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Togo : pourquoi Faure Gnassingbé ne rencontre-t-il plus sa diaspora ?

 

 

Faure Gnassingbé vient de boucler du 9 au 16 octobre 2026, un séjour de 9 jours à Pékin en Chine. Le président du Conseil a scellé au cours de son séjour en Chine une « Communauté d’avenir partagé », signant 13 accords majeurs sur la dette et l’agriculture, un partenariat technologique avec Huawei et des alliances provinciales pour moderniser les ports et l’agriculture du Togo. Seule fausse note de ce séjour est qu’aucune place n’a été réservée à la diaspora togolaise. Depuis plusieurs années, Faure Gnassingbé évite soigneusement la diaspora togolaise. Cette dernière considérée comme hostile à son régime. La dernière rencontre entre la communauté togolaise et Faure Gnassingbé remonte justement au 9 septembre 2018, à Guangzhou, encore en Chine.

 Longtemps considérée comme un rendez-vous incontournable des déplacements présidentiels à l’étranger, la rencontre avec les compatriotes établis hors du pays semble avoir perdu sa place dans l’agenda de Faure Gnassingbé. Des années Eyadéma aux dernières sorties diplomatiques du Président du Conseil, cette évolution interroge la place accordée à la diaspora togolaise, notamment lorsqu’elle exprime des critiques à l’égard du pouvoir.

De Gnassingbé Eyadéma à Faure Gnassingbé : une tradition politique

Dans plusieurs pays africains, les déplacements officiels des chefs d’État à l’étranger ont longtemps été l’occasion de rencontrer les ressortissants vivant dans le pays hôte. Au-delà du protocole, ces échanges permettaient de maintenir un lien avec la diaspora, de recueillir ses préoccupations et, parfois, de mobiliser son soutien politique.

Au Togo, sous Gnassingbé Eyadéma, ces rencontres occupaient une place particulière, notamment lors des visites dans des pays accueillant des étudiants togolais. À l’époque du parti unique, ces rassemblements pouvaient aussi servir de tribune à des motions de soutien au pouvoir. Les étudiants, organisés notamment au sein de structures comme le Mouvement national des étudiants et stagiaires du Togo (MONESTO), participaient à cette mise en scène de l’adhésion politique.

Ces rencontres n’étaient donc pas toujours de simples moments d’écoute. Elles s’inscrivaient aussi dans une stratégie de légitimation du régime, où les témoignages de fidélité contribuaient à façonner l’image du Timonier à l’étranger.

L’ouverture démocratique des années 1990 a cependant bouleversé cet environnement. Les contestations intérieures, les critiques internationales et les tensions politiques ont rendu les déplacements présidentiels plus sensibles. Les rencontres avec les Togolais de l’étranger pouvaient désormais exposer le pouvoir à des interpellations, voire à des manifestations hostiles.

Faure Gnassingbé : de la communication à la prise de distance ?

Arrivé au pouvoir en 2005 dans le contexte particulièrement violent de la crise postélectorale, marquée par de graves violations des droits humains et plus de 500 morts selon les Nations-Unies, Faure Gnassingbé devait aussi construire sa propre image sur la scène internationale.

Au début de sa présidence, les déplacements à l’étranger s’accompagnaient d’une communication officielle plus visible. La présence de journalistes togolais et les rencontres avec des compatriotes permettaient de donner un prolongement national aux visites diplomatiques.

Mais, au fil des années, les contestations politiques et les tensions entre le pouvoir et une partie de la diaspora ont compliqué cet exercice. Des organisations et des militants togolais établis à l’étranger se sont régulièrement mobilisés contre le régime, faisant de certaines visites officielles des occasions de protestation.

Dans ce contexte, la raréfaction apparente des rencontres présidentielles avec la diaspora mérite d’être interrogée. Est-elle le résultat d’un changement de stratégie diplomatique, d’un choix de communication ou d’une volonté d’éviter des confrontations publiques ? Sans explication officielle documentée, il serait hasardeux de trancher. Une question demeure néanmoins : pourquoi les compatriotes de l’étranger semblent-ils moins présents dans le dispositif de dialogue présidentiel ?

En Corée du Sud, une jeunesse togolaise résumée à un jugement ?

Le dernier déplacement de Faure Gnassingbé en Corée du Sud relance ce débat. Au lieu d’un échange direct avec les Togolais vivant dans le pays, l’attention a été attirée par une caractérisation de la jeunesse togolaise, présentée comme une jeunesse qui agirait avant de réfléchir.

Une telle formule, si elle est rapportée fidèlement et replacée dans son contexte, appelle des explications. La jeunesse togolaise ne constitue pas un bloc homogène. Elle rassemble des étudiants, des entrepreneurs, des travailleurs, des militants, des chercheurs et des citoyens aux expériences et aux opinions diverses.

Réduire cette génération à un trait de comportement, même dans le cadre d’une intervention diplomatique, risque de masquer les réalités auxquelles elle est confrontée : chômage, précarité, accès à la formation, participation politique et perspectives professionnelles. Une rencontre avec les jeunes Togolais établis en Corée du Sud aurait justement pu offrir un cadre pour entendre leurs attentes et confronter les discours aux expériences vécues.

L’argent du contribuable et le devoir de rendre compte

Au-delà du protocole, une autre question se pose : que rapportent concrètement au Togo les déplacements de son premier responsable ? Les visites officielles peuvent produire des accords, attirer des investissements, renforcer la coopération et ouvrir des débouchés économiques. Encore faut-il que leurs résultats soient présentés au public de manière suffisamment précise pour permettre une évaluation.

Le même impératif de transparence devrait s’appliquer aux dépenses engagées pour ces voyages. Les citoyens sont en droit de connaître les objectifs poursuivis, les engagements obtenus et les retombées attendues, dans les limites légitimes de la confidentialité diplomatique.

Dans cette logique, rencontrer la diaspora ne serait pas une dépense protocolaire superflue, mais pourrait constituer un investissement politique et social : écouter les difficultés administratives des Togolais de l’étranger, comprendre leurs projets, recueillir leurs propositions et favoriser leur contribution au développement national.

Cet argument ne signifie pas que chaque déplacement présidentiel doit obligatoirement comporter une rencontre publique avec la diaspora. Il souligne plutôt la nécessité de maintenir des mécanismes réguliers de dialogue avec les ressortissants établis hors du pays, y compris lorsque leurs opinions divergent de celles des autorités.

Une diaspora à écouter, même lorsqu’elle critique

La diaspora togolaise ne peut être réduite à ses manifestations contre le pouvoir, pas plus qu’elle ne saurait être considérée comme un soutien politique acquis. Elle constitue un ensemble diversifié de citoyens dont les compétences, les ressources, les expériences et les préoccupations peuvent contribuer à la vie nationale.

L’enjeu pour la présidence n’est donc pas seulement de préserver une tradition. Il est de savoir si le dialogue avec les Togolais de l’étranger demeure une priorité institutionnelle ou s’il dépend désormais des circonstances politiques et des impératifs de communication.

Un chef d’État n’a pas à attendre l’approbation de tous ses compatriotes pour voyager. Mais les désaccords ne devraient pas devenir un motif de rupture du dialogue. La diplomatie présidentielle gagnerait à faire une place à l’écoute, à la contradiction et à la transparence.

Car, au bout du compte, les Togolais de l’étranger restent des citoyens du pays. Leur voix ne devrait pas compter uniquement lorsqu’elle applaudit le pouvoir, mais aussi lorsqu’elle l’interpelle.

 

 

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 Albert Akouété AGBEKO

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