« Reprendre l’image » : Katuu Café Ciné remet les femmes au centre du récit
La salle de conférence de l’Institut Goethe à Lomé a accueilli ce mardi 15 septembre 2026 le lancement de la 5ᵉ édition du Festival Katuu Café Ciné, une rencontre dédiée aux femmes cinéastes au Togo. La cérémonie a réuni plusieurs acteurs du secteur, parmi lesquels la conseillère municipale Mimi Bossou-Soedjedé, le représentant du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNCIA), Dr Padaro Essohanam Awesso, ainsi que la marraine de cette édition, Mme Issa Falilatou épouse Adoyi.
Créé à l’origine comme un espace de rencontres et d’échanges entre femmes du secteur cinématographique, Katuu Café Ciné a progressivement élargi ses ambitions. Dès ses premières activités en 2022, l’initiative portée par Rachel Kpizing se présentait comme un cadre de partage autour du cinéma et de la production audiovisuelle.
De la rencontre à la professionnalisation des femmes cinéastes
Pour Rachel Kpizing, directrice du Festival Katuu Café Ciné, l’évolution du festival répond à un constat fait au fil des éditions. « Il ne suffisait pas seulement de nous rencontrer. Il fallait également créer des espaces de formation et d’accompagnement pour permettre aux femmes de mieux maîtriser leur métier et de se professionnaliser », a-t-elle expliqué.

L’objectif est désormais de faire du festival un véritable espace de transmission de compétences et de mise en réseau. Les professionnelles expérimentées sont ainsi appelées à accompagner les plus jeunes, afin de favoriser la transmission des savoirs et de faciliter leur insertion dans l’industrie cinématographique.
Cette volonté de créer des passerelles entre les générations constitue l’un des axes forts de Katuu Café Ciné. « Les professionnelles qui ont déjà une expérience dans le cinéma peuvent accompagner les plus jeunes, leur transmettre leurs connaissances et les aider à mieux s’approprier leur métier », a souligné Rachel Kpizing.
Au fil des éditions, le festival a également cherché à sortir du seul cadre cinématographique pour développer des initiatives au bénéfice des communautés. À Kara, une opération de don de sang a notamment été organisée dans un établissement hospitalier. À Kpalimé, l’équipe a expérimenté l’audiodescription afin de permettre aux personnes non-voyantes de profiter elles aussi d’une projection cinématographique.
Une marraine engagée pour l’autonomisation des femmes
Placée sous le thème « Reprendre l’image, femmes, création et récits face aux violences », cette 5ᵉ édition du festival a porté son choix sur Mme Issa Falilatou épouse Adoyi comme marraine. Selon Rachel Kpizing, ce choix est lié à l’engagement de cette dernière en faveur des femmes et des jeunes filles, notamment dans sa communauté.

La marraine a salué l’initiative et le parcours réalisé par le festival. « Lorsque j’entends parler de ce festival et de toutes les initiatives qui sont menées en faveur des femmes, cela me touche énormément », a-t-elle déclaré.
Ayant elle-même travaillé sur des questions liées à la sensibilisation, à la mobilisation et à l’autonomisation des femmes, l’inspectrice des impôts estime que la lutte contre la pauvreté et les violences doit s’accompagner d’actions permettant aux femmes de renforcer leur autonomie économique et sociale.
Le thème de cette édition l’a particulièrement interpellée. « La photographie et le cinéma peuvent devenir de puissants outils », a-t-elle soutenu, estimant que ces domaines peuvent offrir aux jeunes femmes de nouvelles possibilités de formation, d’expression et de revenus.
Pour la marraine, voir une jeune fille prendre une caméra, réaliser un film et devenir une référence dans sa communauté peut contribuer à faire évoluer les représentations. Le cinéma ne doit donc pas être considéré uniquement comme un domaine artistique, mais également comme une activité professionnelle susceptible de favoriser l’autonomisation des femmes.
Les hommes également appelés à s’impliquer
Si Katuu Café Ciné demeure centré sur la promotion des femmes dans le cinéma, la marraine plaide pour une implication plus forte des hommes dans les initiatives en faveur de l’égalité.
« Si nous voulons construire une société plus équilibrée, les hommes doivent soutenir les femmes et leur permettre de développer pleinement leurs capacités », a-t-elle affirmé.
Cette approche rejoint d’ailleurs l’évolution du festival, qui a progressivement ouvert certaines de ses formations aux hommes, avec l’objectif affiché de contribuer au développement de l’ensemble de l’industrie cinématographique.
Trois ateliers au cœur du laboratoire FORBALA
La 5ᵉ édition accordera une place importante au laboratoire FORBALA, présenté comme le « laboratoire des femmes ». Trois principaux ateliers sont prévus.
Le premier concerne une résidence d’écriture en fiction et en documentaire, programmée du 28 septembre au 2 octobre à Lomé. Des professionnels togolais ainsi que des intervenants venus de la sous-région, notamment du Bénin et du Niger, accompagneront les participantes dans le développement de leurs projets.
Le deuxième rendez-vous est consacré à la photographie documentaire. Prévue du 22 au 26 septembre à Sokodé, cette formation réunira 15 jeunes filles de la Région centrale, qui bénéficieront de l’accompagnement de formateurs spécialisés.
Le festival entend ainsi donner aux jeunes femmes des outils concrets pour raconter leur environnement, documenter les réalités sociales et porter leur propre regard sur les questions qui touchent leurs communautés.
Musique, cinéma et droits d’auteur au programme
Autre innovation de cette édition : une attention particulière sera accordée aux relations entre musique et cinéma.
Selon Rachel Kpizing, certains réalisateurs utilisent encore des chansons ou des compositions musicales dans leurs films sans toujours maîtriser les règles relatives aux droits d’auteur. Le festival souhaite donc permettre aux participants de mieux comprendre le choix d’une musique, son intégration dans un film et les modalités de collaboration avec un compositeur.
Des professionnels interviendront également sur les questions de composition musicale pour le cinéma, de droits liés à la musique et de création d’œuvres adaptées aux productions cinématographiques.
La question du financement des projets sera également abordée. Pour la directrice du festival, l’accès aux ressources financières demeure l’un des principaux défis auxquels sont confrontés les professionnels du cinéma.

Rendre hommage aux femmes du cinéma togolais
Cette cinquième édition sera aussi l’occasion de rendre hommage aux femmes ayant marqué l’histoire du cinéma togolais.
« Nous voulons également témoigner notre reconnaissance aux femmes et aux maisons de production qui continuent de réaliser de belles choses dans le domaine du septième art, au Togo comme ailleurs dans le monde », a indiqué Rachel Kpizing.
À travers les formations, les résidences, les rencontres professionnelles et les projections, Katuu Café Ciné ambitionne ainsi de consolider un espace où les femmes peuvent se former, créer, partager leurs expériences et développer leurs projets.
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Albert Akouété AGBEKO
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