Le Burkina Faso a réintroduit la peine de mort dans son nouveau Code pénal, adopté à l’unanimité mardi par les 71 membres de l’Assemblée législative du peuple (ALP). Cette décision marque un tournant dans la politique pénale du pays, où la peine capitale avait été abolie en 2018.
Dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, arrivé au pouvoir à la suite d’un coup d’État en septembre 2022, le Burkina Faso renforce ainsi son arsenal juridique dans un contexte marqué par les violences terroristes et les enjeux de sécurité nationale.
Plusieurs infractions désormais passibles de la peine capitale
Selon les dispositions annoncées par les autorités, la peine de mort pourra être appliquée à plusieurs infractions, notamment les actes de terrorisme, l’espionnage, la trahison, le parricide ainsi que l’importation de produits périmés ou interdits ayant entraîné la mort.
Dans un communiqué publié mardi, le ministère de la Justice a expliqué que cette réforme vise à renforcer l’ordre public, à préserver les valeurs fondamentales de la nation et à garantir la sécurité des personnes et des biens.
Les autorités estiment également que l’ancienne législation, jugée moins sévère, aurait été utilisée par les groupes terroristes comme un argument de recrutement. Cette justification s’inscrit dans la stratégie gouvernementale visant à durcir les mesures de lutte contre l’insécurité.
Une décision dans un contexte sécuritaire difficile
Depuis près de dix ans, le Burkina Faso fait face à une crise sécuritaire persistante, marquée par les attaques de groupes armés affiliés à Al-Qaïda et à l’organisation État islamique. Ces violences ont provoqué des milliers de morts et contraint de nombreuses personnes à quitter leur domicile.
Dans ce contexte, le chef de l’État a récemment défendu le recours à la peine capitale contre les personnes reconnues coupables d’espionnage ou de trahison. Lors d’un entretien télévisé à la fin du mois de septembre, Ibrahim Traoré avait affirmé que les personnes impliquées dans de tels actes seraient sanctionnées avec fermeté.

Le gouvernement avait annoncé son intention de rétablir la peine de mort en décembre 2025, à travers un projet de loi. L’adoption du nouveau Code pénal concrétise ainsi une orientation annoncée plusieurs mois auparavant.
Une peine abolie en 2018
La peine de mort avait été supprimée du droit pénal burkinabè en 2018, sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré. Selon Amnesty International, la dernière exécution recensée dans le pays remonte à 1988.
Son rétablissement intervient donc près de quatre décennies après cette dernière exécution connue et huit ans après son abolition légale.
Cette réforme pourrait relancer les débats sur la justice pénale, les droits fondamentaux et l’efficacité de la peine capitale dans la lutte contre la criminalité et le terrorisme.
Des préoccupations autour des libertés publiques
La décision intervient également dans un climat politique marqué par des inquiétudes concernant les libertés publiques. Des organisations non gouvernementales internationales ont notamment fait état d’enlèvements visant des voix critiques, des journalistes et des magistrats. Certaines personnes auraient également été enrôlées de force pour participer aux opérations contre les groupes armés.
En septembre 2025, les membres de l’Assemblée législative de transition, qui précédait l’ALP, avaient adopté une loi criminalisant les pratiques homosexuelles, avec des peines pouvant atteindre cinq ans d’emprisonnement.
Depuis son arrivée au pouvoir, le régime d’Ibrahim Traoré défend par ailleurs une politique souverainiste, caractérisée par une prise de distance avec plusieurs partenaires occidentaux et un rapprochement avec des pays comme la Russie et l’Iran.
La réintroduction de la peine de mort constitue une nouvelle étape dans l’évolution du cadre juridique burkinabè. Son application effective et ses conséquences sur le système judiciaire resteront des éléments importants à suivre dans les prochains mois.
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Yaovi AGBEGNIGAN
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