Take a fresh look at your lifestyle.
Mixx by Yas

Tribune libre de Dieudonné SEWONOU/Sécurité présidentielle en Afrique : quand le Gabon et le Bénin montrent la voie d’un pouvoir décomplexé

 

Dans l’imaginaire collectif africain, la présidence de la République a longtemps été façonnée comme une citadelle inexpugnable. Une fonction quasi sacrée, enveloppée d’un protocole asphyxiant et protégée par un cordon sécuritaire titanesque. Pendant des décennies, voir passer un chef d’État relevait de la démonstration de force militaire plus que de la rencontre démocratique.

Dans plusieurs capitales africaines, le passage d’un cortège présidentiel ressemble souvent à un état de siège temporaire. Bouclage hermétique des grands axes, embouteillages monstres, intimidations et commerces paralysés : sous prétexte de protéger la première autorité de l’État, le dispositif sécuritaire transforme le quotidien des gouvernés en un parcours du combattant. Si la protection des institutions reste une exigence républicaine légitime, sa dérive spectaculaire et musclée produit l’effet inverse de celui recherché.

Sur le plan économique, la paralysie répétée des artères urbaines asphyxie l’économie populaire. Les retards accumulés par les travailleurs, les livraisons bloquées et l’arrêt forcé du secteur informel représentent un coût invisible mais lourd pour des ménages déjà fragilisés. Plus grave encore, la priorité absolue accordée aux voies présidentielles retarde parfois l’évacuation d’urgences médicales, où chaque minute compte.

Sur le plan social et politique, l’excès de zèle des gardes républicaines nourrit un sentiment de désillusion et d’aliénation. Au lieu de symboliser la souveraineté nationale, le dispositif projette l’image d’un pouvoir bunkerisé, craintif et déconnecté des réalités du peuple. Les brutalités verbales ou physiques parfois infligées aux usagers de la route creusent un fossé d’incompréhension et de rancœur entre la population et ses forces de défense.

 

Toutefois,  il faut noter ce  vent nouveau qui  souffle sur  Libreville et Cotonou depuis un moment . À travers le style direct et de proximité du général Brice Clotaire Oligui Nguema au Gabon, ou la sobriété technocratique et accessible incarnée par des figures de premier plan comme Romuald Wadagni au Bénin, une rupture s’opère. Ces nouvelles dynamiques démystifient enfin le sommet de l’État pour redonner au pouvoir son sens premier : un service rendu au peuple, et non un privilège retranché derrière des blindés.

Le piège de la « supra sécurité » : quand le pouvoir craint sa population

Ailleurs sur le continent, le spectacle de la circulation présidentielle demeure un traumatisme quotidien pour les citoyens. Pour le simple passage d’un cortège, des artères vitales sont bloquées pendant des minutes voire une heures. Des quartiers entiers sont vidés et paralysés.

 Le paradoxe est saisissant : certaine fois , des forces de l’ordre brutalisent, matraquent ou répriment des citoyens ordinaires dont le seul tort est d’avoir tardé à libérer la voie, alors même que le véhicule présidentiel se trouve encore à des kilomètres de là.

Cette « supra sécurité » obsessionnelle envoie un message dévastateur :

  La peur du peuple : Le dirigeant se barricade face à ceux-là mêmes qui sont censés lui accorder sa légitimité.

  La marginalisation du citoyen : La vie quotidienne, le commerce et la liberté de mouvement des populations sont sacrifiés sur l’autel du confort et du prestige présidentiels.

  La rupture du lien social : À force d’isoler le chef d’État dans une bulle hermétique, la présidence devient une abstraction déconnectée de la réalité du terrain.

Gabon et Bénin : la preuve par la proximité

C’est précisément ce modèle de « monarque intouchable » que le Gabon d’Oligui Nguema et le Bénin de la gouvernance moderne (illustré par l’approche de terrain de décideurs comme Romuald Wadagni) remettent en cause.

Dieudonné SEWONOU, Journaliste-Consultant

 Libreville : réapprendre à marcher parmi les siens

En s’imposant par des bains de foule spontanés, en allant au contact direct des travailleurs, des commerçants et de la jeunesse sans interposer de cordon militaire agressif, Oligui Nguema a brisé le mythe du chef inaccessible. La sécurité n’est plus une barrière de séparation, mais un simple dispositif discret au service du dialogue direct.

 Cotonou : la culture du résultat et de la sobriété

Au Bénin, la démystification passe par la déconstruction du faste inutile. Sous l’impulsion de leaders pragmatiques à l’instar de Romuald Wadagni, le pouvoir s’exprime par l’efficacité, la présence sur le terrain économique et le respect du citoyen. Le dirigeant n’est plus un « dieu vivant » à acclamer sous la contrainte des gyrophares, mais un administrateur redevable de ses résultats.

Vers une présidence à visage humain

Cette désacralisation de la fonction présidentielle n’est pas un simple détail protocolaire : elle est le cœur de la véritable démocratie.

 

Redonner sa dignité au citoyen

L’Afrique de demain n’a plus besoin de présidents entourés de brigades d’assaut pour traverser leurs propres capitales. Elle a besoin d’hommes d’État capables d’arpenter les rues de leurs villes sans craindre le regard de leurs compatriotes.

Lorsque la sécurité présidentielle cesse d’être une force d’occupation temporaire dans nos rues pour redevenir un outil républicain, le citoyen retrouve sa dignité. Le Gabon et le Bénin tracent ainsi une voie inspirante : celle d’un pouvoir débarrassé de son arrogance, qui comprend enfin que la véritable sécurité d’un dirigeant ne réside pas dans la puissance de ses blindés, mais dans l’amour et la confiance de son peuple.

La véritable sécurité d’un dirigeant ne repose pas sur la hauteur des barricades ou la résonance des sirènes, mais sur la confiance accordée par son peuple. Une sécurité modernisée, discrète et respectueuse de la liberté de circulation est non seulement possible, mais essentielle pour réconcilier le citoyen avec les symboles de la République.

Dieudonné SEWONOU : Journaliste Consultant

 

 

IPDCP-1

Laisser un commentaire

Votre adresse email ne sera pas publiée.

45 − 41 =
Powered by MathCaptcha

This website uses cookies to improve your experience. We'll assume you're ok with this, but you can opt-out if you wish. Accept Read More

Privacy & Cookies Policy