Ce même après-midi, le convoi de l’UFC de retour de Bassar, a échappé à une tentative d’attentat. Des militaires armés se seraient positionnés dans une teckeraie. Cette opération a avorté. Pour les militaires, ce n’est que partie remise.
Sur la route vers 12 heures, le convoi est attaqué. A quelque 200 mètres après avoir franchi le pont de la rivière Sarah, une bombe explose devant la Nissan Patrol de Gilchrist Olympio. Les véhicules précédant la Patrol n’ont pas été inquiétés. « Aussitôt après l’explosion, les trois derniers véhicules du convoi : le 4×4 Nissan à bord duquel se trouvent Gilchrist Olympio et le Docteur Atidépé, le 4×4 Mitsubishi et la Peugeot-404 sont pris sous un tir nourri que les témoins identifient comme celui d’armes automatiques. »
Patrick Lawson, un rescapé, raconte : « Embusqués derrière un bois, nos assaillants ont tranquillement laissé passer les véhicules en tête du cortège avant d’ouvrir le feu. En immobilisant la voiture qui précédait la Nissan Patrol de Gil, ils étaient assurés d’avoir une cible statique. Devant le barrage de tirs, notre véhicule est tombé dans un ravin. Même avec les pneus-avant crevés, notre chauffeur a continué de rouler jusqu’au village de Soudou (préfecture d’Assoli), où nous devions tenir un meeting régulièrement autorisé. »
La suite sera une affaire de dures et multiples opérations chirurgicales pour G. Olympio. Quant à Marc Atidépé, le 10 juillet, jour de ses obsèques, un attentat à la grenade causera des dégâts matériels et provoquera un incendie à la Chambre des députés où devait être exposée sa dépouille mortelle. Les enquêteurs de la Commission internationale diligentée par la FIDH (8 au 13 juin 1992), au terme d’un rapport concluent :
« Que l’attentat du 5 mai 1992 survenu vers 12 heures sur la route de Bafilo à Soudou qui fit plusieurs morts parmi lesquels le Docteur Atidépé et plusieurs blessés parmi lesquels Gilchrist Olympio a vraisemblablement été préparé et exécuté par des militaires […] Que la liberté de mouvement et l’autonomie d’action laissée au capitaine Ernest Gnassingbé permettent à celui-ci de se livrer à un activisme incompatible avec son statut militaire. »
M. Amédégnato : « Ni l’armée togolaise ni le Général d’Armée Eyadéma, ne sont pour rien dans l’attentat contre Gilchrist Olympio. »
J.-L. Aplogan : – On a dit que ce serait du matériel de guerre qu’on a utilisé…
M. Amédégnato : – Les opposants aussi ont du matériel de guerre. Il n’y a qu’à le vérifier chez M. Edem Kodjo ; il a beaucoup de matériel de guerre. Même Olympio avait du matériel de guerre. Il n’y a pas que l’armée qui a du matériel de guerre ! »
Les rapports de la FIDH sur le Togo.
I -Rapport N° 155 de la Fédération Internationale des ligues des droits de l’homme
Mission d’enquête internationale 8 au 13 juin 1992 : à propos des événements
De Soudou survenus le 5 mai 1992
Rapporteurs-enquêteurs :
Roger Ribault ( juge d’instruction près le Tribunal de grande instance de Paris
Marc Neve de Mevergnies ( Avocat au Barreau de Liège )
Ralph Crawshaw ( Ancien chef de la police d’Essex )
Extraits
B -RAPPORT D’ENQUETE ( pages 8 et 9 )
1 -LE CLIMAT D’INSECURITE
Le Togo vit depuis plusieurs années dans un climat de violence politique chronique. Le 13 janvier 1963, le premier président de la République, SYLVANUS OL YMPIO était assassiné. Le régime qui lui a succédé a, à sa tête, un militaire, ETIENNE GNASSINGBE EYADEMA. Plusieurs organisations internationales ont dénoncé les atteintes aux droits de l’homme et les crimes politiques portés à leur connaissance.
Le processus de transition démocratique connaît une série d’actes violents, meurtriers, d’incidents graves parmi lesquels ceux survenus le 14 avril 1991. Ce jour-là vingt-huit corps étaient découverts dans la lagune de Bé à Lomé.
Le 30 mai 1991, M. PATRICK BAUDOUIN, secrétaire général de la FIDH, venu sur place suite à ces faits, dressait un état de la situation des droits de l’homme au Togo.
La multiplication des règlements de compte, des attentats et des incidents sanglants qui ont fait plusieurs centaines de morts depuis l’ouverture du pays à la démocratie compromet l’action du gouvernement de transition démocratique actuellement en place.
Ce gouvernement dirigé par Monsieur KOFFIGOH, Premier ministre, a été victime de plusieurs coups de force. Celui qui s’est déroulé du 27 novembre au 3 décembre 1991 et au cours duquel des éléments des forces armées togolaises ont pris d’assaut la Primature et exécuté sommairement plusieurs de ses défenseurs. La tentative de putsch a considérablement affaibli le gouvernement. Sa vulnérabilité et celle du Premier ministre est patente.
C’est dans ce contexte d’insécurité généralisée qu’est survenu le 5 mai 1992 dans le nord du pays un attentat désigné pudiquement par l’opinion publique togolaise sous le nom « d’événements de Soudou ». Plusieurs personnes ont trouvé la mort ou ont été blessées dans cette embuscade. Elles circulaient dans les véhicules d’un convoi qui se rendait d’une localité à l’autre dans le cadre d’une campagne de propagande politique que la classe politique désigne sous le nom de « campagne de sensibilisation ». Le leader de ce convoi était GILCHRIST OLYMPIO, candidat à l’élection présidentielle qui devait se tenir en aôut 1992.
