Crise politique au Togo : la famille Gnassingbé affiche ses divisions au grand jour
La crise sociopolitique que traverse le Togo depuis juin 2025 continue de révéler des fractures jusque-là enfouies au sein de la famille Gnassingbé, au pouvoir depuis près six décennies. La récente passe d’armes entre Marguerite Essossimna Gnakadé, ancienne ministre des Armées et veuve d’Ernest Gnassingbé, et Hadja Maï, épouse de Kpatcha Gnassingbé, illustre ces tensions internes qui s’invitent désormais sur la scène publique et médiatique.
Marguerite Gnakadé, une voix discordante dans le clan Gnassingbé
Parmi les rares personnalités issues du sérail à critiquer ouvertement la gestion du pays par Faure Gnassingbé, président du Conseil des ministres, Mme Gnakadé s’est attiré les foudres de certains membres de la famille. Veuve d’Ernest Gnassingbé, demi-frère du chef de l’État, elle a récemment multiplié les prises de position contre la gouvernance actuelle, un geste perçu comme une trahison par certains proches du régime.
La réplique d’Hadja Maï : rappel à l’ordre familial
Dans un message publié sur sa page Facebook, Hadja Maï, épouse de Kpatcha Gnassingbé – demi-frère de Faure incarcéré depuis seize ans pour une affaire de tentative de coup d’État – a publiquement recadré sa belle-sœur par alliance.
Elle l’a exhortée à renoncer à la voie de l’opposition et à se concentrer sur sa famille.
« Je te conseille de te concentrer sur tes enfants et ta famille. Ils ont besoin de ta présence et de ton amour. La paix et la sagesse sont importantes dans les choix que l’on fait, surtout quand il s’agit de relations familiales et de responsabilités », a-t-elle écrit.
Évoquant la mémoire de feu Gnassingbé Eyadéma, père fondateur de la dynastie, Hadja Maï a interrogé publiquement : « Quelle perception aurait-il de la position de Mme Gnakadé ? »
Elle s’est par ailleurs adressée à l’armée l’appelant à ignorer l’appel de Mme Marguerite Gnakadé qui cherche à les manipuler pour ses propres intérêts. «Lorsqu’elle occupait le poste de ministre des Armées, elle n’a pas défendu les intérêts du peuple togolais », a encore écrit la femme de Kpatcha Gnassingbé.
Un déchaînement de réactions sur les réseaux sociaux
Cette sortie n’est pas passée inaperçue. Sur Facebook, la publication d’Hadja Maï a suscité une avalanche de critiques, révélant le fossé entre les perceptions populaires et les querelles internes de la famille présidentielle.
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De nombreux internautes l’ont accusée de silence au moment de l’arrestation de son mari en 2009 et de complaisance vis-à-vis du régime actuel.
« On avait arrêté son mari, personne ne l’a vu broncher puisque ses pitances étaient garanties », s’est indigné un utilisateur.
Un autre a dénoncé les privilèges dont jouiraient certains membres de la famille au détriment de la population : « Vous ne savez pas ce que c’est que de se réveiller sans savoir ce qu’on va manger, ni de souffrir sans moyens pour se soigner. Pendant que le peuple s’enfonce, vous défendez un système qui nous prive d’avenir. »
Hadja Maï contre-attaque et verrouille ses commentaires
Face à la virulence des réactions, Hadja Maï a publié un second message, cette fois plus personnel. Elle y accuse Mme Gnakadé d’avoir incité ses partisans contre elle, tout en rappelant son histoire avec Kpatcha Gnassingbé.
« Chère grande sœur Magi, c’est regrettable que tu aies demandé à tes partisans de s’en prendre à moi. (…) Mon mari ne m’a jamais trahie, nos enfants sont nés dans l’amour, et Faure n’est pas seulement mon beau-frère, il m’a vue grandir », a-t-elle défendu.
Se présentant comme fière de son parcours, elle a conclu en rappelant le surnom affectueux que Faure Gnassingbé leur avait donné : « Peace and Love ». Cette fois, elle a pris soin de désactiver la section des commentaires, signe du malaise provoqué par cette querelle familiale rendue publique.
Une crise familiale aux répercussions politiques

Cette passe d’armes illustre l’ampleur des fractures au sein du clan Gnassingbé, dans un contexte de crise politique et sociale marquée par la contestation du pouvoir en place. Les divisions internes, exposées au grand jour sur les réseaux sociaux, viennent accentuer le climat de défiance déjà palpable dans le pays.
Pour de nombreux observateurs, la scène politique togolaise vit un moment inédit : celui où les clivages familiaux se superposent aux fractures nationales, risquant d’affaiblir davantage la légitimité du pouvoir dans un contexte de tensions sociales persistantes.
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Francine DZIDULA
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