Lomé ce lundi 8 décembre 2025, le 9ᵉ Congrès panafricain, un rendez-vous continental majeur placé sous l’égide du Président du Conseil des ministres. Si cette rencontre ambitionne de renforcer l’unité africaine et de relancer les idéaux du panafricanisme, elle a également été marquée par un discours fort et sans concession du panafricaniste bissau-guinéen Bellick Sifiwe, venu rappeler les défis démocratiques et mémoriels du Togo.
Un rappel historique qui bouscule le congrès
Dans son intervention, Bellick Sifiwe a évoqué l’un des événements les plus marquants de l’histoire politique du Togo : l’assassinat en 1963 de Sylvanus Olympio, premier président du Togo indépendant et figure emblématique du panafricanisme. Un acte qu’il qualifie de « crime fondateur » ayant, selon lui, « déshumanisé le peuple togolais » et ouvert la voie à des décennies d’injustices et de fractures politiques.
Pour le conférencier, organiser un grand congrès panafricain à Lomé alors que des pans entiers de la population togolaise vivent en exil ou dans la précarité démocratique constitue un paradoxe. Il dénonce notamment que « le congrès est organisé sur le dos du peuple togolais dont beaucoup sont dans la diaspora », une diaspora qui continue de revendiquer dignité, justice et prospérité économique.
Une critique de l’exclusion et une défense du principe Ubuntu
Bellick Sifiwe a insisté sur ce qu’il considère comme une incohérence majeure : la tenue d’un congrès dédié à l’unité africaine alors que les Togolais eux-mêmes, principaux concernés, ne sont pas suffisamment représentés dans ce processus.
Il qualifie cette exclusion de « trahison des principes panafricains », mais aussi du concept Ubuntu, une philosophie d’origine bantoue centrée sur l’humanité partagée : « Ubuntu signifie : je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous. »
Selon lui, la cohérence panafricaine exige non seulement un dialogue inclusif, mais aussi la reconnaissance et la réparation des souffrances persistantes.
La situation des prisonniers politiques au cœur de son plaidoyer
Le discours de Sifiwe s’est particulièrement attardé sur le sort des prisonniers politiques au Togo. Il a dénoncé : des détentions arbitraires, des conditions de détention inhumaines, des exils forcés, des grèves de la faim imposées, ainsi que des cas d’assassinats non élucidés.
Face à ce tableau sombre, il a lancé une requête directe au ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, figure clé de l’organisation du congrès : « Je demande humblement au ministre Dussey que le Togo prenne les devants dans la résolution pour une amnistie générale pour les prisonniers politiques. »
Cet appel vise à faire du Togo un modèle continental de réconciliation, à travers une mesure symbolique forte qui pourrait renforcer la crédibilité du pays dans les initiatives panafricaines.
Un message qui résonne au-delà du Togo
Le 9ᵉ Congrès panafricain se veut un cadre de réflexion collective sur l’avenir du continent : gouvernance, intégration, sécurité, développement, identité africaine. Le discours de Bellick Sifiwe, en soulignant les contradictions entre idéaux panafricains et réalités nationales, a rappelé que le panafricanisme ne peut se construire sur des non-dits, ni sur l’effacement des blessures historiques.
Pour beaucoup de participants, son intervention pourrait marquer un tournant, en ramenant au centre des débats les questions essentielles de justice, mémoire, inclusion et droits humains.