L’attentat a suscité une très vive émotion au point que le président de la République, le Premier ministre et le président du Haut Conseil de la République convenaient dans un communiqué conjoint (Annexe 1) de faire la lumière sur ces faits.
Le 21 mai 1992, le Premier ministre de la République togolaise adressait au président de la FEDERATION INTERNATIONALE DES DROITS DE L’HOMME une requête visant à obtenir l’envoi sur place d’une commission d’enquête internationale (Annexe 2).
Le président de la FIDH recevait au même moment une requête identique émanant de la Ligue togolaise des droits de l’homme affiliée.
La FIDH donnait le 1er juin 1992 mandat à Messieurs RIBAUL T, NEVE DE MEVERGNIES et CRAWSHAW pour enquêter sur :
la tentative d’assassinat dont a été victime Monsieur GILCHRIST OLYMPIO le 5 mai 1992 dans une des localités rurales du nord du Togo
l’assassinat de plusieurs autres personnes parmi lesquelles un membre du Haut Conseil de la République.
C. CONCLUSIONS ( pages 21 et 22 )
Le présent rapport ne constitue pas une enquête judiciaire qui est de la seule compétence de la justice togolaise.
Ses rédacteurs sont conscients de ses limites. Elles sont notamment la conséquence d’un court temps d’enquête, du refus de l’Etat Major de l’armée togolaise de coopérer notamment à l’offre d’audition des militaires en cause et au refus de pénétrer dans les enceintes militaires qui leur ont été signifié oralement par le général BONFOH lors de la deuxième entrevue avec le président
EYADEMA.
Les investigations ont été conduites conformément à l’ensemble des textes internationaux rappelés en préliminaire du présent rapport. Les trois enquêteurs se sont soumis à la déontologie professionnelle qui est la leur dans leurs pays respectifs.
Ni la Ligue togolaise des droits de l’homme, ni le Premier ministre et le président de la République n’ont participé, même par personne interposée, aux recherches et aux auditions. Chacune de ces institutions a participé pour sa part à la manifestation de la vérité. Le présent rapport a été rédigé en toute indépendance à l’égard des partis en cause.
Au terme du rapport les trois enquêteurs concluent :
1° que l’attentat du 5 mai 1992 survenu vers 12 heures sur la route Bafilo à Soudou qui fit plusieurs morts parmi lesquels le Docteur ATIDEPE et plusieurs blessés graves parmi lesquels GILCHRIST OLYMPIO a vraisemblablement été préparé et exécuté par des militaires
2° Que l’importance des moyens utilisés en matériel de guerre, armes automatiques et roquettes et en véhicules ( deux ou trois) et en hommes (au moins six) et la méthode employée (embuscade) laisse présumer la complicité de l’Etat major des forces armées et des chefs de corps de ces militaires, en particulier le colonel AREGBA, colonel du régiment para commando, caserné non loin des lieux de l’attentat.
3° Que le comportement des militaires en cause avant et après l’embuscade montrent qu’ils sont certains d’une quasi impunité.
4° Que le capitaine ERNEST GNASSINGBE n’a.a pas été vu au nombre des auteurs présumés de la fusillade. Cependant sa présence est avérée à proximité des lieux immédiatement avant l’attentat.
5° Que l’officier qui dirigeait le commando de six hommes est vraisemblablement le lieutenant BASSARI du régiment para commando de Kara.
6°) Que l’existence d’un autre commando venu à travers la savane et reparti par un chemin voisin n’a pas été établie.
7°) Que la réponse de l’Etat Major des FAT à notre télécopie du 12 juin 1992, visée en annexe 211 n’offre qu’un très faible degré de crédibilité en l’absence d’accès direct aux pièces originales. Les informations qu’elle contient sur les affectations des militaires en cause permet de recouper les renseignements sur les emplois occupés par ces militaires dans leur unité et conforte la fiabilité des témoignages recueillis et les mettant en cause.
8°) Que le seul moyen d’identifier avec certitude les auteurs, coauteurs, complices et instigateurs de l’attentat est de les confronter avec les témoins qui les ont vu. Ces confrontations ne pourraient cependant intervenir qu’après une normalisation démocratique du régime politique. Si la mise en présence des témoins et des mis en cause devait intervenir dans le contexte actuel, les enquêteurs sont convaincus que les craintes que nourrissent ces témoins quant à leur intégrité physique soient fondées.
9°) Que même si la vérité des faits est partielle l’existence d’un complot militaire visant à éliminer physiquement les leaders de l’opposition démocratique est très vraisemblable ;
10°) Que la liberté de mouvement et « autonomie d’action laissée au capitaine Emest GNASSINGBE permettent à celui-ci de se livrer à un activisme incompatible avec son statut militaire.
11°) Que les résultats du présent rapport seront complétés dès que les conclusions des expertises seront connues.
12°) Que le caractère prétorien du régime empêche i’exercice d’une justice indépendante et rend les magistrats et les enquêteurs judiciaires particulièrement vulnérables.
II- Rapport N°269 de la Fédération Internationale des ligues des droits de l’homme ( Janvier 1999)







LE TOGO DOIT ETRE SAUVER.