Ghana–Togo : deux réponses politiques opposées face aux atteintes à la liberté de la presse
La réaction du président ghanéen John Dramani Mahama à l’agression d’un journaliste à Kasoa illustre, une fois encore, la différence profonde de culture démocratique entre certains États ouest-africains. En se rendant personnellement dans les studios de la Ghana Broadcasting Corporation (GBC) pour présenter des excuses publiques à l’ensemble de la presse nationale, le chef de l’État ghanéen a posé un acte fort, symbolique et politique. Il a rappelé que toute atteinte à un journaliste est une atteinte directe à la démocratie.
Au Ghana, l’agression du journaliste Samuel Addo du Class Media Group, perpétrée par des agents du Service national des pompiers alors qu’il couvrait un incendie, a immédiatement suscité une réaction au sommet de l’État. Les agents impliqués ont été suspendus, les faits ont été condamnés sans ambiguïté et un dialogue a été engagé avec l’Association des journalistes du Ghana. Le message est clair : aucune violence contre les journalistes ne sera tolérée, quels que soient les prétextes avancés.
Un contraste saisissant avec le Togo
Sans vouloir forcer le parallèle, le contraste avec le Togo s’impose de lui-même. En près de vingt ans de pouvoir, le président Faure Gnassingbé ne s’est jamais rendu dans les locaux d’un média togolais pour échanger avec les journalistes sur leurs conditions de travail, leur sécurité ou leur rôle dans la démocratie. La seule interview accordée à un média national sur le territoire togolais remonte à 2023, dans un cadre strictement protocolaire lié à la célébration de l’indépendance.
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Là où John Mahama a donné un visage humain à sa gouvernance en allant témoigner sa solidarité aux journalistes jusque dans leur studio, les autorités togolaises brillent par leur silence face aux violences répétées dont sont victimes les professionnels des médias.
Des agressions restées impunies
Ces dernières années, les cas d’agressions de journalistes au Togo se sont multipliés. L’un des épisodes les plus marquants, qui a suscité une indignation au-delà des frontières nationales, reste celui du 29 septembre 2024. Ce jour-là, sept journalistes togolais ont été violemment agressés alors qu’ils couvraient une rencontre citoyenne animée à Lomé par le député de la CEDEAO Guy-Marius Sagna.
Les faits se sont déroulés sous le regard passif d’éléments de la gendarmerie déployés à quelques mètres. Pourtant, plus d’un an après, aucune excuse officielle, aucune indemnisation, aucune condamnation claire n’a été formulée par les autorités togolaises. Les plaintes déposées n’ont donné lieu à aucune avancée notable de l’enquête, laissant les victimes dans une attente interminable et renforçant le sentiment d’impunité.
La criminalisation du travail journalistique
Quelques mois plus tard, le directeur de publication du site d’information TOGO SCOOP, Albert Agbéko — déjà victime lors de l’agression de septembre 2024 — ainsi que Flore Monteau, journaliste à TV5, ont à leur tour été pris pour cible. Alors qu’ils couvraient, pour l’un, une opération de recensement électoral et, pour l’autre, une manifestation publique, ils ont été empêchés d’exercer leur métier et contraints de supprimer des images captées dans le cadre normal de leur travail journalistique.
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Là où, au Ghana, personne n’a demandé au journaliste agressé s’il était « accrédité », au Togo, la question de l’autorisation devient systématiquement un prétexte pour entraver le travail de la presse. Comme s’il fallait, pour couvrir un incendie, un recensement électoral ou toute activité publique se déroulant en plein air, déposer une demande préalable. Cette logique est non seulement contraire aux principes de la liberté de la presse, mais elle ouvre la voie à tous les abus.
Une culture de la répression malgré les formations
Ironie de la situation : au Togo, de nombreux ateliers de formation ont été organisés entre les forces de sécurité et les professionnels des médias pour favoriser une meilleure collaboration. Pourtant, sur le terrain, le constat est amer. Dès qu’un journaliste est aperçu, il est souvent perçu comme un ennemi à neutraliser plutôt que comme un acteur du service public.
La suppression forcée de photos ou de vidéos semble être devenue un réflexe quasi systématique, au point de donner l’impression qu’il s’agit d’un « module spécial » intégré à la formation des agents. Même lorsque les supérieurs hiérarchiques s’en défendent publiquement, le fait de ne pas sanctionner ces pratiques équivaut à une caution tacite.
Deux visions de la gouvernance
L’exemple ghanéen démontre une vérité simple : la condamnation ferme et les sanctions immédiates sont les seuls remparts contre les abus. Les justifications, le silence ou la banalisation des violences ne font que les encourager.
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En allant au contact des journalistes et en assumant publiquement la responsabilité de l’État, John Dramani Mahama a envoyé un message fort à ses forces de sécurité et à l’opinion publique. Au Togo, tant que les agressions contre les journalistes resteront sans réponse politique claire, la liberté de la presse demeurera fragile, menacée et constamment mise à l’épreuve.
La comparaison avec le Ghana n’est donc pas fortuite : elle met en lumière deux choix politiques, deux visions du pouvoir et deux rapports fondamentalement différents à la démocratie et à la liberté d’informer.
Tant que de tels actes resteront sans condamnation claire ni sanctions effectives, la liberté de la presse au Togo demeurera un principe proclamé mais constamment bafoué sur le terrain, laissant les journalistes seuls face à l’arbitraire de ceux qui devraient pourtant garantir leur sécurité et le droit du public à l’information.
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Dieudonné Djigbodi
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