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Deux ans après sa disparition, Monseigneur Kpodzro demeure la mauvaise conscience du pouvoir togolais

Figure majeure de l’histoire contemporaine du Togo, Monseigneur Philippe Fanoko Kossi Kpodzro demeure l’un des rares prélats africains à avoir mêlé, avec constance et courage, foi chrétienne et combat citoyen. Deux ans après sa disparition en exil, son héritage moral et politique continue d’alimenter les luttes pour la justice, la démocratie et la vérité. Il s’est éteint à Stockholm en Suède le 4 janvier 2024. Deux ans après sa disparition, TOGO SCOOP revient sur la vie du prélat.

 

Un parcours ecclésial d’exception au service de l’Église

Né le 4 novembre 1930 à Tabligbo, Monseigneur Philippe Fanoko Kossi Kpodzro s’est imposé comme une référence morale tant au sein de l’Église catholique que dans la sphère publique togolaise. Formé  au petit séminaire Saint Pierre Claver de Lomé, ensuite au petit séminaire Saint Paul, puis à Rome où il obtient un doctorat en droit canonique, il est ordonné prêtre en 1963.

Sa carrière ecclésiastique est marquée par une ascension fondée sur la rigueur intellectuelle et la profondeur pastorale : évêque auxiliaire de Lomé en 1976, puis archevêque de Lomé en 1992, fonction qu’il occupe jusqu’à sa retraite en 2007. Il préside également la Conférence épiscopale du Togo de 1984 à 1998, période charnière marquée par de profondes tensions politiques.

Bien que souvent présenté comme cardinal, Monseigneur Kpodzro demeure archevêque émérite, reconnu surtout pour son autorité morale et son influence spirituelle en Afrique de l’Ouest.

 

Une foi engagée face aux dérives du pouvoir

Dès les premières années post-indépendance, Monseigneur Kpodzro se distingue par une parole libre et sans complaisance. Il dénonce publiquement la corruption, les atteintes aux libertés fondamentales et les abus de pouvoir, rompant avec la tradition d’un clergé cantonné au seul domaine spirituel.

Ce positionnement courageux lui vaut autant d’admirateurs que d’adversaires, mais il assume pleinement cette mission prophétique, convaincu que la foi chrétienne ne peut être dissociée de la quête de justice sociale et politique.

veillée de bougie à l’honneur de Mgr Kpodzro

Architecte moral de la transition démocratique

Les années 1990 consacrent son rôle de figure centrale de la démocratisation du Togo. En 1991, il fonde le Comité de Réflexion Action pour la Paix (CRAP), structure clé dans l’organisation de la Conférence nationale souveraine, événement historique qui ouvre la voie au multipartisme et à une nouvelle Constitution.

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Par la suite, Monseigneur Kpodzro joue un rôle de médiateur lors des crises post-électorales de 1998 et 2005, dénonçant les fraudes et appelant à la réconciliation nationale. Son engagement transcende les clivages partisans : il se pose en conscience morale de la nation, plaçant l’intérêt du peuple au-dessus des calculs politiques.

 

La Dynamique Kpodzro et le combat pour l’alternance

Son engagement atteint un point culminant lors de la période 2019-2020. À la tête de la Dynamique Monseigneur Kpodzro (DMK), il apporte un soutien public au candidat Agbéyomé Kodjo à l’élection présidentielle du 20 février 2020.

Convaincu de la victoire de l’opposition face aux résultats officiels contestés, il multiplie les prises de parole, messes de prière pour la nation et appels à la mobilisation pacifique, malgré les assignations à résidence, les menaces et les pressions. Pour de nombreux Togolais, il incarne alors l’espoir d’une alternance démocratique réelle.

L’exil, la prière et la fin d’un combat

À la suite des tensions post-électorales, Monseigneur Kpodzro est contraint à l’exil au Ghana en avril 2020, à près de 90 ans. Il y mène une vie de recueillement, suivie de près par l’Église, tout en continuant à adresser des messages d’espoir à la jeunesse togolaise et à prier pour la réconciliation nationale.

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Affaibli par l’âge et la maladie, il poursuit ce chemin de croix jusqu’en Stockholm en Suède, où il s’éteint paisiblement le 4 janvier 2024, loin de sa terre natale. Sa mort en exil laisse un vide immense dans le cœur de nombreux Togolais.

 

Un héritage qui défie le temps

À tort ou à raison, l’histoire retiendra Monseigneur Kpodzro comme un prélat indocile, un homme de foi qui osa défier les puissants au nom de la vérité. Deux ans après sa disparition, son exemple demeure une boussole morale, rappelant que l’engagement sincère, même solitaire, peut façonner le destin d’une nation.

 

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Albert Akouété AGBEKO

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