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Togo : quand enquêter devient un risque, le cas Capture Média

Le rôle du journaliste consiste à documenter et rapporter les faits avec rigueur, indépendance et responsabilité. Pourtant, l’exercice du journalisme au Togo, en dehors des courants de pensée dominants – qu’ils soient idéologiques, politiques ou économiques – expose de nombreux professionnels des médias à des brimades, menaces et parfois à des poursuites judiciaires. La situation récente du journaliste togolais Roger Amemavor relance le débat sur la liberté de la presse et la protection des journalistes dans le pays.

Un climat préoccupant pour la presse indépendante

Selon plusieurs organisations internationales de défense des médias, la liberté de la presse au Togo demeure fragile. Reporters sans frontières classe régulièrement le pays dans une position intermédiaire à préoccupante dans son Classement mondial de la liberté de la presse, soulignant les pressions politiques, les intimidations et les sanctions administratives visant des organes critiques.

Dans ce contexte, de nombreux journalistes togolais ont choisi l’exil pour poursuivre leur carrière à l’étranger. Ceux qui restent affirment souvent être contraints de se limiter à la reprise de communiqués officiels ou d’« éléments de langage », au détriment de l’investigation indépendante.

Le cas Roger Amemavor et Capture Média

La dernière illustration de ces tensions concerne Roger Amemavor, promoteur de la télévision « Capture Média ». Cette chaîne indépendante, cherchant à combler le vide laissé par la raréfaction de la presse critique dans le paysage médiatique togolais.

Après la diffusion d’un reportage sur la situation des populations de Latekope, localité située à une vingtaine de kilomètres au nord de Lomé, et plus particulièrement sur les conditions de vie des femmes de cette communauté, le journaliste affirme avoir reçu des menaces répétées. Il indique vivre sous pression quasi quotidienne.

Suite à cette diffusion, il a également été convoqué par la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC), l’organe de régulation des médias au Togo. Cette convocation, en lien avec son reportage, a ravivé les inquiétudes sur l’utilisation des mécanismes de régulation comme instruments de pression.

Dans une déclaration publique, Roger Amemavor a pris à témoin la communauté internationale, l’opinion nationale et les organisations de presse, dénonçant des menaces provenant « d’individus sans foi ni loi tapis dans l’ombre ». Il affirme que révéler ces réalités ne constitue pas un crime, mais relève du devoir d’informer.

Liberté d’expression et démocratie : un enjeu national

Dans une démocratie, la liberté de la presse est un pilier essentiel de la gouvernance et de la transparence. Réduire au silence les voix critiques fragilise l’équilibre institutionnel et prive la société d’un mécanisme d’alerte indispensable.

Au Togo, plusieurs acteurs de la société civile – partis politiques, syndicats, associations, chefferie traditionnelle, clergé, barreau et universitaires – ont, au fil des années,  été réduits au silence. Les journalistes apparaissent aujourd’hui comme l’un des derniers remparts face aux dérives potentielles.

La situation de Roger Amemavor soulève donc une question centrale : comment garantir la protection des journalistes et le respect de la liberté d’expression au Togo ? Au-delà d’un cas individuel, c’est la capacité de la société togolaise à débattre librement et à s’informer de manière pluraliste qui est en jeu.

Au-delà du cas Roger Amemavor et de « Capture Média », c’est l’avenir même de la liberté de la presse au Togo qui se joue. Une nation qui intimide ses journalistes s’expose à l’aveuglement collectif, car sans presse libre, il n’y a ni transparence, ni redevabilité, ni véritable démocratie. Protéger les journalistes, garantir leur sécurité et respecter leur indépendance ne relève pas d’une faveur, mais d’une obligation constitutionnelle et morale. Car lorsque la vérité est menacée, c’est toute la société qui vacille.

 

Sauf autorisation de la rédaction ou partenariat pré-établi, la reprise des articles de togoscoop.tg, même partielle, est strictement interdite. Tout contrevenant s’expose à des poursuites.

 

Albert Akouété AGBEKO

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