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Assurance santé en Afrique : la FANAF appelle à rétablir l’équilibre financier du secteur

 

Réunis les 4 et 5 novembre 2026 à Lomé, les professionnels africains de l’assurance, les responsables publics et les acteurs de la santé réfléchissent aux moyens de construire un système de couverture médicale viable et accessible. À l’ouverture du premier Symposium de la FANAF consacré à l’assurance santé en Afrique, son président, Mamadou Koné, a insisté sur l’urgence de rétablir l’équilibre technique des assureurs, condition indispensable à la pérennité de leur mission de protection.

L’assurance santé en Afrique doit relever un double défi : élargir la couverture des populations tout en préservant l’équilibre financier des organismes qui la proposent. C’est autour de cette problématique que se tient, à Lomé, le premier Symposium sur l’assurance santé en Afrique, organisé par la Fédération des sociétés d’assurances de droit national africaines (FANAF), en collaboration avec les acteurs du marché togolais de l’assurance, notamment l’Association professionnelle des sociétés d’assurances du Togo (APSAT).

La première loge, on reconnait le ministre de la Santé du Togo et le président de la FANAF

Placée sous le thème « Bâtir un écosystème de l’assurance santé viable, inclusif et durable en Afrique », la rencontre rassemble des professionnels de l’assurance, des représentants des pouvoirs publics, des régulateurs, des prestataires de soins et des partenaires techniques. L’objectif est de réfléchir aux conditions d’un système capable de protéger davantage de personnes sans compromettre la solidité financière des assureurs.

Mamadou Koné alerte sur les déficits de l’assurance santé

Au cœur des échanges, le président de la FANAF, Mamadou Koné, met l’accent sur la situation financière préoccupante de la branche santé. Si l’assurance santé connaît une progression sur le continent, cette croissance ne s’accompagne pas toujours d’une rentabilité suffisante. Dans la zone CIMA, notamment, les déséquilibres techniques constituent une difficulté majeure pour les compagnies.

Mamadou Koné, Président de FANAF

Pour Mamadou Koné, cette situation ne peut perdurer. « L’assurance santé qui perd de l’argent ne peut pas protéger longtemps », rappelle-t-il, soulignant que la capacité des assureurs à remplir leur mission dépend aussi de leur solidité économique. Il défend ainsi une approche qui associe extension de la couverture et discipline financière.

Cette exigence passe d’abord par une meilleure évaluation des risques et une tarification adaptée aux dépenses réellement supportées. Les compagnies doivent également éviter les contrats structurellement déficitaires, appliquer les clauses d’ajustement prévues et renforcer le contrôle des prestations. Il plaide pour une meilleure maîtrise des dépenses médicales, selon le principe du « juste soin au juste coût ».

Le président de la FANAF considère par ailleurs la transformation numérique comme un levier important. Les prescriptions électroniques, les paiements mobiles, les nomenclatures communes et les plateformes de partage de données pourraient améliorer le suivi des prestations, limiter les abus et faciliter les échanges entre assureurs et établissements de santé.

Il appelle donc les compagnies, les prestataires, les régulateurs et les gouvernements à agir de manière concertée. Cette mobilisation devrait notamment déboucher sur une feuille de route pour la période 2027-2030, avec pour priorités le rétablissement de l’équilibre technique et l’élargissement de la couverture. La FANAF estime que l’assurance santé peut être rentable, à condition que sa gestion repose sur des mécanismes rigoureux.

Le Togo met en avant l’Assurance maladie universelle

À l’ouverture des travaux, le ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture sanitaire universelle, Jean-Marie Koffi Ewonoulé Tessi, présente les ambitions du Togo en matière de protection sociale. Il insiste sur trois exigences : la viabilité, l’inclusion et la durabilité.

ministre de la Santé, de l’Hygiène publique et de la Couverture sanitaire universelle, Jean-Marie Koffi Ewonoulé Tessi

Pour illustrer les difficultés d’accès aux soins, il évoque la situation d’une femme qui gagne 2 000 francs CFA par jour et doit faire face à une dépense de 5 000 francs CFA pour consulter lorsque son enfant tombe malade. Cette situation, selon lui, montre que le coût des soins peut rapidement devenir un obstacle pour les ménages modestes.

