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Togo: quand la parole du PC tarde à devenir action

 

Il y a deux semaines, l’ancien président de la République togolaise, Faure Essozimna Gnassingbé, a prononcé son discours sur l’état de la nation devant l’Assemblée nationale et le Sénat réunis en congrès. Dans cette allocution présentée comme historique, le président du Conseil a fait plusieurs annonces majeures, dont celle relative à la libération de détenus par mesure de grâce présidentielle.

Deux semaines après, toujours aucune clarification

Mais deux semaines plus tard, c’est le silence radio. Aucune information n’a été communiquée sur les personnes concernées, leur nombre, ni sur les centres pénitentiaires où elles sont détenues. Une lenteur difficilement compréhensible dans une nouvelle République dite d’action.

« J’instruis, d’ores et déjà, le ministre de la Justice à me soumettre des mesures de grâce élaborées, sur la base des principes d’équité et de justice, concernant les dossiers des détenus purgeant de longues peines, ceux ayant commis des délits mineurs, ou encore des détenus âgés, en fin de peine ou gravement malades », déclarait Faure Gnassingbé.

Combien de temps faut-il au ministre de la Justice pour répertorier, dans la trentaine de centres de détention que compte le pays, les personnes éligibles à cette mesure ? Comment expliquer un tel retard ? Autant de questions qui, pour l’instant, restent sans réponse.

Quand la République d’action peine à se mettre en mouvement

Dans un pays normal, dès que le chef de l’exécutif achève son discours, les responsables techniques des secteurs concernés — notamment la Direction des grâces présidentielles — devraient monter au créneau pour fournir des chiffres précis et des détails concrets. Car un chef de l’exécutif, surtout lors d’une allocution solennelle, n’improvise pas. Il est préparé, briefé par ses services techniques et connaît les implications de ses annonces. D’où vient alors cette incapacité, deux semaines après, à donner corps à la République d’action promise ?

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Ce retard interroge légitimement les citoyens. Cette annonce rejoindra-t-elle la longue liste des promesses non exécutées faites par l’ancien président de la République — telles que la subvention pour l’acquisition de manuels scolaires, la construction et l’aménagement de 1 000 terrains de jeu ou encore l’autoroute « Fleuve de l’espérance » ? Nous n’osons pas le croire.

Car le président du Conseil l’a lui-même affirmé : cette nouvelle République signifie « un changement dans la manière dont nous concevons l’exercice du pouvoir : plus proche, plus équitable, plus redevable ». Plus rapide, ajouterions-nous.

Pourtant, les faits risquent de nous décevoir, voire de nous démentir. Si les choses continuent d’évoluer à ce rythme, il est légitime de s’interroger : de quelle République d’action parle-t-on ? Celle qui met plus de 150 jours à former un gouvernement après la démission de l’ancienne équipe ? Ou celle qui tarde à mettre en œuvre une mesure de grâce présidentielle pourtant qualifiée de prioritaire ?

La crise carcérale, une réalité bien connue

La question carcérale au Togo demeure un sujet brûlant qui cristallise le débat public. Nul n’ignore que les prisons togolaises sont surpeuplées et que les conditions de détention y sont exécrables. De nombreux prévenus voient leur avenir brisé pour des délits mineurs, parfois à la suite d’erreurs judiciaires. Faute de jugement, certains sont maintenus en détention bien au-delà des délais légaux. Des organisations onusiennes ont même, par le passé, préconisé la démolition de la prison civile de Lomé.

Des voix panafricanistes brisent le silence

À ces cas s’ajoute la question sensible des détenus politiques . Même si le pouvoir rechigne à reconnaître leur existence, les faits sont têtus. Ils finissent toujours par éclater au grand jour, comme ce fut le cas lors du 9ᵉ Congrès panafricain de Lomé. Cette fois-ci, ce n’est pas un Togolais, mais un invité de marque, le panafricaniste bissau-guinéen Bellick Sifiwe, qui a confirmé leur existence et plaidé pour leur libération. Preuve que les vérités que l’on refuse d’admettre chez soi finissent par être exposées à la face du monde.

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Les autorités togolaises gagneraient donc, dans un esprit d’ouverture et de bon sens, à régler définitivement la question des prisonniers politiques, déjà au cœur des discussions lors des négociations menées sous l’égide de la CEDEAO en 2017.

Un autre intervenant à ce congrès, Franklin Nyamsi, l’a également martelé, rappelant que la prison est l’un des lieux où l’humanisme et la dignité doivent impérativement prévaloir. Or, chacun sait que les prisons togolaises sont tout sauf humaines. C’est pour cette raison, entre autres, que des détenus politiques observent depuis plusieurs jours une grève de la faim.

Libérer pour apaiser et réconcilier

La mesure annoncée par le président du Conseil des ministres doit donc être mise en œuvre sans délai et servir, une fois pour toutes, à résoudre la question des prisonniers politiques, qui n’honore pas notre pays.

Un jour de plus dans ces conditions de détention peut être fatal. Et cela, personne ne le souhaite. Pourquoi ne pas poser dès aujourd’hui un acte de clémence ? Tendre la main à d’autres Togolais, les sortir de l’obscurité, n’est pas un signe de faiblesse. C’est, au contraire, la preuve de la grandeur d’âme, de l’esprit de pardon et de réconciliation.

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La République d’action ne se mesure pas à la beauté des discours, mais à la rapidité des actes. Derrière chaque jour de retard, il y a des vies suspendues, des familles brisées et une dignité mise à l’épreuve. L’histoire, elle, retiendra non ce qui a été promis, mais ce qui aura été fait.

 

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Albert Akouété AGBEKO

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