusieurs barrages routiers sans visite technique et en situation de surcharge.
Ne vous y trompez pas : ces conducteurs indélicats sont rarement inquiétés. Beaucoup savent qu’ils n’ont rien à craindre tant qu’ils peuvent glisser quelques billets dans leurs documents. Et le tour est joué.
« La crainte du policier est le début de la sagesse », dit l’adage. Mais au Togo, lorsque vous avez de l’argent et que vous êtes en infraction, c’est le policier lui-même qui vous sourit. Conséquence : toutes sortes d’écarts sont observés sur nos routes. Les conducteurs ne redoutent plus les agents de la DSR, certains estimant même que la surcharge est devenue tolérée moyennant paiement.
Sinon, comment expliquer qu’un accident impliquant un camion et un tricycle ait pu occasionner jusqu’à 72 victimes ?

Aujourd’hui, pour certains usagers, la présence des agents de la DSR sur les routes semble davantage servir de caution implicite aux surcharges qu’à leur répression.
Restaurer l’éthique pour sauver des vies
Aux yeux d’une partie de la population, la corruption sur les routes est devenue presque banalisée. Elle se déroule au vu et au su de tous, sans susciter d’indignation particulière tant les citoyens s’y sont habitués. L’unité qui inspirait autrefois la crainte est aujourd’hui devenue complice d’un système qui favorise les accidents.
Mais il ne faut pas l’oublier : en fermant les yeux sur ces pratiques — ces 2000 francs qui « régularisent » une surcharge, « harmonisent » le gabarit d’un véhicule ou « valident » une visite technique — c’est la société tout entière qui se met en danger. Car 2000 francs ne peuvent pas payer une vie humaine.
La corruption sur les routes tue. Elle alimente les accidents et prospère sur fond de laxisme dont bénéficient les agents de la DSR de la part de leur hiérarchie.
Intervenant il y a quelques semaines sur une radio locale, un responsable de la DSR a réfuté les accusations largement répandues dans l’opinion selon lesquelles les rackets pratiqués par certains agents bénéficient de la bénédiction de leurs supérieurs. Mais sur le terrain, beaucoup d’usagers estiment que la situation n’a guère évolué. Les agents continuent de privilégier le contrôle des billets de banque plutôt que celui des documents des véhicules.
Dans ces conditions, le silence des responsables de la DSR face à ces agissements est perçu par la population comme une forme de tolérance implicite.
Pour redresser l’image aujourd’hui très écornée de la DSR, ses responsables doivent œuvrer à instaurer davantage d’éthique et de rigueur dans le travail des agents. Cela passe notamment par des contrôles internes renforcés et des sanctions exemplaires contre les fautifs.
À défaut, le risque est grand de voir la DSR demeurer un frein à la sécurité routière plutôt qu’un véritable rempart contre les accidents.
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Albert Akouété AGBEKO
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