Une vidéo dans laquelle Kylian Mbappé évoque un mème le représentant sous les traits de Mao Zedong, ancien dirigeant chinois qualifié de dictateur, a provoqué une vive controverse en Chine. Deux grandes entreprises chinoises ont rompu leurs partenariats avec la star du Real Madrid, tandis que le joueur a présenté ses excuses. Au-delà du football, cette affaire révèle la sensibilité de la mémoire historique chinoise et les risques auxquels sont exposées les célébrités internationales.
Une vidéo devenue virale à l’origine de la polémique
Kylian Mbappé se retrouve au cœur d’une controverse internationale après la diffusion, le 26 octobre 2026, d’un extrait vidéo dans lequel il évoque avec humour un montage circulant sur Internet. Sur cette image détournée, le visage de l’attaquant français est superposé à celui de Mao Zedong, fondateur de la République populaire de Chine.
Dans la séquence, le capitaine de l’équipe de France explique que l’un des mèmes qui l’ont le plus fait rire représente son visage sur celui d’un homme qu’il pense être « un dictateur chinois ». La vidéo aurait été enregistrée plusieurs mois auparavant, avant de refaire surface sur les réseaux sociaux à un moment particulièrement sensible pour le joueur.
Si Mbappé semble évoquer un contenu humoristique sans développer de commentaire politique sur la Chine, ses propos ont été perçus par une partie de l’opinion chinoise comme une marque d’irrespect envers une figure centrale de l’histoire nationale.
Des sponsors chinois rompent leurs contrats avec Mbappé
Les conséquences commerciales n’ont pas tardé. Le groupe de boissons Dongpeng et le géant laitier Mengniu ont annoncé, le 27 octobre, la fin de leurs collaborations avec le footballeur français.
Dans leurs communications, les deux entreprises ont invoqué leur opposition aux comportements portant atteinte aux sentiments nationaux chinois. Les annonces ont rapidement alimenté les discussions sur les réseaux sociaux du pays.
D’après plusieurs médias, les contrats concernés représenteraient environ 50 millions de yuans, soit près de 6,7 millions d’euros. Ce montant rapporté par la presse doit toutefois être considéré comme une estimation, et non comme une évaluation définitive de l’ensemble des pertes financières du joueur.
La controverse a également eu des répercussions sur la visibilité de Mbappé en Chine. Des médias ont rapporté le retrait de contenus publicitaires le mettant en scène et la suspension de la diffusion de certaines rencontres du championnat espagnol par la télévision publique chinoise.
Pour le Real Madrid et ses partenaires commerciaux, l’enjeu dépasse donc la seule réputation du joueur. La Chine constitue un marché international important pour le club madrilène, qui y dispose d’une large communauté de supporters.
Mao Zedong, une figure historique particulièrement sensible
Pour comprendre l’ampleur de cette réaction, il faut revenir sur la place de Mao Zedong dans l’histoire politique chinoise.
Né en 1893 et mort en 1976, Mao est l’un des principaux dirigeants de la révolution communiste chinoise. Il proclame la fondation de la République populaire de Chine le 1er octobre 1949 et dirige le pays jusqu’à sa mort.
Son héritage demeure profondément contradictoire. Pour le pouvoir chinois, Mao reste une figure fondatrice de l’État contemporain et de la révolution qui a mis fin à l’ancien ordre politique. Son image conserve ainsi une place importante dans la mémoire officielle et dans les symboles nationaux.
Mais son règne est également associé à des politiques aux conséquences humaines catastrophiques. Le Grand Bond en avant, lancé à la fin des années 1950, a provoqué une famine massive. La Révolution culturelle, engagée en 1966, a entraîné des persécutions politiques, des violences et des bouleversements sociaux considérables.
Les estimations du nombre de victimes varient selon les méthodes et les périodes retenues, mais les historiens s’accordent sur l’ampleur exceptionnelle des pertes humaines liées à ces politiques.
Qualifier Mao de dictateur peut donc s’inscrire dans une analyse historique de la concentration du pouvoir et de la répression sous son régime. En Chine contemporaine, cependant, une telle référence, surtout lorsqu’elle est associée à la moquerie d’une figure historique officielle, peut être interprétée comme une attaque contre la mémoire nationale.
Une controverse révélatrice des limites de l’humour sur Internet
L’affaire Mbappé illustre le décalage entre la culture des mèmes, fondée sur le détournement et l’humour viral, et les sensibilités historiques ou politiques propres à certains pays.
Sur Internet, les personnalités sportives sont régulièrement représentées sous les traits de personnages historiques, de dirigeants politiques ou de figures autoritaires. Ces montages peuvent relever de la satire, de la provocation ou de la plaisanterie entre supporters.
Mais leur circulation internationale ne garantit pas une réception identique partout. Une image considérée comme amusante dans un cercle privé peut être perçue comme offensante lorsqu’elle touche une personnalité investie d’une forte valeur symbolique dans un autre contexte national.
La réaction des entreprises chinoises montre également que les grandes marques peuvent considérer la sensibilité du marché local comme un élément déterminant de leur stratégie commerciale. Pour une célébrité internationale, les conséquences d’une déclaration publique ne se limitent donc pas aux critiques sur les réseaux sociaux : elles peuvent affecter des contrats publicitaires et les relations avec des partenaires économiques.
Mbappé présente ses excuses
Face à l’ampleur de la polémique, Kylian Mbappé a présenté ses excuses le 27 octobre 2026. Selon Reuters, il a reconnu le caractère malavisé de ses propos, regretté qu’ils aient blessé des personnes en Chine et au sein des communautés chinoises à travers le monde.
Le président de La Liga, Javier Tebas, a également exprimé ses regrets et présenté des excuses au nom de l’organisation, cherchant à limiter les répercussions de l’affaire auprès des supporters chinois.
Ces réactions soulignent l’importance accordée par les acteurs du football international à la préservation de leurs relations avec le public et les partenaires chinois. Elles ne permettent toutefois pas, à elles seules, de conclure que les entreprises ayant rompu leurs contrats reviendront sur leur décision.
Entre liberté d’expression, mémoire historique et intérêts commerciaux
La polémique soulève finalement une question plus large : comment concilier la liberté de plaisanter ou de commenter l’histoire avec les sensibilités nationales et les contraintes économiques d’une carrière internationale ?
D’un côté, la qualification de Mao Zedong comme dictateur peut être défendue sur la base de travaux historiques portant sur son exercice du pouvoir et les conséquences de ses politiques. De l’autre, la réception de ces propos en Chine s’inscrit dans un environnement où la figure de Mao demeure étroitement liée au récit fondateur de l’État et à l’identité nationale promue par les autorités.
Il convient néanmoins de distinguer la réaction d’entreprises, les commentaires publiés sur les réseaux sociaux et les positions officielles de l’ensemble de la population chinoise. Aucun de ces éléments ne suffit, isolément, à démontrer que tous les Chinois partagent la même interprétation de l’affaire.
Pour Kylian Mbappé, cette séquence rappelle que la notoriété mondiale comporte aussi des responsabilités de communication. Pour les entreprises et les clubs sportifs, elle met en évidence la difficulté de gérer une image internationale dans des marchés où l’histoire, la politique et les intérêts commerciaux sont étroitement liés.
L’affaire pourrait ainsi laisser une trace durable dans les relations entre le joueur, ses partenaires commerciaux et une partie du public chinois. Son évolution dépendra notamment de la réception des excuses et d’éventuelles décisions ultérieures des entreprises concernées.




