Saviez-vous que derrière le nom d’Almeida se cachent plusieurs histoires familiales, dont celle d’un Africain déporté au Brésil, devenu libre, puis revenu vivre sur la côte africaine ? L’histoire des d’Almeida nous plonge dans le XIXᵉ siècle, à une époque où les relations entre le golfe du Bénin et le Brésil étaient marquées par les échanges commerciaux, les migrations, les retours d’anciens esclaves et la traite négrière.
Mais attention : toutes les personnes portant le nom d’Almeida ne descendent pas nécessairement du même ancêtre. Les recherches historiques distinguent plusieurs branches, dont certaines sont liées à Ouidah et à Agoué.
JOAQUIM D’ALMEIDA : DE LA CAPTIVITÉ AU RETOUR EN AFRIQUE
Parmi les personnages les mieux documentés figure Joaquim d’Almeida, également connu sous les noms de Zoki Azata et Gbego Sokpa dans certaines sources.
Originaire de Hoko, dans le pays Mahi, au nord d’Abomey, il fut déporté au Brésil alors qu’il était encore enfant. Il arriva à Bahia, où il reçut le prénom de Joaquim et fut acheté par un homme nommé Miguel d’Almeida.
Il travailla dans des plantations de canne à sucre et de tabac. Il apprit également le métier de tonnelier, qui consistait à fabriquer et réparer des tonneaux. Après avoir obtenu sa liberté, Joaquim retourna sur la côte du golfe du Bénin. Son parcours le conduisit notamment à Adina, puis à Ouidah, avant son installation à Agoué.
Son histoire témoigne d’un phénomène important : certains Africains déportés au Brésil revinrent ensuite sur leur continent d’origine et y construisirent une nouvelle vie, parfois en conservant le nom de famille reçu pendant leur période d’esclavage.
OUIDAH, UNE ÉTAPE DANS SON PARCOURS
Joaquim d’Almeida ne s’installa pas uniquement à Agoué. Les notes historiques indiquent qu’il acheta également un terrain à Ouidah avant de poursuivre son installation sur la côte. Il finit par établir sa résidence à Agoué, où son nom reste associé au quartier de Zokikome.
Son parcours illustre les liens étroits qui existaient entre Ouidah, Agoué, les localités voisines et les réseaux commerciaux transatlantiques.
À cette époque, les frontières entre les activités commerciales, les relations politiques et les liens familiaux étaient souvent étroitement imbriquées.
1845 : UNE CHAPELLE INSPIRÉE DE BAHIA
En 1845, Joaquim d’Almeida fit construire à Agoué une chapelle dédiée au Senhor Bom Jesus da Redenção, le Seigneur Jésus de la Rédemption.
Cette dévotion, également connue à Bahia, témoigne de la circulation des pratiques religieuses entre le Brésil et la côte africaine.
Des prêtres noirs venus de Ouidah y célébrèrent des baptêmes entre 1846 et 1860. Les notes historiques évoquent environ 500 baptêmes durant cette période.
Cette chapelle devint ainsi un lieu important de la vie religieuse locale et de la transmission de certaines traditions catholiques liées au monde afro-brésilien.
Mais l’histoire de Joaquim comporte aussi une contradiction qu’il faut regarder en face : après avoir lui-même subi la déportation et l’esclavage, il participa à son tour aux réseaux commerciaux de la côte, lesquels comprenaient la vente de captifs.
Son parcours rappelle que les histoires individuelles de la traite négrière ne se résument pas à une opposition simple entre victimes et acteurs du commerce. Les trajectoires humaines furent parfois complexes, sans que cela efface la violence du système esclavagiste.
1857 : LA MORT DE JOAQUIM ET L’HÉRITAGE FAMILIAL
Les notes du père Isidore Pélofy situent la mort de Joaquim d’Almeida en 1857. Elles rapportent qu’il mourut sur la plage alors qu’il attendait un navire, puis fut enterré dans sa chapelle.
Après sa disparition, ses enfants continuèrent à entretenir la mémoire du lieu de culte. Lorsque la chapelle se dégrada, ils mirent un autre bâtiment à disposition pour les offices religieux. Les descendants se dispersèrent ensuite dans plusieurs localités du Bénin et du Togo.
Parmi les personnes citées dans les notes historiques figurent Casimir Théodoro, associé à Porto-Novo, et Cosme Miguel, qui exerça comme postier.
La source mentionne également six garçons envoyés à Lisbonne pour poursuivre leur instruction. Cinq seraient revenus à Agoué, tandis que le sixième serait resté au Portugal. Ces informations donnent un aperçu de la génération suivante, même si la généalogie complète de la famille reste à établir.
ANTONIO OLUFADÉ D’ALMEIDA : UNE AUTRE BRANCHE À OUIDAH
L’histoire des d’Almeida ne s’arrête pas à Joaquim. Une autre branche est associée à Antonio Olufadé d’Almeida, lui aussi lié aux migrations entre le Brésil et la côte africaine.
Les notes historiques indiquent qu’il eut notamment deux fils, Bernardino et Sylvestre. Sylvestre mourut à Agoué en 1899, tandis que Bernardino vécut principalement à Ouidah.
Cette branche est particulièrement intéressante pour l’histoire de la ville, car elle permet de suivre la présence de descendants d’Almeida dans la société ouidanaise au-delà de la première génération des retours du Brésil.
Parmi les descendants cités figure Cosme, né en 1871. Il exerça comme instituteur à Agoué et à Kéta, avant de devenir interprète du gouvernement à Ouidah en 1931. Il mourut en 1940, selon les notes consultées.
Ces parcours montrent qu’au fil des générations, certains membres de la famille exercèrent des fonctions dans l’enseignement et l’administration.
UNE TROISIÈME BRANCHE : APETO AYI MANKO
Les recherches historiques distinguent aussi une autre lignée liée à Apeto Ayi Manko, originaire de la région du Ghana actuel et appartenant au groupe ga.
Selon les informations rapportées dans les travaux consacrés à Agoué, il aurait été adopté à Ouidah par un navigateur portugais nommé Pedro Félix d’Almeida.
Cette histoire rappelle que le patronyme d’Almeida ne correspond pas nécessairement à une origine familiale unique. Les adoptions, les unions, les migrations et les affiliations ont contribué à la formation de plusieurs lignées portant le même nom.
Il serait donc historiquement incorrect de réunir automatiquement tous les d’Almeida dans un seul arbre généalogique.
UNE HISTOIRE QUI RELIE PLUSIEURS MONDES
L’histoire de la famille d’Almeida révèle les liens complexes entre l’Afrique de l’Ouest et le Brésil. Elle parle de déportation, d’affranchissement, de retour, de religion, d’installation familiale et de transmission entre générations.
Elle rappelle également que les personnes revenues du Brésil n’ont pas toutes suivi le même parcours. Certaines se sont installées à Agoué, d’autres ont vécu à Ouidah ou dans des villes voisines, tandis que leurs descendants ont exercé des activités très diverses.
Pour comprendre cette famille, il faut donc distinguer ses branches, identifier les ancêtres et confronter les traditions orales aux documents historiques.
L’histoire des d’Almeida n’est pas seulement celle d’un nom de famille : c’est celle de trajectoires humaines qui relient Ouidah, Agoué, Bahia et plusieurs générations de descendants.
Sources de référence : Régina Byll-Cataria, étude historique consacrée à Agoué à partir des carnets du père Isidore Pélofy, Université de Leipzig, 2002 ; travaux de Pierre Verger sur les relations entre Bahia et le golfe du Bénin.



