Interview exclusive du vice-Premier ministre de Côte d’Ivoire, Téné Brahim Ouattara : « Notre sortie de la liste grise du GAFI renforce la confiance des investisseurs »
Retirée officiellement de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) le 30 octobre 2026, la Côte d’Ivoire franchit une étape importante dans le renforcement de la crédibilité de son système financier. Dans cette interview, le vice-Premier ministre, Téné Brahim Ouattara, revient sur les réformes engagées, les efforts institutionnels ayant conduit à cette décision et les retombées économiques attendues. Il évoque également les défis qui attendent le pays pour préserver les acquis et éviter un nouveau classement.
TOGO SCOOP INFO : Monsieur le Vice-Premier Ministre, la Côte d’Ivoire a officiellement été retirée de la liste grise du GAFI. Quel est, selon Vous, le principal message que cet évènement envoie à la communauté financière internationale et aux investisseurs ?
TÉNÉ BRAHIMA OUATTARA: Effectivement la Côte d’Ivoire a été retirée de la liste grise le 30 octobre dernier, suite à la plénière du GAFI tenue à Paris. Cette plénière est la dernière étape d’un processus qui a commencé depuis près de 24 mois.
Le principal message pour la communauté financière internationale est que grâce au leadership et à la pertinence des choix en matière de politique publique et de gestion du Président de la République, la Côte d’Ivoire sait s’organiser pour relever tous les défis. Grâce à la capacité d’action du Gouvernement, les instructions et orientations du Président de la République sont traduites au plan organisationnel avec efficacité.
La communauté financière internationale doit donc comprendre à travers cet évènement, comme on l’a démontré dans nos relations avec le FMI, la Banque mondiale, les investisseurs des Eurobonds, l’Union Européenne et l’ensemble de nos partenaires, que la stabilité et la sécurité du cadre de gestion financière est important pour le Gouvernement et que tout est mis en œuvre pour les garantir
TOGO SCOOP INFO : Derrière cette décision, il y a eu un travail technique de longue haleine mené par les Institutions ivoiriennes. Quelles ont été les réformes structurelles et institutionnelles les plus décisives menées au cours de ces derniers mois pour atteindre ses résultats ?
TÉNÉ BRAHIMA OUATTARA: Lorsque nous avons été mis sur la liste grise, le GAFI nous demandait de faire des réformes concernant 14 recommandations. Nous avions mis en œuvre avec satisfaction 68 mesures sur un total de 82, que nous avions en 2023. Il restait donc 14 mesures recommandées. Il fallait, au-delà du respect de la réglementation sur chacune de ces mesures, montrer qu’au niveau opérationnel, les réformes étaient effectivement en vigueur et les évaluateurs du GAFI sont venus faire des vérifications nécessaires à cet effet en septembre 2026, avec 35 évaluateurs indépendants, venant de différents pays.
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Pour éviter des notions trop techniques en ce qui concerne les réformes mises en œuvre, nous avons renforcé le recours à la coopération internationale dans le cadre des enquêtes et des poursuites concernant le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme.
Nous avons amélioré la supervision fondée sur l’analyse du risque des institution financières et les entreprises, permettant ainsi d’anticiper et de mieux connaître les risques.
Nous avons renforcé l’application des sanctions en cas de manquements à la réglementation, en enquêtant davantage.
Nous avons renforcé l’usage du renseignement financier par les autorités d’application de la loi et avons amélioré l’accès et la diffusion de renseignements par la CENTIF au PPEF par exemple.
Enfin, la Côte d’Ivoire a automatisé certaines actions, qui facilite la communication entre acteurs et améliore l’accessibilité aux données. Pour résumer, grâce aux réformes entreprises, nous sommes en mesure de mieux connaître le danger, à produire du renseignement financier de qualité, d’enquêter avec célérité, de juger et, de savoir qui se cache dernière les constructions juridiques et certaines entreprises.
