Take a fresh look at your lifestyle.
Mixx by Yas

Extrémisme violent au Togo : les femmes, premières cibles mais aussi premières sentinelles de la paix

 

Face à la progression de la menace terroriste dans le nord du Togo, les femmes apparaissent à la fois comme les premières victimes des groupes extrémistes et comme des actrices incontournables de la prévention. Réunies à Lomé du 4 au 6 août 2026 lors d’un atelier de renforcement des capacités, des femmes venues des régions de la Kara et des Savanes ont été sensibilisées à leur rôle dans la coproduction de la sécurité et la résilience communautaire.

L’extrémisme violent ne se manifeste pas uniquement par les attaques armées. Il s’infiltre progressivement dans les communautés en exploitant les fragilités économiques, sociales et culturelles des populations. Dans cette stratégie d’influence, les femmes occupent une place particulière.

Parce qu’elles sont au cœur de la vie familiale, économique et communautaire, elles deviennent des cibles privilégiées des groupes extrémistes, mais également des alliées essentielles dans la prévention de la radicalisation.

C’est autour de cette problématique qu’est organisé à Lomé un atelier de renforcement de la résilience communautaire et de la veille sécuritaire des femmes des régions de la Kara et des Savanes. L’initiative est portée par le Groupe d’Appui aux Initiatives Durables (GAID), en partenariat avec le Centre de Recherche et d’Etude sur la Sécurité et le Développement (CRESED) avec l’appui du programme Dialogue pour la Sécurité en Afrique Subsaharienne (SIPODI) de la Fondation Konrad Adenauer et le soutien de l’Ambassade de la République fédérale d’Allemagne au Togo.

Les femmes, une cible privilégiée des groupes extrémistes

Depuis plusieurs années, les groupes armés opérant dans le Sahel adaptent leurs méthodes d’action. Au-delà des attaques terroristes, ils cherchent à gagner progressivement l’adhésion des populations locales.

Leur stratégie consiste souvent à exploiter la pauvreté, les difficultés économiques ou les tensions communautaires. Ils apportent une aide financière à certaines familles, distribuent des vivres ou offrent un soutien ponctuel aux personnes vulnérables afin d’établir une relation de confiance avant de diffuser leur idéologie.

La présidente du GAID, Mme GAMETI Yawa Edem, a mis en garde contre ces méthodes d’infiltration, souvent invisibles au premier abord. « Les groupes extrémistes ne cherchent pas uniquement à s’imposer par les armes. Ils utilisent également des stratégies beaucoup plus insidieuses. Ils offrent une aide financière lorsque les récoltes sont mauvaises, apportent un soutien lorsqu’une famille traverse une période difficile ou se présentent comme des bienfaiteurs auprès des personnes vulnérables. Progressivement, ils créent une relation de dépendance », a-t-elle expliqué.

Elle a également alerté sur une autre tactique utilisée par les groupes armés : « Ces groupes vont même jusqu’à rechercher une légitimité sociale en contractant des mariages au sein de nos communautés. Une femme mariée, parfois malgré elle, à un individu infiltré peut devenir un instrument involontaire de leurs activités. »

Les femmes, des vigies naturelles de leurs communautés

Si les femmes sont particulièrement exposées aux tentatives de manipulation, elles disposent également d’atouts majeurs pour prévenir l’extrémisme violent.

Dans les zones frontalières, elles animent les marchés, fréquentent les points d’eau, les moulins, les centres de santé et entretiennent un contact quotidien avec les populations. Cette proximité leur permet de détecter rapidement les changements inhabituels.

« Au marché, au point d’eau, au moulin, dans les quartiers ou au sein des familles, ce sont les femmes qui remarquent les premiers signes inhabituels : l’arrivée d’un inconnu, des achats de vivres ou de carburant en quantités inhabituelles, un changement soudain de comportement chez un proche ou encore de nouvelles fréquentations inquiétantes. Les femmes sont les premières observatrices de la vie communautaire », a souligné la présidente du GAID.

Pour les organisateurs, cette capacité d’observation constitue un levier essentiel de prévention.

Une sécurité qui se construit avec les citoyens

Face à l’évolution de la menace, le Togo mise désormais sur une approche participative fondée sur la coproduction de la sécurité.

Représentant le ministre de la Sécurité, le Commissaire ABI Abalo, a rappelé que « la lutte contre l’extrémisme violent est une responsabilité collective qui implique l’ensemble des acteurs de la Nation ».

