Pr Nada Azzouzi, psychiatre : « Le jeu, ce médicament naturel que vous avez oublié »
Lors de la première journée de l’Africa Amusements & Attractions Expo (AAAEXPO 2026), à Rabat, la professeure Nada Azzouzi, psychiatre et psychothérapeute, est intervenue au cours d’un panel consacré aux bienfaits du jeu sur la santé mentale et le bien-être des adultes. S’appuyant sur des exemples tirés de sa pratique professionnelle, elle a déconstruit l’idée selon laquelle le jeu serait réservé aux enfants, en soulignant son rôle dans la gestion du stress, la stimulation des capacités cognitives et le renforcement des relations sociales.
Selon la spécialiste, cette perception constitue un frein à la pratique du jeu chez les adultes. Dans de nombreuses sociétés, grandir signifie devenir sérieux, travailler et assumer des responsabilités. Jouer est alors considéré comme une activité secondaire, voire comme un signe d’immaturité.
La culture de la productivité contribue également à cette représentation. Les adultes consacrent une grande partie de leur temps au travail et, lorsqu’ils cherchent à se détendre, se tournent souvent vers les séries ou le défilement de contenus sur les réseaux sociaux. Le jeu trouve ainsi difficilement sa place dans leur quotidien.
Forte de son expérience de psychiatre et de psychothérapeute, notamment dans l’accompagnement de personnes confrontées au burn-out, le Pr Azzouzi explique avoir développé, depuis une dizaine d’années, des ateliers en entreprise fondés sur le jeu. Son objectif est de permettre aux adultes de retrouver des moyens simples et accessibles de décompresser et de renouer avec le plaisir.
Le jeu, un allié du cerveau et du bien-être
La spécialiste met notamment en avant l’état de « flow », cet état d’immersion profonde dans une activité appréciée, au point de perdre momentanément la notion du temps. Le jeu peut favoriser cette expérience, qui procure une satisfaction personnelle et permet de se concentrer pleinement sur le moment présent.
Elle évoque également le rôle de la dopamine, associée notamment à la motivation et aux mécanismes de récompense, ainsi que celui des endorphines, impliquées dans les sensations de bien-être. Le jeu, particulièrement lorsqu’il est partagé avec des proches, peut ainsi contribuer à la détente et à la réduction du stress.
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Selon elle, une partie de jeu en famille ou entre amis peut constituer une véritable pause mentale après une journée éprouvante. En favorisant la relaxation, cette activité peut aussi participer à l’amélioration du sommeil.
Pour les personnes qui rencontrent des difficultés à dormir, la psychiatre souligne l’importance de revoir les habitudes de vie avant d’envisager systématiquement une réponse médicamenteuse. Réintroduire des activités plaisantes, dont le jeu, peut faire partie de cette démarche.
Chaque type de jeu développe des capacités différentes
Le Pr Azzouzi distingue plusieurs catégories de jeux, chacune présentant des intérêts particuliers.
Les jeux de stratégie, comme les échecs ou les jeux de plateau, sollicitent la mémoire de travail, la planification, la réflexion et la capacité à s’adapter. Ils apprennent également à accepter l’échec, à revoir sa stratégie et à chercher de nouvelles solutions.
Les jeux collaboratifs, dans lesquels les participants gagnent ou perdent ensemble, favorisent quant à eux la confiance, l’empathie et la cohésion. Ils permettent d’apprendre à communiquer, à répartir les tâches et à travailler collectivement vers un objectif commun. La psychiatre recommande notamment cette approche dans les familles et les entreprises, où les activités ludiques peuvent renforcer les relations entre les membres d’un même groupe.
Les jeux compétitifs offrent une autre possibilité : apprendre à gérer ses émotions. La frustration liée à une défaite ou à un échec permet de s’exercer progressivement à accepter les situations difficiles et à mieux maîtriser ses réactions.
Enfin, les jeux créatifs et les jeux de rôle stimulent l’imagination. En incarnant un personnage ou en explorant un univers fictif, le joueur peut découvrir d’autres façons de penser, dépasser certaines inhibitions et développer son potentiel créatif.
La diversité des jeux est également importante avec l’âge. Alterner les activités qui sollicitent la réflexion, la mémoire, les réflexes et le mouvement permet de varier les stimulations cognitives.

Jeux vidéo : des bénéfices, mais aussi des précautions
La psychiatre ne rejette pas les jeux vidéo. Elle estime qu’ils peuvent favoriser les interactions sociales, notamment chez les personnes qui éprouvent des difficultés à nouer des relations dans la vie quotidienne. Les communautés de joueurs en ligne peuvent notamment offrir des occasions de rencontre et contribuer à entretenir des liens.
Les jeux vidéo peuvent aussi solliciter la résolution de problèmes, la réactivité et la gestion de la frustration. Certains trouvent même des applications dans des approches thérapeutiques.
La spécialiste appelle toutefois à la vigilance concernant le temps passé devant les écrans, la sédentarité, le sommeil et les responsabilités familiales ou professionnelles. Elle recommande également de surveiller les contenus et les achats intégrés dans les jeux accessibles aux plus jeunes.
Plaisir ou addiction : la question de l’équilibre
Le Pr Azzouzi insiste sur la distinction entre une pratique saine du jeu et une conduite addictive. Dans une pratique équilibrée, le jeu reste un plaisir choisi, que la personne peut interrompre sans difficulté. Il s’intègre aux autres activités sans compromettre le travail, la vie familiale, le sommeil ou les relations sociales.
À l’inverse, la perte de contrôle se manifeste lorsque la personne ne parvient plus à limiter son temps de jeu, privilégie cette activité au détriment de ses responsabilités et continue malgré des conséquences négatives sur ses finances, sa santé ou ses relations.

Le problème ne réside donc pas simplement dans le fait de jouer, mais dans la place que cette activité occupe dans la vie quotidienne.
En conclusion, la psychiatre invite les adultes à réhabiliter le jeu comme une composante du bien-être. Son message est simple : « Si vous faites du sport pour entraîner votre corps, jouez pour entraîner votre esprit. »
Elle encourage chacun à choisir un jeu et à prendre le temps d’y jouer au cours de la semaine. Une invitation à redécouvrir le plaisir, sans culpabilité, tout en préservant l’équilibre entre les loisirs et les responsabilités.
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Albert Akouété AGBEKO
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