Au-delà de ces aspects techniques, ce qui ressort des conclusions des travaux avec le GAFI, c’est que l’organisation mise en place par la Côte d’Ivoire est considérée comme un modèle à partager avec d’autres pays. Ce modèle part de l’implication des plus hautes autorités (volonté politique effective) qui suivaient ce dossier, avec des points faits au Conseil Présidentiel régulièrement.
TOGO SCOOP INFO : Les questions de sécurité et de lutte contre le terrorisme vous tiennent à cœur. En quoi la sortie de cette liste représente-t-elle également un atout stratégique pour la stabilité globale et la sécurité économique du pays?
TÉNÉ BRAHIMA OUATTARA: Vous savez, la lutte contre le terrorisme est un défi complexe, qui prend en compte plusieurs dimensions. Le retrait de la liste veut dire que nous avons une architecture de gestion du système financier, capable de faire face à certains types de défis, y compris en matière d’anticipation. Nous avons une capacité de réaction, permettant d’accélérer certaines enquêtes. Nous avons une meilleure capacité d’exploitation de la coopération internationale, en matière de renseignement financier.
TOGO SCOOP INFO : Concrètement, comment le retrait va se traduire pour l’économie réelle ? Peut-on s’attendre à une simplification des transactions financières pour les entreprises et à une baisse du coût du financement pour l’Etat et le secteur privé?
TÉNÉ BRAHIMA OUATTARA: L’économie se fonde dans une large mesure sur la confiance. C’est par la confiance que le banquier fait un prêt à un opérateur économique pour développer son activité. C’est la confiance qui guide le choix de l’investisseur sur la destination de son argent. Le renforcement de la crédibilité internationale, est donc un facteur de la consolidation de la confiance dans notre pays et par conséquent, un accélérateur des choix des investisseurs vers nos secteurs économiques. Au plan macroéconomique donc, le retrait de la liste grise pourrait améliorer l’attractivité du pays et la hausse des investissements directs étrangers.

Ensuite, certaines prudences à priori qui étaient parfois observées dans les transactions financières avec l’étranger, du fait que nous étions sur la liste grise, vont être levées, facilitant ainsi les mouvements de capitaux entrant et sortant de nos entreprises.
Enfin, les investisseurs dans les obligations ivoiriennes, y compris les euro-obligations, pourraient voir leur base s’élargir, avec pour conséquence la réduction du prix de l’argent pour l’Etat. En un mot, les implications de la sortie de la liste grise sont positives au plan macroéconomique, au plan sectoriel et dans l’amélioration du climat des affaires.
TOGO SCOOP INFO : Enfin, maintenant que ce cap important a été franchi, quels sont les chantiers prioritaires de la Côte d’Ivoire pour maintenir ces standards élevés et s’assurer de ne plus y figurer à l’avenir ?
TÉNÉ BRAHIMA OUATTARA: Comme je vous l’ai dit plus haut, le retrait de la Côte d’Ivoire de la liste grise traduit la qualité du leadership au sommet de l’Etat et la capacité du Gouvernement et des Administrations à conduire et mettre en œuvre des réformes. Comme l’a dit le Ministre de l’Economie, des Finances et du Budget à juste titre, ce n’est pas une fin en soi. Notre défi aujourd’hui est de maintenir cette organisation, cette dynamique de réformes et de suivi des différents indicateurs. Cela est d’autant plus nécessaire que les critères pour le prochain cycle d’évaluation sont plus renforcés, avec un accent plus rigoureux mis sur la consistance du dispositif de mise en œuvre. Nous devons donc renforcer les capacités de nos acteurs en continu, faire des revues internes et surtout, entreprendre les réformes requises, pour que notre système reste à la hauteur des exigences et défis à venir. Nous y veillerons avec attention, sous le pilotage du Premier Ministre, la coordination du Vice-Président et la haute Autorité du Président de la République.
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Propos recueillis par TOGO SCOOP INFO
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