9ᵉ Congrès panafricain : l’OPAM accuse le Togo d’usurpation et ravive une polémique panafricaine
Au moment même où s’achève à Lomé le 9ᵉ Congrès panafricain, une vive controverse vient ternir l’image de cette rencontre internationale. Dans un communiqué au ton particulièrement virulent, l’Organisation Panafricaniste Mondiale (OPAM-WOPO) accuse le gouvernement togolais d’avoir organisé un « faux » congrès, en violation de l’histoire et des décisions déjà actées lors d’un précédent 9ᵉ Congrès panafricain tenu en République démocratique du Congo (RDC). Une polémique embarrassante que Lomé aurait sans doute préféré éviter.
Une accusation grave portée par l’OPAM
Dans un communiqué de presse daté du 10 décembre 2025, l’OPAM, organisation panafricaniste mondiale, affirme que le 9ᵉ Congrès panafricain a déjà été organisé et clôturé en RDC, et que toute autre initiative se réclamant de cette numérotation relèverait d’un « dédoublement frauduleux » et d’une tentative d’« usurpation historique ».
Selon l’organisation, ce 9ᵉ Congrès panafricain légitime s’est ouvert le 20 mai 2023 à Kinshasa, au ministère des Affaires étrangères de la RDC, avant de connaître une clôture officielle le 25 octobre 2024 à l’Université de Kinshasa, en présence de délégués africains, de pays des BRICS et de participants de la diaspora mondiale.
L’OPAM précise que ce congrès a été organisé sous la direction de José Kongolo Obalima, président, et Ablaye Diallo, rapporteur général, avec la participation active de l’Organisation panafricaine des Amériques et des Caraïbes, représentée par Roy Guevara Arzu.
Des résolutions qualifiées d’« historiques »
L’organisation panafricaniste rappelle que les travaux du 9ᵉ Congrès panafricain de Kinshasa ont abouti à des décisions majeures pour le panafricanisme contemporain, notamment :
-l’adoption d’un projet de Convention sur la création des États-Unis d’Afrique ;
-l’adoption du projet de Constitution de la République fédérale de Kama ;
-l’adoption de la Charte des valeurs africaines ;
et la création d’une Internationale panafricaniste.
Pour l’OPAM, ces résolutions confèrent à ce congrès une valeur politique et historique telle qu’il « ne peut être dupliqué ni falsifié par une quelconque entité étatique ou privée ».
Lomé au cœur d’une controverse idéologique
C’est précisément là que se cristallise la polémique. L’OPAM accuse directement le gouvernement togolais d’avoir instrumentalisé l’appellation « 9ᵉ Congrès panafricain » à des fins politiques, parlant d’une « mise en scène théâtrale grotesque » destinée à détourner l’attention des intellectuels africains et de l’opinion publique.
Plus grave encore, l’organisation panafricaniste inscrit cette initiative dans une lecture géopolitique plus large, dénonçant ce qu’elle qualifie de manœuvre de l’impérialisme occidental, qui s’appuierait sur certains régimes africains pour neutraliser un panafricanisme qu’elle revendique comme révolutionnaire et émancipateur.
Un débat ancien sur la légitimité du panafricanisme
Cette controverse met en lumière une fracture persistante au sein du mouvement panafricaniste, entre une approche institutionnelle, souvent adossée aux États, et une vision plus militante, portée par des organisations transnationales et la diaspora.
En accueillant un congrès panafricain d’envergure internationale, Lomé cherchait visiblement à s’imposer comme une capitale du dialogue panafricain. Mais cette ambition se heurte aujourd’hui à une bataille de légitimité symbolique et historique, qui pourrait fragiliser la portée politique des conclusions issues du congrès tenu au Togo.
Une polémique aux conséquences politiques et symboliques
Si les autorités togolaises n’ont, pour l’heure, pas officiellement répondu aux accusations de l’OPAM, cette sortie médiatique risque de laisser une trace durable dans le débat panafricain. Elle pose surtout une question centrale : qui a la légitimité de parler et d’agir au nom du panafricanisme au XXIᵉ siècle ?
À l’heure où l’Afrique cherche de nouveaux repères idéologiques face aux recompositions géopolitiques mondiales, cette querelle autour du 9ᵉ Congrès panafricain apparaît comme un signal d’alerte. Car au-delà des querelles de numérotation, c’est l’unité du discours panafricain et sa crédibilité qui se trouvent mises à l’épreuve.
Notons que cette polémique intervient alors qu’une autre organisation panafricaine, la Ligue panafricaine – UMOJA avait déclaré à propos de la rencontre de Lomé que le panafricanisme est aujourd’hui instrumentalisé et vidé de son sens par certains régimes et acteurs opportunistes qui en font un outil de légitimation politique. Dans le contexte du 9ᵉ Congrès panafricain tenu à Lomé, elle estime que le Togo ne dispose pas de la légitimité morale et politique pour accueillir un tel événement, au regard de son histoire marquée par l’assassinat de Sylvanus Olympio, la répression politique et la persistance de prisonniers politiques et d’exilés. Pour UMOJA, évoquer des valeurs comme Ubuntu ou les Réparations sans libérer les détenus politiques et respecter les droits humains relève d’une contradiction fondamentale, et le véritable panafricanisme passe d’abord par la justice, la liberté et la dignité des peuples africains.
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Francine DZIDULA
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