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Du Ghana à la libéralisation : l’histoire de la filière café-cacao au Togo

 

Contrairement à une idée largement répandue selon laquelle la culture du café et du cacao aurait été introduite au Togo par les colons, son développement est en réalité étroitement lié aux échanges historiques avec le Ghana. Elle prend naissance dans le sud-ouest du pays, notamment dans les Plateaux-Ouest et certaines localités du sud-ouest de la Région Centrale, qui constituaient autrefois le prolongement naturel du bassin caféier et cacaoyer ghanéen.

Entre 1940 et 1962, de nombreux Togolais employés dans les plantations du Ghana sont revenus dans leur pays avec des semences, des techniques culturales et un précieux savoir-faire. Ils ont ainsi implanté les premières plantations de café et de cacao au Togo, posant les bases d’une filière appelée à devenir un important levier de l’économie agricole nationale.

À partir des années 1970, l’État togolais a renforcé cette dynamique à travers des programmes de développement agricole, l’introduction de variétés améliorées, la recherche agronomique, l’encadrement technique des producteurs et la diffusion de nouvelles pratiques culturales. Ces efforts ont permis au pays de structurer progressivement sa propre filière café-cacao.

Aujourd’hui, bien que le Togo demeure un producteur de taille modeste par rapport aux grands pays africains du secteur, il mise sur la qualité de son café et de son cacao, ainsi que sur l’amélioration continue de la productivité et de la transformation locale, afin de renforcer sa compétitivité sur les marchés internationaux.

 

L’ère de l’OPAT : le monopole d’État

Avant la libéralisation, la gestion de la filière reposait essentiellement sur l’Office des Produits Agricoles du Togo (OPAT), créé le 22 juin 1964 par la loi n°64-9.

L’OPAT était chargé de la commercialisation du café et du cacao togolais sur les marchés internationaux. Toutes les exportations passaient par cette structure publique.

Autour de l’OPAT gravitaient plusieurs organismes techniques spécialisés :

  • Les SORAD (Sociétés Régionales d’Aménagement et de Développement) assuraient l’encadrement et la vulgarisation agricole ;
  • L’IRCC (Institut de Recherches du Café et du Cacao) menait les travaux de recherche ;
  • D’autres structures d’appui accompagnaient les producteurs sur le terrain.

Ces institutions ont largement contribué au développement des plantations et à l’amélioration des techniques de production.

La libéralisation de la filière en 1996

Le 18 mars 1996, un décret présidentiel met officiellement fin au monopole de l’État sur les filières café et cacao.

Cette réforme poursuivait plusieurs objectifs :

  • désengager l’État des activités commerciales ;
  • accorder une part plus importante du prix de vente aux producteurs ;
  • améliorer les revenus des planteurs ;
  • renforcer la compétitivité de la filière ;
  • responsabiliser les producteurs et les opérateurs économiques.

À partir de cette date, les acteurs privés sont autorisés à intervenir directement dans la commercialisation du café et du cacao.

La création du CCFCC

Pour accompagner cette nouvelle organisation, le gouvernement crée le 14 juin 1996 le Comité de Coordination des Filières Café et Cacao (CCFCC).

Cette structure a pour mission de coordonner l’ensemble des acteurs intervenant dans les deux filières.

Contrairement à l’OPAT qui exerçait un contrôle direct sur le commerce des produits, le CCFCC joue un rôle de concertation, d’orientation et de régulation.

Le comité regroupe notamment :

  • l’État ;
  • les producteurs ;
  • les exportateurs ;
  • les transformateurs ;
  • d’autres acteurs de la chaîne de valeur.

Le ministère du Commerce assure la présidence du comité tandis que le ministère de l’Agriculture en assure la vice-présidence.

La disparition de l’OPAT

Quelques mois seulement après la création du CCFCC, l’OPAT est dissous le 27 novembre 1996.

Après plus de quarante années d’existence, l’office laisse place à un système entièrement libéralisé où les acteurs privés prennent progressivement le relais dans les activités de commercialisation.

Le rôle des institutions techniques

Même après la libéralisation, certaines structures techniques ont continué à jouer un rôle essentiel dans le développement du secteur.

L’UTCC (Unité Technique Café-Cacao), service spécialisé du ministère de l’Agriculture, assure notamment l’appui-conseil aux producteurs, la diffusion des bonnes pratiques agricoles et l’accompagnement technique des plantations.

Le CCFCC, quant à lui, veille à la coordination générale de la filière et à la concertation entre les différents intervenants.

 

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Albert Akouété AGBEKO

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