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M. les ministres descendez de vos hôtels et allez à la rencontre de la population de Kara, vous lirez la misère dans les yeux de la population

 

                        Le président Faure Gnassingbé entouré de ses ministres image prise le 26 nov. 2021

S’est tenu du  26 au 27 novembre 2021, le deuxième séminaire gouvernemental de l’année couplé du conseil des ministres à Kara, environ 420 km au nord de Lomé, la capitale. Ce séminaire a été l’occasion pour l’exécutif de passer en revue les grands chantiers de la feuille de route gouvernementale.

Se tenant à Kara, la seconde ville du pays, il n’y a pas meilleur endroit pour mesurer l’impact positif des actions gouvernementales sur la population. On pourrait même s’en passer de ce  séminaire et aller à la rencontre directe des populations locales, le bénéfice qu’on tirera sera meilleur que ce séminaire. Et pour cela, il suffisait simplement aux membres du gouvernement de descendre de leurs hôtels, sortir de leurs rutilantes voitures et arpenter les quartiers populeux de Kara pour se rendre compte que sur le visage de ses habitants se lit la pauvreté et la misère. Et ça on n’a pas besoin d’une étude pour le remarquer. C’est la première chose qui frappe aux yeux lorsqu’on rentre dans la ville.

 Kara, c’est la plus importante ville du nord du pays. C’est également la ville qui a donné deux de ses fils comme président de la République du Togo. Elle regorge aussi plus de cadres milliardaires que d’autres régions. Mais selon le classement du gouvernement sur l’indice de pauvreté, Kara est la troisième région la plus pauvre du pays. Paradoxe !

Quand vous allez dans la ville de Kara, chef-lieu de la région, la pauvreté et la misère cohabitent. Ceci en partie par la faute des natifs de la région qui sont aux affaires. L’argent emmagasiné (la plus part du temps par détournement et corruption), ils ne l’investissent pas dans la création d’emploi au profit de la région pour lui assurer son développement.

Si en Côte d’Ivoire par exemple, Houphouët Boigny a pu transformer son village natal en capitale économique, à Kara à côté des maisons des rares cadres qui ont construit dans la ville vous trouverez des taudis. C’est une ville à l’instar d’autres du pays qui manque d’infrastructure.

 Population jeune et aujourd’hui très instruite, il manque de débouché pour occuper ces jeunes de Kara qui sortent des universités du pays. Aucune entreprise n’est construite dans la ville pour les absorber après leurs études. La seule solution qui s’offre dans cette condition à cette jeunesse est la boisson pour oublier les soucis. A Kara, il n’y a aucun autre endroit où vous pourrez trouver plus les jeunes réunis si ce n’est sous les pots de tchoucktchouc, la boisson locale faite à base de mil. Dans les quartiers du centre-ville comme Kara sud, Kpelouwayi, Patascom… presque  tous les jeunes sont alcooliques.

Quant aux filles, elles se livrent à de la prostitution pour survivre. La ville est devenue une ville où la prostitution des séminaires a pris de l’ampleur. A l’entrée de l’hôtel Kara, Lufthansa … sont leurs lieux de prédilection pour trouver de la clientèle. La dépravation est à son paroxysme dans la ville à tel enseigne que pour un pot de tchouk acheté à un inconnu dans la rue, on peut se voir récompenser à la limite de l’indécence. Kara est devenue la ville où on quémande plus pour manger.

Quant aux jeunes qui veulent gagner loyalement leur vie en cultivant la terre, les aléas climatiques ne leur facilitent pas la vie. Les terres de la région sont infertiles à la pratique de l’agriculture. De ce fait, une bonne productivité est conditionnée par l’usage de l’engrais. Trouver de l’argent pour s’offrir ce précieux ingrédient reste un problème. 

Le problème d’eau se pose avec acuité dans tous les quartiers de la ville de Kara. Même à Pya, village natal de l’ancien Président Gnassingbé Eyadema, il n’y a pas d’eau potable. Pour se soigner la population traverse la frontière pour aller à Djougou et Tanguieta au Bénin.

Oubliée, abandonnée et manipulée, les élites de la région ne se tournent vers cette la population de Kara qu’ils utilisent comme un bétail électoral que quand ils ont besoin d’elle. Pendant que les premiers voient leur situation s’améliorer aux fils des ans, les seconds s’enfoncent chaque année dans la précarité et la pauvreté.

Cette jeunesse de Kara dont on ne se rappelle qu’à la veille des élections doit refuser de se laisser manipuler. Elle doit avoir le courage de poser les yeux dans les yeux, sans faux-fuyant, le débat du développement de la région de sorte à y retenir les jeunes et à œuvrer pour leur épanouissement.

 Kara mérite mieux qu’un séminaire qui ne profite qu’à une minorité. Ce dont a besoin la ville c’est un véritable plan de développement pour sortir les jeunes de la pauvreté. En six décennies d’indépendance, on ne peut pas être satisfait de cette situation. Si on n’est pas en mesure d’œuvrer au bonheur et au bien-être de ses frères, on  ne mérite non plus la confiance. Il faut reconnaitre humblement avoir failli.  

 

Francine DZIDULA

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1 commentaire
  1. Unknown L'utilisateur dit

    Hmmmm

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