Lycée 2 Février fermé, les revendeuses interpellent le Président de la République à « voir leur cas »
Alors que les 1500 élèves du lycée du 2 Février d’Agbalépédogan sont fixés sur leurs écoles d’affectation pour la suite de l’année académique, les revendeuses opérant dans ledit lycée ne savent pas à quel sein se vouer. Face à leur activité qui s’écrivent désormais en pointillé, elles implorent l’intervention du président de la République.
Ce mercredi matin, premier jour de l’entrée en vigueur de la décision du ministère des enseignements primaire, secondaire et technique (MEPST) fermant le lycée, la plupart en venant à leurs lieux de travail ignoraient une telle décision. Ce n’est que dans la cour, certains alertés par le mégaphone qui annonçait la nouvelle aux élèves, ont appris la décision. Du coup, c’est leur vie qui a commencé par prendre une nouvelle trajectoire. L’activité pour laquelle elles nourrissaient à l’orée de la nouvelle année académique de légitime projet est désormais sur le point de s’assombrir. Face à la situation, les premiers mots qui sortent de la bouche de ces revendeuses sont des lamentations.
« Comment allons-nous faire ? Qu’allons-nous devenir », sont des plaintes incessantes qu’elles profèrent.
« Cette situation est un véritable drame pour nous », lâche Mme Agboga Yawa devant sa table de nourriture. Et de poursuivre : « Je le dis parce que à chaque rentrée scolaire, nous faisons des prêts et c’est avec cet argent que nous nous ravitaillons en condiments à servir aux enfants. Chaque semaine nous remboursons ces prêts à travers des tontines. Et s’il n’y a pas d’école, plus possibilité de payer la tontine. Je suis foutue », débite la dame.
A côté Dzigbodji étale sa situation : « Je suis sous prêt avec 4 enfants à ma charge, arrêter l’école qu’allons-nous devenir ? Il y a les frais de scolarité des enfants à payer. A la fin du mois, nous devons payer une partie du prêt », se plaint cette mère de famille.
« Tout ce que nous avons préparé sont là », montre du doigt cette revendeuse de riz. « Nous ne savons pas que les élèves seront là jusqu’à la récréation pour consommer ce que nous avons préparé pour eux (NDLR : interview réalisée mercredi matin avant 9h45, heure de récréation). Vous voyez la nourriture sur le feu. Nous ne savons pas ce que nous allons en faire s’ils sont libérés avant la récréation et ce que nous allons dire à nos débiteurs. Nous sommes peinées et attristées. Nous supplions le président de la République à voir notre cas », concède Mme Agboga.
Tel un naufragé qui s’accroche à tout pour survivre ainsi se résume la situation de ces dames qui font des propositions aux autorités, question de sauver leurs activités.
« Nous supplions le gouvernement. Nous allons céder notre place pour qu’il puisse faire des appâtâmes aux enfants et entamer le chantier au fur et à mesure », concède Thérèse, la présidente de l’association des revendeuses du lycée du 2 Février qui propose que le chantier soit accéléré de durée maximum deux mois.
Vœu irréalisable car si la rénovation du CEG Boka et de l’EPP Totsi n’a pas pu se tenir dans ce délai, ce n’est pas le lycée du 2 Février qui fait le double voire le triple de ces établissements avec R+ qui pourra respecter une échéance aussi courte. Le lycée du 2 Février compte 26 salles de classe.
Allant dans le même sens que sa Présidente Tanty souligne : « même si nous devons rester sous les arbres et qu’ils prennent notre place pour construire des appâtâmes aux enfants nous sommes prêtes à faire ce sacrifice ».
« Nous supplions le gouvernement de voir notre cas sinon ce sera dur pour nous. Si nos doléances sont satisfaites nous seront très contentes », réitère la revendeuse de salades.
Ces femmes qui pour la plupart vivent des situations précaires verront l’aggravation de cette dernière avec cette mesure qui est un véritable coup de massue pour elles.
« Certains parmi nous n’ont pas d’époux, d’autres sont des veuves, c’est nous-mêmes qui nous prenions en charge nos enfants », explique Mme Agboga.
Chez les revendeuses aussi c’est l’incompréhension. Pourquoi avoir attendu aussi longtemps avant de prendre une telle décision, juste quelques heures seulement après la rentrée, telle est la question qui revient le plus souvent.
« Certains de nos enfants vont dans des écoles privées, à cette allure je sais que je ne peux pas encore payer les frais de scolarité. Mon enfant va mourir de faim. C’est pourquoi nous supplions le Président de la République », déclare encore la présidente de l’association.
Seront-elles entendues ? Rien n’est moins sûr. Dans un pays où l’assistance sociale est déficitaire et pays dans lequel les femmes victimes des incendies du grand marché n’ont pas pu bénéficier d’assistance sociale qu’il faut, ce n’est pas les revendeuses d’un lycée qui auront une oreille attentive des autorités. Accablées par les dettes, poursuivies par les créanciers, ces femmes seront contraintes à une mort lente, n’en déplaisent à ceux qui croient à qu’un mandat fut-il social pourra les sauver.
Albert AGBEKO
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