Crise sociale à SUNU Bank Togo : le SYNBANK face au piège du dilatoire gouvernemental?
Après le licenciement de 42 employés de SUNU Bank Togo, le Syndicat des employés et cadres des banques, des établissements financiers et des assurances du Togo (SYNBANK) avait annoncé un sit-in pour dénoncer cette décision jugée abusive. Mais à la surprise générale, le mouvement a été suspendu après une rencontre avec le gouvernement. Depuis, c’est le silence radio : aucune information n’a filtré sur l’issue des discussions, et les travailleurs restent dans l’incertitude quant à une éventuelle réintégration des licenciés.
Un scénario déjà vu : la stratégie du dilatoire
Cette suspension du mouvement laisse planer de sérieux doutes. Pour beaucoup d’observateurs, le SYNBANK risque de tomber dans le piège d’un gouvernement habitué à désamorcer les tensions sociales par des discussions à rallonge, sans issue concrète.
L’histoire récente du syndicalisme togolais en témoigne. En 2013, la Synergie des travailleurs du Togo (STT), malgré une mobilisation impressionnante, n’avait obtenu que quelques primes, loin des réformes structurelles espérées. Les enseignants, eux, n’ont vu évoluer leurs conditions qu’après avoir adopté une stratégie plus radicale, paralysant le secteur éducatif. Le message est clair : au Togo, seules les mobilisations fortes et prolongées contraignent l’État à céder.
Une commission pour enterrer le problème ?
Selon des sources proches du dossier, la rencontre du 25 août dernier entre les ministres Gilbert Bawara (Fonction publique, Travail) et Essowè Georges Barcola (Économie et Finances) avec les responsables syndicaux aurait débouché sur la mise en place d’une commission chargée d’examiner la situation de SUNU Bank Togo. Mais, comme le répètent souvent les syndicalistes, « pour enterrer un problème, il suffit de créer une commission ».
Cette crainte se renforce d’autant plus que la direction de la banque, au lendemain même des discussions, a réaffirmé et justifié son choix de licencier, sans manifester le moindre signe de regret. Cette posture met en doute la sincérité du dialogue et laisse penser que la commission pourrait n’être qu’un paravent destiné à calmer les esprits.
Une stratégie gouvernementale qui fragilise la confiance
À chaque appel à la grève, le gouvernement togolais adopte une posture qui limite l’exercice des droits syndicaux. En repoussant les discussions jusqu’à la dernière minute pour imposer une suspension des mouvements, il choisit une approche réactive plutôt que préventive. Résultat : la confiance entre l’État, les syndicats et leurs bases se délite, nourrissant un sentiment d’abandon et de méfiance parmi les travailleurs.
Dans le cas de SUNU Bank, le silence qui règne depuis la réunion du 25 août accentue l’inquiétude et l’impression que le gouvernement n’est pas disposé à engager un dialogue sincère. Ce manque de transparence compromet la légitimité du mouvement syndical et fragilise la cohésion sociale déjà éprouvée.
Une épreuve de crédibilité pour le SYNBANK
Le SYNBANK joue ici sa crédibilité. En misant sur la bonne foi du gouvernement et en suspendant prématurément son mouvement, il prend le risque de perdre la confiance de sa base. Car au-delà du cas des 42 licenciés, c’est l’avenir même du syndicalisme dans le secteur bancaire et au-delà qui se joue.
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Si la commission annoncée ne débouche sur aucune mesure concrète, le SYNBANK pourrait se retrouver affaibli, donnant à l’employeur et aux autorités l’occasion de renforcer leur position. À l’inverse, une stratégie unie, déterminée et cohérente pourrait inverser le rapport de force et obliger les acteurs à prendre au sérieux les revendications des travailleurs.
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Francine DZIDULA
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