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TOGO : quel bilan pour Faure Gnassingbé un an après son investiture comme président du conseil ?

 

Faure Gnassingbé a été investi le 3 mai 2025 comme président du conseil des ministres, dans le cadre de sa toute nouvelle 5e République. Voici le bilan de sa première année à la tête d’un régime parlementaire atypique.

Un an déjà que le pays a officiellement quitté un régime présidentiel séquestré pour entrer dans un système parlementaire biaisé pourtant présenté comme une avancée institutionnelle majeure. Mais une question s’impose : qu’est-ce qui a réellement changé dans l’exercice du pouvoir au Togo ? Que peut-on retenir concrètement de cette 1ère année qui vient de s’achever ?  Un nouveau comportement dans la gestion du pays ? Des débats contradictoires au sein de la nouvelle assemblée nationale et sur les médias publics ? Une meilleure écoute vis-à-vis des populations ? Une plus grande transparence dans le management public ? Le déverrouillage de l’espace civique ? La dépénalisation des délits de presse et des délits d’opinion ? Une lutte implacable contre la corruption au sein de l’administration et des entreprises liées à l’État ? Un projet de grands travaux dans les infrastructures incontournables (routes, écoles, hôpitaux, électricité, sports, spectacles…,) ?

Toute la singularité de cette 5e République tient peut-être dans ses contradictions. Juridiquement, la mécanique a été réécrite, dans la hâte et la confusion. Politiquement, les comportements sont les mêmes qu’avant. On prone le dialogue, mais on refuse l’écoute. On parle des jeunes, mais on aligne les anciens. On réécrit les textes, mais on est les premiers à les violer. On parle de gouvernance, mais tout est en lambeaux.

Nous savons que la Ve République togolaise n’est pas née d’une demande populaire, ni d’un consensus national profond sur la nécessité de refonder les institutions. Elle est née de la seule initiative du pouvoir solitaire, dans un contexte où la question de la longévité politique de son guide naturel en tant que président de la république devenait gênante. Cette première année de mise en œuvre du régime parlementaire a rapidement dissipé les illusions de renouveau.

Les manifestations de l’année dernière, débutées un mois à peine après l’investiture, contre la réforme constitutionnelle et la vie chère ont été réprimées avec une brutalité qui rappelait davantage les réflexes des anciennes décennies. Des morts, des blessés, des arrestations (qui se poursuivent). Derrière le vocabulaire du changement institutionnel, le logiciel politique reste inchangé : contrôler.

Même à l’assemblée nationale, censé être le foyer du débat, tout est concentré sur l’apologie de celui qui règne. Les 3 députés de l’opposition (sur 113 sièges) sont réduits à l’invisibilité la plus totale. Lorsqu’une députée comme Brigitte Adjamagbo-Johnson, peut être empêchée de se rendre dans une partie sensible du territoire national, ce n’est pas seulement un incident politique lié à des raisons sécuritaires. C’est le signal renouvelé d’un espace public totalement verrouillé, où les contre-pouvoirs sont affaiblis, pendant que les institutions semblent fonctionner davantage pour protéger le sommet que pour équilibrer les pouvoirs.

Les récents scandales financiers autour de l’Office Togolais des Recettes ont renforcé ce malaise profond d’un État décadent. Ils ont surtout mis en lumière le fossé grandissant entre une communication gouvernementale très abstraite et le sentiment quotidien réel d’une population confrontée à la vie chère et à une redistribution sociale très insuffisante.

Le problème persistant du Togo réside encore aujourd’hui dans cette incapacité chronique du système à produire de la confiance collective. Aucune réforme institutionnelle ne peut convaincre lorsqu’elle donne cette impression tenace d’avoir été pensée d’abord pour sécuriser un pouvoir plutôt que pour renforcer la confiance des citoyens.

Un an après son instauration, la 5e République apparaît donc moins comme une nouvelle page que comme une réécriture du même chapitre chaotique. Et c’est peut-être cela, le paradoxe togolais : un pays qui change régulièrement ses constitutions, mais où le changement réel demeure toujours absent.

 

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Tribune libre de Eric WONANU

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