Le comité pour la libération de tous les prisonniers politiques au Togo a été officiellement présenté à la presse ce matin à Lomé. Il rassemble les partis politiques et organisations de la société civile. Le bureau du comité a pour Coordonnateur général le professeur David Dosseh et pour secrétaire Claude Améganvi. Les autres membres sont Louis Attiogbé, Assiba Johnson et Abdoulaye Alassani.
Au cours de cette conférence de presse, nous avons posé quelques questions au Coordonnateur général le Professeur Dosseh. Nous vous livrons ses réponses…
Qu’est-ce qui motive le Comité pour la libération des détenus politiques au Togo ?
Professeur David Dosseh : Lorsque dans un pays le système de justice se trouve inféodé au pouvoir exécutif cela met en péril le devenir du pays et cela met en danger la nation. Les derniers événements que nous avons vécu au Togo témoigne que la non indépendance du pouvoir judiciaire qui se trouve instrumentalisé à dessein afin de servir des intérêts partisans, ces derniers événements nous conduits en tant que organisations de la société civile à rencontrer plusieurs acteurs notamment ceux de la communauté diplomatique et globalement tous ont reconnu le fait que les personnalités arrêtées n’avaient pas été sur des éléments probants. Face au système judiciaire il avait été souhaité que des preuves soient apportées démontrant qu’effectivement les personnes qui ont été arrêtées avaient voulu vraiment porter atteinte à la sureté intérieure de l’Etat comme cela a été dit.
La communauté diplomatique a reconnu qu’à aucun moment notre système de justice n’a été en mesure de présenter des éléments de preuve. On peut s’interroger sur quelle base peut-on se permettre d’arrêter des gens dans des conditions aussi rocambolesques. D’abord M. Djossou en pleine rue, agressé, conduit les yeux bandés dans différents endroits de notre capitale sans mandat et ensuite Mme Adjamagbo dans des conditions que nous tous nous connaissons.
La question de l’instrumentalisation de la justice nous a conforté dans la volonté de constituer ce comité afin que nous tous qui sommes de ce pays et qui avons pour ambition de construire une nation où le vivre-ensemble deviendra une réalité que nous tous nous puissions nous pencher sur la question de notre justice.
Notre objectif est de faire en sorte que l’instrumentalisation de la justice soit au cœur du débat, du débat citoyen afin que nous puissions répondre à la question de savoir s’il est possible de construire une vraie nation dans un état où la justice est instrumentalisée.
Quel regard portez-vous sur cette justice togolaise
Professeur David Dosseh : Je pense que dans notre pays nous sommes tous conscients du fait que notre justice est une justice à double vitesse. C’est la loi de deux poids, deux mesures et cela ne peut pas servir cette nation que nous voulons construire. L’ambition d’une nation où tous les citoyens quel que soit les origines, leur appartenance idéologique, la couche sociale à laquelle ils appartiennent, tous les citoyens seront égaux devant la loi. Nous avons tous la conviction que malheureusement dans notre pays la justice est le bras armé du pouvoir exécutif. La justice, elle fait preuve de zèle, elle se met en branle lorsqu’il s’agit d’aller prendre quelqu’un qui constitue une voix discordante par rapport à ce qui se fait dans le pays, quelqu’un qui œuvre pour qu’il y ait un système de contre-pouvoir. Je crois qu’il est important dans toute nation lorsqu’il y a le pouvoir qu’il y ait également le système de contre-pouvoir.
Le 15 juillet dernière à la suite de l’odieux assassinat du jeune Mohamed laveur de voiture à Totsi, vous avez lancé une initiative contre l’impunité dans le pays. Où en êtes-vous au moment où vous pilotez le comité pour la libération des détenus politiques ?
