Guinée-Bissau : et si le « coup d’État » contre Embaló avait été une manœuvre pour revenir au pouvoir ?
Dix mois après avoir été renversé, Umaro Sissoco Embaló annonce son retour en Guinée-Bissau et sa candidature à la présidentielle du 6 décembre 2026. Cette nouvelle donne une résonance particulière aux interrogations apparues dès novembre 2025 sur les circonstances de sa chute. Une machination ! Plusieurs éléments nourrissent néanmoins l’hypothèse d’une opération politique destinée à interrompre une élection incertaine et à préparer un retour.
Le scénario paraît, à première vue, paradoxal. Le 26 novembre 2025, Umaro Sissoco Embaló est renversé par des militaires, à quelques heures de la publication des résultats provisoires de la présidentielle et des législatives du 23 novembre. Le président est arrêté, puis quitte la Guinée-Bissau pour le Sénégal avant de s’installer au Maroc.
Mais c’est précisément le moment du putsch qui a alimenté les soupçons.
Un coup d’État au moment le plus sensible
Les résultats de l’élection devaient être annoncés le 27 novembre. Les deux principaux candidats, Embaló et Fernando Dias da Costa, revendiquaient chacun la victoire. Des observateurs électoraux avaient toutefois décrit le scrutin comme globalement ordonné et sans incident majeur.
Le lendemain, les militaires suspendent le processus électoral.
Le contexte devient alors particulièrement troublant : plusieurs responsables de la transition sont issus de l’entourage d’Embaló. Le général Horta N’Tam, devenu président de transition, était un proche du chef de l’État déchu. L’ancien ministre des Finances et directeur de campagne d’Embaló, Ilídio Vieira Té, devient Premier ministre. D’autres responsables militaires de la transition avaient également occupé des fonctions importantes sous Embaló.
C’est cette proximité qui a conduit certains analystes, responsables politiques et observateurs à envisager l’hypothèse d’un « coup d’État contre soi-même ».
L’étrange communication d’Embaló
Un autre élément a marqué les esprits : au moment des événements, Embaló avait lui-même contacté Jeune Afrique pour annoncer qu’il venait d’être renversé.
Un président qui alerte rapidement un média international lorsque son pouvoir est en train de vaciller cela peut arriver.
Mais, dans le contexte bissau-guinéen, cette communication a contribué aux interrogations sur le déroulement exact des événements.
Des analystes, à l’époque, avaient, rapporté les soupçons selon lesquels Embaló aurait pu contribuer à organiser le renversement afin d’empêcher une éventuelle défaite électorale. La présence de plusieurs de ses proches dans les nouvelles structures du pouvoir avait confirmé ces affirmations.
Une année de transition qui change la donne
L’évolution politique des dix derniers mois renforce aujourd’hui l’intérêt de cette hypothèse.
Après le coup d’État, les militaires ont suspendu la Constitution et instauré une transition d’un an. Une nouvelle Constitution a ensuite été approuvée par référendum en août 2026. Elle renforce notamment les pouvoirs du président et réduit le nombre de députés de 102 à 65.
Le calendrier prévoit désormais des élections présidentielle et législatives le 6 décembre 2026.
Et c’est dans ce nouveau cadre qu’Embaló annonce son retour.
Le 28 septembre, l’ancien président a déclaré à l’AFP qu’il serait candidat à la présidentielle. Il a également annoncé son retour au pays, prévu le 4 octobre selon plusieurs sources
Autrement dit, celui qui avait perdu le pouvoir à la suite du coup d’État entend maintenant revenir le chercher dans les urnes, dix mois plus tard.
Une hypothèse séduisante.
Mais elle ne suffit pas, à elle seule, à démontrer qu’Embaló a organisé le coup d’État. Aucune preuve publique et définitive établissant cette machination n’a, à ce jour, été produite. Des analyses récentes soulignent elles-mêmes que cette hypothèse doit rester une piste et non une conclusion factuelle.
La question centrale reste donc entière : Embaló a-t-il réellement été victime d’un coup d’État, ou a-t-il accepté de perdre temporairement le pouvoir pour empêcher une défaite électorale et préparer son retour ?
La présidentielle du 6 décembre pourrait apporter des éléments supplémentaires à cette énigme politique. Mais, avant même le scrutin, une chose est désormais certaine : le président qui annonçait lui-même sa destitution à la presse internationale est de nouveau candidat pour diriger le pays qu’il avait quitté dix mois auparavant.
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Francine DZIDULA
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