Des centaines de Togolais ont assisté, ce samedi 9 mai 2026, sur le terrain des Cheminots à Akassimé, à Lomé, à un meeting de l’opposition. Il s’agit de l’une des rares manifestations publiques de l’opposition autorisées sous la Ve République. Depuis 2020, tout rassemblement de voix discordantes est systématiquement interdit dans le pays. La sécurité de la manifestation était assurée par les forces de l’ordre.
Cette première rencontre entre la nouvelle plateforme dénommée Cadre national de concertation pour le changement au Togo (CNCC) et la population a connu, selon les organisateurs, un franc succès marqué par une forte mobilisation citoyenne.
Sous la tribune officielle, on notait d’un côté la présence d’acteurs de la société civile et, de l’autre, celle de leaders politiques. Parmi ces derniers figuraient notamment Jean-Pierre Fabre, président de l’ANC, Paul Dodji Apévon des FDR, Benjamin Amouzouvi représentant l’ADDI, ainsi que le professeur Wolou du PSR. Étaient également présents Me Isabelle Ameganvi et Éric Dupuy de l’ANC, ainsi que l’adjoint au maire Akouété Tsolenyanu des FDR.
L’apparition de l’octogénaire Me Zeus Ajavon, ancien leader du Collectif Sauvons le Togo (CST), a été saluée par une salve d’applaudissements.
La figure la plus populaire auprès des jeunes lors de ce meeting a été la sage-femme Grâce Bikoni Koumayi, activiste politique et ancienne détenue politique récemment libérée. Très sollicitée, elle a multiplié les séances de photos avec les militants venus nombreux.
Les interventions ont été ouvertes par le professeur David Ekoué Dosseh du Front citoyen Togo Debout, qui a présenté la nouvelle plateforme réunissant organisations de la société civile et partis politiques de l’opposition.

Pour le Professeur, le peuple togolais a montré aujourd’hui qu’il est toujours debout et prêt à dire non. Cette mobilisation prouve qu’il existe encore une volonté citoyenne de défendre la démocratie et les libertés fondamentales.
« Nous sommes satisfaits de cette première mobilisation. Honnêtement, nous ne nous attendions pas à une telle affluence. Nous remercions tous ceux qui ont répondu à l’appel et contribué au succès de cette rencontre », a-t-il indiqué.
Jean-Pierre Fabre, président de l’ANC, a abordé plusieurs sujets d’actualité, notamment l’arrestation de l’activiste Affectio, la question du « Père de la nation », les déclarations de Christian Trimua sur la Constitution de la Ve République, ainsi que la décoration de Savi de Tové le 27 avril dernier.
En conclusion, le leader de l’ANC a salué la mobilisation des participants. « C’est le début du recommencement. Dans les jours à venir, lorsque nous ferons encore appel à vous, il faudra une mobilisation encore plus forte », a-t-il déclaré.

De son côté, Benjamin Amouzouvi de l’ADDI est revenu sur plusieurs sur plusieurs scandales dans le pays : les affaires financières, l’expropriation de terres à Vogan pour l’exploitation du phosphate, la gestion du budget de l’État ou encore l’érosion côtière. Selon lui, ces difficultés nourrissent le désespoir d’une partie de la jeunesse, poussée soit à l’exil, soit au chômage ou encore à la conduite de taxi-moto. Le secrétaire général de l’ADDI a ainsi invité les jeunes à s’engager davantage dans la lutte pour le changement.
Le professeur Wolou a, quant à lui, insisté sur la nécessité de l’union des forces de l’opposition. Pour lui, les difficultés du pays concernent l’ensemble des Togolais et pas uniquement les militants de l’opposition. Illustrant ses propos, il a affirmé qu’« il n’existe pas une route pour les militants de l’opposition et une autre pour les partisans du pouvoir, ni une source d’eau réservée à un camp politique ». Selon lui, le changement doit être porté collectivement par tous les citoyens, aussi bien à Lomé que dans les autres villes du pays.
Il a également appelé les militants de l’opposition, tant au Togo qu’au sein de la diaspora, à cesser les attaques et dénigrements visant ceux qui sont engagés sur le terrain politique. « Celui qui agit peut commettre des erreurs, mais il faut le soutenir plutôt que le fragiliser », a-t-il expliqué.

Paul Dodji Apévon a abondé dans le même sens. Le président des FDR a dénoncé les attaques sur les réseaux sociaux contre les leaders de l’opposition, parfois menées par des personnes se réclamant elles-mêmes de l’opposition. Pour finir, il a appelé à l’union et invité tous ceux qui partagent cette vision à rejoindre le Cadre national de concertation pour le changement au Togo (CNCC).
À travers cette mobilisation inédite, le Cadre national de concertation pour le changement au Togo entend visiblement relancer la dynamique de l’opposition et de la société civile dans un contexte politique marqué par les tensions autour de la Ve République. Reste désormais à savoir si cette première démonstration de force ouvrira la voie à une nouvelle mobilisation populaire durable à travers le pays ou si le pouvoir vu ce ballon d’essai va interdire les autres rassemblements.

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Albert Akouété AGBEKO
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