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Togo, Guinée, Cameroun, RDC : ces pays où les victoires se décident dans les bureaux

 

Deux mois après la Coupe d’Afrique des nations (CAN Maroc 2025), le jury d’appel de la Confédération africaine de football (CAF) a décidé, hors terrain, de déclarer le Maroc vainqueur de la finale au détriment du Sénégal, pourtant sacré sur la pelouse. Une décision tonitruante, presque ubuesque, qui a déclenché une vague d’indignation à travers le continent et au-delà. Une fois encore, l’Afrique s’expose aux moqueries du reste du monde.

Cette décision n’est pas un cas isolé. Le continent est coutumier de ces situations où les compétitions disputées sur le terrain se gagnent finalement dans les bureaux. Sur le plan politique, le parallèle est frappant : des suffrages exprimés dans les urnes sont souvent déformés dans les officines des commissions électorales. Un peu partout en Afrique, et particulièrement dans les pays francophones, l’issue des élections semble parfois se décider loin des bureaux de vote.

 

Un parallèle troublant avec la politique africaine

Au Togo, en Guinée, au Cameroun ou encore en République démocratique du Congo, des opposants ont été spoliés de victoires électorales sans que cela ne suscite toujours l’indignation qu’une telle situation devrait provoquer. Comme si, dans un ordre désormais établi, un président sortant pouvait inverser les résultats pour se maintenir au pouvoir.

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Au Togo, en 1998, alors que Gilchrist Olympio est en passe de remporter l’élection présidentielle, le ministre de l’Intérieur de l’époque, le général Seyi Mèmène, intervient après la démission forcée de la présidente de la Commission électorale nationale indépendante, Awa-Nana Daboya, pour proclamer la victoire du président sortant, le général Gnassingbé Eyadéma, alors même que le processus n’était pas achevé. L’Union européenne condamne alors fermement cette dérive, estimant que le processus est sorti de son cadre, ce qui entraînera une rupture de la coopération avec le Togo.

En Guinée, lors de la présidentielle de 2010, Cellou Dalein Diallo arrive largement en tête au premier tour avec plus de 43 % des suffrages, devant l’opposant historique Alpha Condé, crédité de 18 %. Pourtant, au second tour, un spectaculaire renversement de situation s’opère. Entre tractations politiques et arrangements en coulisses, le scrutin bascule en faveur d’Alpha Condé. Une fois encore, l’expression populaire est dévoyée au profit d’intérêts inavoués.

 

La RDC et le Cameroun : des résultats contestés

En République démocratique du Congo, l’élection présidentielle de 2018, censée consacrer la première alternance politique du pays, se déroule dans un climat de fortes contestations. Incapables d’imposer leur candidat, les proches du président sortant Joseph Kabila ont favorisé la victoire du candidat de l’opposition jugé le moins hostile au régime, Félix Tshisekedi. Un accord de partage du pouvoir est même conclu. Les résultats sont vivement contestés par Martin Fayulu, qui revendique la victoire. La Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO), forte de ses milliers d’observateurs, émet de sérieux doutes, appuyés par des fuites de documents électoraux.

Ces doutes sont corroborés par des fuites de documents de la Commission électorale nationale indépendante (CENI) publiés par des médias internationaux qui donnent la victoire à Fayulu entre 62,8 % et 73,61 % des voix, Shadary entre 7,90 % et 17,99 % et Tshisekedi entre 15 % et 17 %.

Au Cameroun, l’élection présidentielle d’octobre 1992, première véritablement pluraliste, reste l’une des plus controversées. Selon les résultats officiels, Paul Biya l’emporte avec 40 % des voix contre 36 % pour Ni John Fru Ndi. Ce dernier dénonce des fraudes massives et se proclame vainqueur, avant d’être placé en résidence surveillée. De nombreux observateurs et missions diplomatiques accréditent pourtant sa victoire. À ce jour, il demeure l’opposant qui aura le plus sérieusement ébranlé le pouvoir en place.

Plus récemment, d’autres figures comme Maurice Kamto en 2018 ou Issa Tchiroma Bakary en 2025 ont également revendiqué la victoire au lendemain des scrutins, illustrant la persistance de ces crises de légitimité.

 

Une crise de confiance durable

Derrière ces épisodes se dessinent des destins brisés, des vies bouleversées et des espoirs étouffés. Certains candidats sont contraints à l’exil, d’autres réduits au silence, quand quelques-uns disparaissent dans l’ombre, emportant avec eux le récit d’une victoire confisquée.

Les exemples pourraient être multipliés. Du sport à la politique, une même constante semble s’imposer : en Afrique, trop souvent encore, les résultats ne se décident pas là où ils devraient l’être — sur le terrain ou dans les urnes — mais dans des bureaux feutrés, loin du regard des citoyens.

 

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Albert Akouété AGBEKO

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