Selon lui, la sécurité ne peut plus être considérée comme le seul domaine des Forces de défense et de sécurité.

« La sécurité ne relève pas uniquement de l’action des Forces de défense et de sécurité. Elle est l’affaire de tous. Chaque citoyen est appelé à devenir un acteur de la prévention, de l’alerte précoce, de la vigilance et de la résilience communautaire », a-t-il insisté.

Cette vision repose sur un partenariat renforcé entre les institutions publiques, les communautés locales et la société civile.

Former des femmes capables de prévenir la radicalisation

Durant trois jours, les participantes sont formées aux mécanismes de l’extrémisme violent, aux techniques d’infiltration utilisées par les groupes terroristes, aux dispositifs d’alerte précoce et aux bonnes pratiques de veille communautaire.

L’objectif est de leur permettre d’identifier les premiers signes de radicalisation, de mieux comprendre les stratégies de manipulation et d’agir de manière appropriée face aux situations à risque.

 

Lire aussi : Kpalimé : La Fondation Konrad Adenauer outille les femmes sur la sécurité alimentaire

 

Pour le directeur du programme SIPODI de la Fondation Konrad Adenauer, Dr Tobias Ruttershoff, l’enjeu dépasse largement le cadre de cette session de formation.

« Nous souhaitons que chacune des participantes devienne, à son retour dans sa localité, une véritable actrice du changement, capable de transmettre les connaissances acquises, de sensibiliser son entourage, de renforcer la vigilance communautaire et de développer une collaboration constructive avec les Forces de défense et de sécurité », a-t-il déclaré.

La table d’honneur

Il a résumé la philosophie de cette initiative en une formule forte : « Vous êtes, par votre engagement et votre proximité avec les populations, de véritables sentinelles de la paix. En investissant dans les femmes, nous investissons dans la stabilité de nos communautés, dans la prévention des conflits et dans un avenir plus sûr pour notre pays. »

Les régions de la Kara et des Savanes sous haute vigilance

Si la région des Savanes demeure la plus exposée aux incursions des groupes armés en raison de sa proximité avec le Burkina Faso, la région de la Kara fait également l’objet d’une vigilance accrue.

Les spécialistes estiment que ces territoires peuvent être utilisés comme zones de transit, de ravitaillement ou de recrutement si les communautés ne développent pas des mécanismes efficaces de veille citoyenne.

 

Lire aussi : Atakpame : La Fondation Konrad Adenauer Stiftung et Wildaf Togo forment les femmes paysannes sur les défis et opportunités dans l’agriculture.

 

Les femmes apparaissent ainsi comme des partenaires stratégiques dans la détection précoce des menaces et le renforcement de la résilience communautaire.

Une responsabilité qui commence après la formation

À travers cette initiative, les organisateurs entendent faire des femmes des régions de la Kara et des Savanes de véritables actrices de la paix, capables de prévenir les risques, de renforcer la cohésion sociale et de contribuer, aux côtés des autorités, à la lutte contre l’extrémisme violent. Une ambition pleinement partagée par le chargé d’affaires de l’Ambassade de la République fédérale d’Allemagne au Togo, Johannes Klotz, qui a rappelé que « la lutte contre l’extrémisme violent ne peut se limiter à une réponse militaire ou sécuritaire. Elle doit également s’appuyer sur une approche globale intégrant la bonne gouvernance, le développement économique, la cohésion sociale, la prévention des conflits et le renforcement de la confiance entre les citoyens et les institutions ». Saluant le choix de placer les femmes au cœur de cette démarche, il a souligné qu’elles sont « souvent les premières à percevoir les fragilités sociales, les tensions ou les changements de comportement susceptibles d’annoncer un processus de radicalisation », avant de conclure que « vous deviendrez de véritables actrices du changement et des ambassadrices de la paix ». Un message qui résume toute la philosophie de cet atelier : faire des femmes non plus seulement des victimes potentielles de l’extrémisme violent, mais des braves sentinelles de la paix, au service de la sécurité et de la résilience de leurs communautés.

 

Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de togoscoop.tg, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.

Albert Akouété AGBEKO

E-Mail: togoscoop@gmail.com

Tél : (00228) 90 96 63 64/ 99 56 57 88 : Pour vos reportages, annonces et publicité, contacter le service commercial de votre site Togoscoop.

IPDCP-1

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

41 − 37 =
Powered by MathCaptcha

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More

Privacy & Cookies Policy