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Suicide : ”Une force beaucoup plus importante que vous ”

 



 

Se donner la mort est-il l’ultime recours pour échapper à la souffrance ? La question est sur toutes les lèvres au Togo. Et pour cause le phénomène de suicide qui depuis un moment devient un phénomène très récurrent dans le pays. Ce mois d’octobre trois cas de suicides ont été enregistrés sur le sol togolais. Plusieurs questions se posent notamment, les raisons qui poussent au suicide ? Les personnes exposées ? Et surtout si les suicides sont évitables ? Autant de questions qui nécessitent des réponses.

Ces derniers jours, le phénomène de suicide devient très récurrent au Togo. Le 17 octobre 2020, une étudiante d’une vingtaine d’années s’est donné la mort à Avedji-Wessomé, un quartier situé dans les périphéries de Lomé. Trois jours plus tard, ce fut un agent de sécurité selon plusieurs sources qui a été retrouvé pendu dans l’enceinte du Centre International de Recherche et d’Etude de Langues encore appelé “Village du Bénin ” (Université de Lomé). Le 26 octobre, un nouveau cas a été signalé. Cette fois, un enseignant qui s’est donné la mort dans la préfecture d’Akébou, plus précisément à Atigoza, une localité située à une dizaine de kilomètres de Kougnohou (région des plateaux). Trois suicides en un mois qui relance le débat sur les raisons qui poussent au suicide, un phénomène qui selon l’OMS est considéré comme “une priorité de santé publique”.

Le suicide un problème de santé publique. Grave problème de santé publique, le suicide est un acte auto-agressif qui a pour but de se donner la mort. Acte volontaire dans la plupart des cas, il est selon l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé), la 3èmecause de mortalité chez les jeunes dont l’âge est compris entre 15 et 19 ans. Selon Dr Kpassagou L. Bassantéa, Psychologue clinicien et enseignant à l’Université de Lomé, trois comportements sont liés au suicide. Il s’agit selon lui des idées suicidaires, les équivalents suicidaires et les tentatives du suicide.
En effet, les idées suicidaires sont selon ce dernier « des idées mentales qui reviennent au quotidien dans la pensée de la victime. Elles sont la représentation du recours au suicide, comme solution possible à une situation que la victime estime insatisfaite ». L’équivalent suicidaire est pour sa part, « des comportements à haut risque avec un désir inconscient de jouer avec la mort. Cette forme de suicide peut donc s’observer chez certaines personnes en état d’ébriété et à la limite dans certaines affections psychosomatiques », a souligné le psychologue clinicien. La tentative suicidaire qui n’est pas aussi à négliger, « est un acte destiné à mettre fin à sa propre vie mais auquel le suicidaire survit, qu’elle qu’en soit la raison». La souffrance et la dépression étant les premières raisons, cette forme de suicide doit selon le psychologue, « être analysée avec beaucoup d’attention. L’urgence n’étant pas psychologique mais médicale, il faut que le sujet fasse l’objet d’un examen psychiatrique, et envisager le suivi psychologique lorsque la personne sera revenue à elle-même».

 

POURQUOI L’ENVIE DE SE SUICIDER ?

 

Les facteurs déclenchant le suicide sont nombreux et se présentent sous diverses formes selon le psychologue. Ils peuvent être d’une part psychiatrique, somatique ou encore socio-économique. Ainsi, selon ce dernier, « les personnes qui sont plus susceptibles d’aller au suicide ont vraiment des difficultés à demander de l’aide. Elles vivent leur souffrance dans le corps sans pouvoir avoir cette opportunité de l’exprimer ». Cécile OMNES, psychiatre hospitalier et membre du bureau du groupement d’Étude et de prévention du suicide en France, affirmait il y a quelques années que, « quand on est suicidaire, les autres n’existent pas forcément dans notre esprit. Tout dépend des motivations et parfois quand le monde est particulièrement négatif, il pourrait être considéré par la personne suicidaire que c’est un geste de sauvetage ». Selon cette dernière, « tout élément est possiblement déclencheur. Les phénomènes les plus connus sont les phénomènes de rupture, perte impossible à supporter qui viennent percuter des failles industrielles qui déstabilisent le sujet ». Étant une absence de choix, la personne qui a l’intention de se suicider, croit à tort selon Dr Kpassagou, le psychologue clinicien, qu’il n’y a pas d’autres solutions pour arrêter de souffrir. L’entourage doit donc être attentif et repérer les signes précurseurs. « Si nous sommes attentifs, nous pouvons prévenir le suicide. Parce que nous arrivons quand même à observer le changement de comportement. Il ne faut pas se limiter à des questions préliminaires, mais aller à un deuxième niveau, celui de savoir ce qui ne va pas », a rappelé le psychologue clinicien. Puisque selon Cécile OMNES, « il faut en général six à huit semaines pour aller de la crise suicidaire à l’acte suicidaire. Il y a tous les signes de souffrances psychologiques avec la personne qui devient triste, renfermer, irritable, voire colérique qui permettent de déterminer le changement de comportement ». Un ensemble d’événement qui selon Dr Kpassagou viennent charger la trajectoire de vie du sujet et la rend plus vulnérable au suicide par rapport à d’autres personnes.

 

 LES RECOMMANDATIONS DE L’OMS

 

Aujourd’hui, le suicide est un problème complexe nécessitant une coordination et une collaboration entre les multiples secteurs de la société dont le secteur de la santé, de l’éducation, de l’emploi et bien d’autres, selon plusieurs sources. En 2019, une étude de l’Organisation Mondiale de la Santé avait révélé que près de 800 000 personnes se suicident chaque année, et pour chaque suicide l’on dénombre de nombreuses tentatives de suicides. Malheureusement, seuls quelques pays ont inscrit la prévention du suicide au nombre de leurs priorités sanitaires et 38 pays seulement déclarant s’être dotés d’une stratégie nationale de prévention du suicide. Aussi, seuls 80 États membres disposent de systèmes d’enregistrement des données d’état-civil de qualité qui puissent être utilisés directement pour estimer les taux de suicides.
Par ailleurs, le phénomène de suicide peut être évité si chaque acteur multiplie les efforts allants dans ce sens. Car selon l’OMS, « aucune approche utilisée seule ne peut avoir un impact sur une question aussi complexe ». Pour cela, l’institution onusienne recommande au niveau de la population, des sous-populations et au niveau individuel, des mesures pouvant prévenir le suicide. Il s’agit entre autres, de réduire l’accès aux moyens de se suicider comme les pesticides, les armes à feu et certains médicaments. De plus, il faut adopter des politiques de lutte contre l’alcoolisme, de traiter le suicide de façon responsable dans les médias, d’assurer le suivi des personnes qui ont fait une tentative de suicide et leur apporter un soutien au niveau communautaire.

 

Emanuel AKAKPO

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