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Togo : Kpatcha Gnassingbé, l’exception qui fragilise la grâce présidentielle

La non-libération de Kpatcha Gnassingbé, malgré la grâce présidentielle accordée fin décembre 2025 à plus de 1 500 détenus, met en lumière les lignes de fracture internes du pouvoir togolais et révèle les ambiguïtés de l’exercice du pouvoir dans la Ve République.

Présentée comme un geste d’apaisement et de clémence à portée nationale, la grâce présidentielle n’a pas concerné l’ancien ministre de la Défense et demi-frère du président du Conseil des ministres, Faure Gnassingbé. Cette exclusion, en dépit de rumeurs persistantes annonçant sa libération imminente, soulève de nombreuses interrogations sur les véritables marges de manœuvre du pouvoir exécutif face à un dossier à forte charge politique et symbolique.

Un dossier éminemment politique
Arrêté en 2009 et condamné en 2011 à vingt ans de prison pour complot contre le chef de l’État, Kpatcha Gnassingbé incarne l’un des épisodes les plus sensibles de l’histoire politique récente du Togo. Son incarcération a longtemps été perçue comme le signe d’une rupture brutale au sein du clan présidentiel, mais aussi comme un message de fermeté adressé aux cercles militaires et politiques susceptibles de contester l’autorité du pouvoir central.

Seize ans plus tard, le maintien en détention de cette figure continue d’alimenter le débat sur l’indépendance de la justice, la gestion des conflits internes au sommet de l’État et l’usage sélectif des mécanismes de clémence.

Les autorités togolaises laissent entendre que l’intéressé refuserait sa libération en raison de conditions jugées inacceptables, notamment un départ contraint vers l’exil. Une thèse largement contestée par ses proches, qui rappellent les multiples demandes de libération introduites au fil des années.

Pressions internationales et souveraineté nationale
L’affaire Kpatcha Gnassingbé dépasse largement le cadre judiciaire national. Elle s’inscrit dans une longue série de contentieux entre l’État togolais et les mécanismes régionaux et internationaux de protection des droits humains. En 2013, la Cour de justice de la CEDEAO avait déjà estimé que sa détention violait certaines garanties fondamentales, tandis qu’en 2014, le Groupe de travail des Nations unies sur la détention arbitraire avait appelé à sa libération.

Pour Lomé, l’enjeu est double : préserver sa souveraineté judiciaire tout en évitant une nouvelle détérioration de son image sur la scène internationale, dans un contexte régional marqué par une attention accrue aux questions de gouvernance, d’État de droit et de droits humains. Le silence ou la fermeté du pouvoir sur ce dossier peut ainsi être interprété comme une volonté de ne pas céder à ce qui est perçu comme des injonctions extérieures.

La question humanitaire et le signal politique
L’état de santé de Kpatcha Gnassingbé constitue aujourd’hui un autre facteur de tension. Détenu depuis 2023 au pavillon militaire du CHU de Lomé, après une hospitalisation au Gabon, son état se serait considérablement dégradé. Le refus d’une évacuation sanitaire vers l’Europe, malgré les recommandations médicales, alimente les critiques des organisations de défense des droits humains et renforce la dimension humanitaire du dossier.

Parallèlement, le maintien en détention de Marguerite Gnakadè, ancienne ministre des Armées et membre de la famille présidentielle, malgré la même mesure de grâce, suggère une ligne politique claire : les affaires touchant au cercle familial et aux équilibres internes du pouvoir semblent obéir à un traitement distinct, plus politique que juridique.

Une grâce révélatrice des rapports de force
Au-delà du cas individuel de Kpatcha Gnassingbé, cette affaire révèle les limites d’un instrument souvent présenté comme un levier d’apaisement. La grâce présidentielle apparaît ici moins comme un acte universel de réconciliation que comme un outil soumis aux rapports de force internes, aux équilibres sécuritaires et aux calculs politiques du moment.

Dans un Togo officiellement engagé dans une nouvelle architecture institutionnelle, la persistance de dossiers emblématiques non résolus interroge sur la capacité réelle du pouvoir à tourner la page des crises du passé. Tant que l’affaire Kpatcha Gnassingbé restera en suspens, elle continuera de symboliser les tensions entre justice, politique et réconciliation nationale.

 

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