Boycott du discours de Netanyahu à l’ONU : pourquoi le Togo n’a pas rejoint le mouvement de départ
À l’occasion du discours de Benjamin Netanyahu à l’Assemblée générale de l’ONU, 77 délégations étaient absentes de la salle ou l’ont quittée au début de son intervention. Le Togo ne figurait pas dans cette liste. Une attitude qui rappelle les positions diplomatiques particulières adoptées par Lomé vis-à-vis d’Israël, notamment son vote de 2017 sur le statut de Jérusalem et son projet d’accueillir à Lomé un sommet Afrique-Israël.
La prise de parole de Benjamin Netanyahu devant l’Assemblée générale des Nations unies a été marquée par une importante absence de délégations. Selon un décompte publié par des sources israéliennes, 77 pays étaient soit absents de l’hémicycle, soit avaient quitté la salle au début du discours du Premier ministre israélien. La liste comprend notamment l’Afrique du Sud, le Sénégal, le Kenya, le Brésil, la Colombie, l’Espagne, l’Irlande, la Turquie, l’Iran, le Qatar, l’Arabie saoudite et plusieurs autres États arabes, africains, asiatiques et latino-américains.
Le Togo absent de la liste des 77
Dans cette séquence diplomatique, le Togo ne figure pas parmi les 77 pays recensés.
Cette donnée ne permet pas, à elle seule, de conclure que Lomé approuve la politique conduite par Benjamin Netanyahu ou l’ensemble des positions du gouvernement israélien. Elle constitue néanmoins un élément à mettre en perspective avec l’histoire récente des relations diplomatiques entre le Togo et Israël.
Car sur plusieurs dossiers liés à Israël et à Jérusalem, Lomé a, par le passé, adopté des positions qui se distinguaient de celles de la majorité des États africains.
Jérusalem : le vote singulier du Togo en 2017
L’un des précédents les plus marquants remonte au 21 décembre 2017.
À cette date, l’Assemblée générale des Nations unies se réunissait en session extraordinaire d’urgence après la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et d’annoncer le transfert de l’ambassade américaine vers la ville.
Les États membres étaient appelés à se prononcer sur la résolution A/RES/ES-10/19, intitulée « Statut de Jérusalem ».
Le texte demandait notamment aux États de s’abstenir d’établir des missions diplomatiques à Jérusalem et déclarait nulles et non avenues les décisions ou actions visant à modifier le caractère, le statut ou la composition démographique de la ville. La résolution réaffirmait également la nécessité d’une solution négociée au conflit israélo-palestinien.
Le résultat du vote fut largement favorable au texte : 128 pays ont voté pour, 9 contre et 35 se sont abstenus.
Parmi les neuf États ayant voté contre figurait le Togo, aux côtés des États-Unis, d’Israël, du Guatemala, du Honduras, des Îles Marshall, de la Micronésie, de Nauru et des Palaos.
Le vote togolais était donc particulièrement minoritaire au sein de l’Assemblée générale et, plus spécifiquement, en Afrique.
Lomé voulait accueillir le premier sommet Afrique-Israël
Le rapprochement entre Lomé et Jérusalem ne s’est pas limité au vote de 2017.
La même année, le Togo était au cœur d’un projet diplomatique particulièrement ambitieux : l’organisation à Lomé d’un sommet Afrique-Israël.
Le rendez-vous devait se tenir du 23 au 27 octobre 2017 dans la capitale togolaise. Le projet était porté conjointement par les autorités togolaises et israéliennes, avec pour objectif affiché de renforcer les relations entre Israël et les pays africains.
Le gouvernement togolais présentait alors ce sommet comme une occasion de développer les relations politiques et commerciales entre Israël et l’Afrique. Les questions de sécurité, de développement et de coopération figuraient notamment parmi les domaines évoqués.
Mais le sommet n’a finalement pas eu lieu. Peu avant la date prévue, le Togo était secoué par un soulèvement populaire mené par le parti nationaliste panafricain (PNP) de Tikpi Atchadam, un parti dont la majorité des militants sont d’obédience musulmane.
En septembre 2017, le Togo et Israël ont annoncé conjointement son report. Selon le communiqué publié par le gouvernement togolais, la décision avait été prise par Faure Gnassingbé et Benjamin Netanyahu, le président togolais souhaitant « optimiser les préparations » afin d’assurer la réussite de l’événement.
Ces deux épisodes qui éclairent la position diplomatique de Lomé par rapport au dossier israélien s’explique en partie aussi par le fait que la coopération sécuritaire qui existe entre les deux pays.
Le logiciel espion Pegasus utilisé par les autorités togolaises pour écouter les journalistes et acteurs politiques est de fabrication israélienne.
Certaines sources indiquent que la sécurité de Faure Gnassingbé est assurée par l’Israël.
Toutefois, il faut préciser qu’en 2017, lors d’une rencontre prévue entre Faure Gnassingbé et Benjamin Netanyahu à Monrovia, les gardes du corps togolais ont été empêchés d’entrer par la sécurité israélienne, provoquant une altercation et le report de la rencontre.