 

Le ministre rappelle que l’Assurance maladie universelle (AMU), déployée au Togo depuis 2024, constitue un instrument important de solidarité nationale. Toutefois, le dispositif public ne couvrant pas nécessairement tous les besoins, les assurances privées ont un rôle complémentaire à jouer. Il les invite à proposer des formules accessibles, adaptées aux capacités contributives des travailleurs du secteur informel, des artisans, des agriculteurs et des indépendants.

Dans sa conférence inaugurale, Jean-Marie Koffi Ewonoulé Tessi élargit la réflexion à l’ensemble du système sanitaire. La couverture financière ne saurait produire pleinement ses effets sans une offre de soins suffisante, des infrastructures adaptées, des équipements, des médicaments disponibles et des ressources humaines qualifiées. Il souligne également la nécessité de réduire les inégalités géographiques dans l’accès aux services de santé.

La digitalisation occupe une place importante dans cette vision. Le ministre évoque notamment le dossier médical électronique, la télémédecine, les prescriptions numériques et l’identifiant unique du patient. L’interopérabilité entre les systèmes de la CNSS, de l’INAM et des assureurs privés doit faciliter les échanges d’informations et améliorer la gestion des prestations.

Il rappelle aussi les différents dispositifs engagés par le pays, notamment l’AMU gérée par la CNSS pour les travailleurs du secteur privé et par l’INAM pour les agents publics et les populations vulnérables. Il cite également les programmes WEZOU et School AMU, ainsi que la subvention de 90 % des kits de césarienne dans les formations sanitaires publiques et confessionnelles.

L’OMS appelle à renforcer la protection financière

Le représentant de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Dr Hamadou Nouhou, replace les discussions dans le contexte des objectifs de couverture sanitaire universelle. Pour l’institution, l’assurance santé ne doit pas être considérée uniquement comme un produit commercial, mais comme un mécanisme de protection contre les difficultés financières provoquées par la maladie.

Les chiffres mondiaux rappelés lors de son intervention illustrent l’ampleur du défi : 4,6 milliards de personnes ne bénéficiaient pas d’une couverture complète des services de santé essentiels en 2023, tandis que 2,1 milliards ont connu des difficultés financières liées aux dépenses de santé directes en 2022.

L’OMS préconise ainsi le renforcement des soins de santé primaires, une mobilisation accrue des financements publics et une réduction des paiements directs des ménages. Elle reconnaît également la contribution possible des assureurs privés, à condition que leur intervention s’inscrive dans un cadre réglementaire et une gouvernance solides.

De son côté, le président de l’APSAT, André Azibli, salue les efforts du Togo dans la mise en œuvre de l’AMU. Il insiste sur la nécessité d’une gouvernance technique rigoureuse, de la transparence, d’une meilleure gestion des risques et de services de qualité.  Hadarai Rabo, membre du bureau exécutif de la FANAF rappelle pour sa part que la construction d’un écosystème efficace implique l’ensemble des acteurs : assureurs, hôpitaux, professionnels de santé, laboratoires, fournisseurs de produits médicaux et dispositifs publics de couverture.

Fondée le 17 mars 1976 à Yamoussoukro, en Côte d’Ivoire, et basée à Dakar, au Sénégal, la FANAF est une organisation professionnelle qui œuvre à la promotion de l’assurance et de la réassurance en Afrique, ainsi qu’au renforcement de la coopération entre ses membres. À Lomé, elle entend faire de ce symposium un cadre de réflexion et d’engagement pour une assurance santé à la fois financièrement solide et davantage accessible aux populations

 

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Albert Akouété AGBEKO

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