Une méthode de gangsters : un journaliste enlevé en plein reportage à Guérin-Kouka
La tentative denlèvement du reporter Roland Yaovi Kodjo, de TAMPA TV, constitue un acte d’une extrême gravité qui interpelle sur la sécurité des journalistes au Togo. Selon le Patronat de la Presse Togolaise (PPT), le journaliste a été intercepté, menotté, violenté puis abandonné en pleine brousse, après avoir été conduit à plus de 55 kilomètres du lieu où il couvrait une fête traditionnelle.
Les faits rapportés donnent froid dans le dos. Le samedi 5 septembre 2026, à Guérin-Kouka, alors qu’il exerçait simplement son métier à l’occasion de D’Pontre/N’nidak, fête traditionnelle des Bassar-Konkomba, Roland Yaovi Kodjo a été intercepté par des hommes en civil, dont l’un a porté une tenue de police.
La suite ressemble davantage à une scène de film de gangsters qu’à une opération digne d’un État de droit. Contraint de monter dans un véhicule banalisé de type Prado, le reporter a été menotté dans le dos, les yeux bandés, puis conduit sur plusieurs dizaines de kilomètres. Il affirme avoir subi des violences durant le trajet avant d’être abandonné dans une zone isolée.
Plus inquiétant encore : les ravisseurs ont expliqué l’avoir confondu avec Francisco Kossi Gbandi Napo-Koura, directeur de publication de TAMPA EXPRESS et promoteur de TAMPA TV, présenté comme leur véritable cible.
Une confusion qui ne saurait justifier l’injustifiable
Même si les circonstances exactes restent à établir, une question fondamentale demeure : dans quel État de droit des individus peuvent-ils enlever un journaliste, le menotter, lui bander les yeux, le conduire de force sur des dizaines de kilomètres et le violenter, sans procédure judiciaire clairement établie ?
Si des personnes se présentant comme des agents de l’État sont impliquées, la gravité est encore plus grande. Si, à l’inverse, il s’agit d’individus usurpant la qualité de policiers, cela pose tout autant un sérieux problème de sécurité publique.
Dans les deux cas, l’affaire exige une enquête rapide, indépendante et transparente.
Le Togo ne peut banaliser la violence contre les journalistes
Le PPT a raison de tirer la sonnette d’alarme. La presse ne peut fonctionner sous la menace, la peur ou la clandestinité. Un journaliste qui se rend sur le terrain pour couvrir un événement ne devrait pas avoir à se demander s’il rentrera chez lui sain et sauf.
La référence faite par le PPT aux assassinats de Norbert Zongo au Burkina Faso et de Martinez Zogo au Cameroun rappelle tragiquement que les menaces contre les journalistes ne doivent jamais être prises à la légère.
Le plus préoccupant serait que cet épisode soit traité comme une simple « erreur de cible ». Une erreur d’identité ne transforme pas un enlèvement en acte acceptable. Elle ne rend ni les menottes, ni les violences, ni la séquestration moins graves.
Faire la lumière, maintenant
Les autorités togolaises doivent donc répondre par les faits : identifier les auteurs, déterminer leur qualité réelle, établir leurs motivations et engager, le cas échéant, les poursuites judiciaires appropriées.
L’enjeu dépasse le seul cas de Roland Yaovi Kodjo. Il concerne la capacité du Togo à garantir aux journalistes, y compris ceux qui travaillent dans des médias indépendants et ceux qui exercent loin de Lomé, le droit élémentaire d’accomplir leur mission sans devenir la cible de méthodes dignes d’un autre âge.
Lire aussi : Togo : des organisations professionnelles alertent sur des faits inquiétants visant des journalistes
Ce cas ne doit allonger la longue liste d’entrave à la presse togolaise. Nous citons les agressions contre les journalistes lors de la visite au Togo du député sénégalais Guy-Marius Sagna, les menaces proférées contre Roger Amemavoh, Albert Agbéko, Robert Douti, Anani Galley, les vols dans des voitures des journalistes Dieudonné Sewounou, Edem Gadegbekou, …pour ne citer que ceux-là.
La liberté de la presse ne se protège pas seulement dans les discours. Elle se mesure aussi à la capacité d’un État à empêcher que des journalistes soient enlevés, violentés et abandonnés en pleine brousse.
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Francine DZIDULA
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