À l’occasion de la Journée nationale de la protection des données personnelles (JNPDP 2026), Lomé accueille un panel de haut niveau consacré à un enjeu devenu stratégique pour le continent : protéger les données à caractère personnel tout en maîtrisant les technologies qui façonnent l’économie numérique. Cinq autorités africaines de régulation sont réunies autour d’une même question : comment garantir les droits des citoyens sans freiner l’innovation ?
La donnée est devenue une ressource essentielle au développement économique, à la modernisation des services publics et à la transformation numérique des entreprises. Mais derrière les opportunités offertes par l’intelligence artificielle, la biométrie, le cloud et les traitements automatisés se posent des questions décisives de sécurité, de transparence et de souveraineté.
C’est dans ce contexte que l’Instance de Protection des Données à Caractère Personnel (IPDCP) du Togo inscrit la JNPDP 2026, organisée ce jeudi 29 octobre à l’Hôtel 2 Février, à Lomé, sous le thème : « Protection des données à caractère personnel et souveraineté numérique : quels enjeux et perspectives pour l’Afrique ? »
Au-delà de la conformité juridique, les échanges mettent en perspective la capacité des États africains à exercer une maîtrise effective sur les données produites par leurs citoyens, leurs administrations et leurs entreprises.
Un panel de haut niveau pour croiser les expériences africaines
La rencontre réunit cinq responsables d’autorités nationales de protection des données : le colonel Bédiani BÉLÉI, président de l’IPDCP du Togo ; Ousmane THIONGANE, représentant de la Commission de Protection des Données Personnelles (CDP) du Sénégal ; le docteur Luciano HOUNKPONOU, président de l’Autorité de Protection des Données Personnelles (APDP) du Bénin ; le professeur Mamoudou SAMASSEKO, président de l’APDP du Mali ; ainsi que la docteure Halgueita NASSA/TRAWINA, présidente de la Commission de l’Informatique et des Libertés (CIL) du Burkina Faso.
Cette rencontre de haut niveau favorise le partage d’expériences et la recherche de réponses communes face à des risques numériques qui dépassent les frontières nationales.

La souveraineté numérique, prolongement de l’indépendance politique
Face au risque d’une « colonie de données », dans son intervention, le colonel Bédiani BÉLÉI a placé la reconquête de la souveraineté numérique au cœur des ambitions du Togo. Son message souligne que l’indépendance politique doit désormais s’accompagner d’une capacité réelle à maîtriser les données, les infrastructures et les technologies numériques. « La souveraineté numérique est le prolongement naturel de notre indépendance politique. »
Le président de l’IPDCP a défendu trois leviers : un cadre juridique rigoureux, des infrastructures nationales renforcées et la formation de compétences locales. La protection des données personnelles, a-t-il rappelé, constitue un socle de confiance pour le développement du gouvernement électronique, et non un obstacle à l’innovation.

Le Burkina Faso plaide pour une régulation adaptée aux mutations technologiques
La présidente de la CIL du Burkina Faso a dressé le bilan de son mandat, marqué par la coopération institutionnelle et des actions de sensibilisation et de contrôle auprès des administrations et des forces de défense. Face aux défis de l’intelligence artificielle, du cloud et de la biomédecine, elle a insisté sur la nécessité de renforcer l’effectivité des textes juridiques et la coopération régionale, dans un contexte de transition vers une nouvelle instance de régulation élargie à la communication. « La protection des données personnelles exige des textes juridiques effectivement appliqués et une coopération régionale à la hauteur des mutations technologiques. »
Mali et Bénin : faire de la confiance numérique une priorité africaine
Le président de l’APDP du Mali a salué l’engagement du Togo en faveur d’un espace numérique sécurisé. Pour lui, le développement d’une économie numérique performante suppose une protection rigoureuse des données et une confiance durable entre citoyens, institutions et acteurs économiques. « Une économie numérique performante ne peut se construire sans confiance numérique ni protection rigoureuse des données personnelles. »
De son côté, le président de l’APDP du Bénin a défendu une coopération renforcée entre le Togo, le Bénin, le Burkina Faso, le Mali et le Sénégal. Il a rappelé que l’innovation technologique doit s’inscrire dans une gouvernance respectueuse de la dignité humaine et des libertés fondamentales. « La protection des données n’est pas un frein à l’innovation ; elle constitue le pilier de la confiance numérique et de la souveraineté technologique de l’Afrique. »
Le Sénégal alerte sur le risque d’une nouvelle dépendance numérique
L’intervention du représentant sénégalais a mis en lumière les déséquilibres de pouvoir dans l’économie numérique mondiale. L’essor de l’intelligence artificielle et la concentration des infrastructures stratégiques entre les mains de grandes multinationales font peser, selon son analyse, un risque de dépendance accrue sur les économies africaines.
Il a notamment évoqué le poids financier des géants technologiques et leur contrôle d’une part considérable des infrastructures de connectivité mondiale, en particulier des câbles sous-marins. « Si l’Afrique ne maîtrise ni ses données ni les infrastructures qui permettent leur circulation, elle risque de substituer à la dépendance économique une nouvelle forme de vassalisation numérique. »

Face à ces défis, il a plaidé pour une coopération accrue entre les autorités de régulation et une protection renforcée des données personnelles.
Une ambition commune : bâtir une souveraineté numérique africaine
Au terme de ces échanges, une conviction se dégage : la souveraineté numérique ne se décrète pas. Elle se construit par des lois applicables, des infrastructures maîtrisées, des compétences nationales et une coopération régionale durable.
L’enjeu est de faire de la protection des données un levier de confiance numérique, plutôt qu’une simple contrainte réglementaire.
Pour les cinq pays représentés, l’enjeu dépasse la seule conformité réglementaire. Il s’agit de faire de la protection des données un levier de confiance, de compétitivité et de création de valeur, afin que la transformation numérique serve effectivement les citoyens et le développement du continent.
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Helly GBENE
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