Professeur David Dosseh : En tant que organisation de la société civile nous avons le 15 juillet 2020 lancé une action avec d’autres organisations de la société civile pour dire qu’en dehors de toute considération politique, en dehors de toute question idéologique est-il est normal que dans notre pays la justice se comporte ainsi, qu’il y ait une impunité totale pour les gens qui sont d’un bord politique. C’est ainsi que nous avons lancé l’action « Solidarité citoyenne n’oublions pas les victimes ». Et de mon point de vue, ce que nous faisons aujourd’hui n’est pas une rupture avec cet appel lancé par les organisations de la société civile. Pour moi nous sommes en train de faire un lien de ce que nous avons fait au cours de la conférence de presse du 15 juillet et nous avons dit ce jour-là que notre ambition n’est pas de mettre fin à l’impunité par une simple action. Notre ambition, c’est que le débat soit sur la table, au sein de l’opinion publique, en tant journalistes, en tant qu’avocats, vous avez évoqué les intellectuels, je suis d’accord avec vous. Qu’est-ce que les avocats disent de cette situation, c’est eux qui tous les jours sont au palais de justice, qu’est-ce qu’ils pensent ? Vous qui êtes journalistes quand vous vous retrouvez dans des débats politiques est-ce qu’on parle suffisamment de ces questions de justice instrumentalisée, c’est cela notre objectif : faire en sorte que le débat soit au sein de la nation. Mais vous avez raison, un seul communiqué ne peut pas faire débat, il faut que le débat soit au sein de notre communauté, au niveau de l’opinion. Le débat n’a pas évolué au sein de l’opinion.
Revenons au cas Mohamed, que devient sa famille ?
Le cas Mohamed a suscité l’émoi au sein de l’opinion, cela a duré combien de jours ? Aujourd’hui beaucoup de gens ne savent pas les enfants de Mohamed sont des enfants qui sont en perdition puisque la maman seule ne peut pas subvenir aux besoins des enfants et a dû envoyer la petite qui a six ans chez ses grands-parents et elle a gardé la petite chez elle. Elle ne sait pas comment faire pour éduquer ses enfants.
Est-ce que les gens savent que le petit Idrissou Moufidou qui a été assassiné à Togblé est toujours gardé à la morgue ? Depuis deux ans son corps est à la morgue ? Ce sont des musulmans et vous savez comment ça se passe dans la communauté musulmane on ne reste pas à la morgue mais pour les besoins de l’enquête la famille exige que justice soit faite. Aujourd’hui, la famille se retrouve seule. Nous avons oublié les victimes, reconnaissons-le.
Il ne s’agit pas d’être en émoi pendant une semaine, pendant un mois et ensuite nous disons pensons à autre chose et oublions les victimes. Aujourd’hui c’est ce que nous Togolais faisons, nous avons oublié les victimes, nous avons laissé les victimes seules. Et en juillet lorsque la conférence de presse avait été faite, c’était le souhait de nos organisations de la société civile. Que faisons-nous ensemble là-dessus. Les avocats que vous avez cité je suis d’accord avec vous que font-ils pour qu’on débatte de ces questions de la justice qui est instrumentalisée ? Que font les politiques de la question de la justice qui est instrumentalisée ? Que font les journalistes ? Que faisons-nous organisations de la société civile ? Ensemble est-ce que nous acceptons cette situation. Ça n’a pas prospéré, nous nous retrouvons encore devant deux personnes arrêtées pour des raisons fallacieuses, je pèse bien mes mots. Nous avons rencontré des personnalités qui nous ont dit nous leur avons posé la question et ils ne nous ont présenté aucune preuve. Pour nous c’est grave si le Togo aujourd’hui peut arrêter sans preuve des personnalités les garder pendant plusieurs jours, c’est grave pour notre pays.
Il faut que nous sachions ce que nous voulons. Sortons du sensationnel. C’est bien Mme Adjamagbo est une personnalité. M. Djossou est une personnalité, on les a arrêtés nous avons tous criés on les a libérés, on va passer à autre chose ? Non ! Nous nous voulons que ce lien persiste. Mais seul ce comité ne peut pas faire le débat. Le débat doit être au cœur de la nation, c’est notre appel. Parce que à cinq, six nous ne mettrons pas mettre fin à l’impunité. Si vous attendez qu’à cinq ou six comme nous l’avions annoncé nous puissions faire des manifestations cela ne suffira pas. Il faut que le débat soit pesé, mettons ce débat au cœur des préoccupations de la nation pour que demain avant qu’un seul Procureur n’aille prendre moi, ou n’aille prendre vous sans raison de façon impuni, qu’il réfléchisse en disant aujourd’hui les Togolais ont ouvert les yeux, les Togolais ne peuvent plus accepter un certain nombre de chose. Et cela n’a rien de politique, cela n’a rien d’idéologique. Et quand on vit dans une nation et on ne se sent pas protéger par la justice, on est en droit de s’inquiéter et moi je m’inquiète pour ma nation parce que ma nation est en péril.
Propos transcrit par Francine DZIDULA
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