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Réseaux sociaux : du Népal au Togo, quand la jeunesse se heurte au mur de la censure

À Katmandou, le Premier ministre népalais et une partie de son gouvernement ont été contraints de démissionner sous la pression de milliers de jeunes manifestants. Cette révolte, qualifiée de « révolution de la génération Z », trouve son origine… dans les réseaux sociaux.

Tout est parti du hashtag #NepoKid — pour dénoncer le train de vie ostentatoire des enfants de responsables politiques, affichant luxe et privilèges en ligne, tandis que la majorité des jeunes vivent dans la pauvreté. Très vite, le mot-clé et son dérivé #NepoBaby se sont propagés de Facebook à Instagram, de YouTube à TikTok, fédérant une colère grandissante.

Face à cette vague, le gouvernement a choisi la voie de la censure numérique : blocage de 26 plateformes, dont WhatsApp, Signal et Facebook, sous prétexte qu’elles n’avaient pas de représentant local chargé de la régulation. Mais loin de calmer la situation, cette mesure a mis le feu aux poudres, car les jeunes, privés d’un espace vital de communication et de liberté, ont réagi avec une intensité sans précédent.

Résultat : le 9 septembre, le Parlement a été pris d’assaut, la répression policière a fait une vingtaine de morts et plusieurs centaines de blessés, et le gouvernement a fini par céder.

Quand la révolte numérique résonne au Togo

Si cette révolution népalaise rappelle les printemps arabes de 2010, elle trouve un écho particulier au Togo, où les autorités ont restreint l’accès aux réseaux sociaux depuis juillet 2025.

Officiellement, ces coupures visent à « limiter la propagation de fausses informations ». Dans les faits, elles concernent surtout les applications les plus utilisées par les jeunes : WhatsApp, Facebook, Telegram, Instagram et X (ex-Twitter). Seuls les internautes capables d’utiliser des VPN continuent d’y accéder.

Pour beaucoup, ces restrictions rappellent les blocages d’Internet de 2017 et 2018, survenus lors des grandes manifestations de l’opposition.

L’importance des réseaux dans la vie des jeunes Togolais

Selon les données de l’ARCEP et de l’Internet Society, plus de 3,5 millions de Togolais utilisent activement les réseaux sociaux, soit environ 40 % de la population. La majorité a moins de 35 ans.

WhatsApp est l’outil de communication numéro un, aussi bien pour les familles que pour les associations.

Facebook et TikTok sont des espaces privilégiés de mobilisation citoyenne et culturelle.

X (Twitter) reste la plateforme la plus utilisée par les journalistes et activistes pour relayer des informations en temps réel.

En réduisant l’accès à ces plateformes, le gouvernement prive donc une large partie de la jeunesse d’outils de communication essentiels, à la fois pour leur vie sociale, leur travail et leur engagement citoyen.

Les réactions de la société civile

Des organisations comme Amnesty International Togo, la Ligue togolaise des droits de l’Homme (LTDH) ou encore l’Association des blogueurs du Togo (ABT) dénoncent une atteinte grave à la liberté d’expression et à l’accès à l’information.

Lire aussi : Coupure d’internet au Togo : graves révélations d’une université américaine

Dans un communiqué publié fin août, l’ABT rappelait que : « Les réseaux sociaux constituent aujourd’hui des espaces démocratiques indispensables. Leur restriction est une atteinte directe à la jeunesse, qui en fait son principal outil d’expression. »

Plusieurs voix de la diaspora togolaise, notamment sur TikTok et YouTube, continuent de relayer les débats politiques, accentuant le fossé entre les autorités et une jeunesse de plus en plus critique.

Le risque d’un effet boomerang

L’expérience népalaise montre que s’attaquer aux réseaux sociaux peut se transformer en boomerang politique. En coupant ces canaux de communication, les gouvernements prennent le risque de braquer une jeunesse déjà frustrée par le chômage, la précarité et l’absence de perspectives.

Au Togo, où la contestation contre la 5e République instaurée par Faure Gnassingbé monte en puissance, une telle stratégie pourrait paradoxalement renforcer la défiance envers les autorités. Priver les jeunes de leurs espaces numériques revient à toucher à l’un de leurs rares refuges, et donc à attiser la colère plutôt qu’à la contenir.

Une même leçon : la jeunesse connectée est un acteur politique incontournable

Du Népal au Togo, une évidence se dessine : la jeunesse connectée ne se laisse plus museler. Les réseaux sociaux sont devenus bien plus que des lieux de distraction. Ils sont le moteur de la contestation, l’outil d’organisation des mouvements et la caisse de résonance d’une parole longtemps marginalisée.

La question n’est donc plus de savoir si les réseaux sociaux influencent la politique, mais jusqu’à quel point les pouvoirs en place peuvent ignorer ou réprimer cette force sans provoquer l’effet inverse.

Le numérique au Togo en chiffres

9,7 millions d’habitants (2025, Banque mondiale)

6,1 millions d’utilisateurs d’Internet (63 % de la population)

3,5 millions d’utilisateurs actifs des réseaux sociaux

+ 12 % : progression annuelle du nombre d’utilisateurs de TikTok au Togo

25 % : taux de chômage estimé chez les 15-35 ans

60 % de la population a moins de 25 ans

(Source : ARCEP Togo, Internet Society, DataReportal 2025)

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Francine DZIDULA

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