La dernière décision prise par le gouvernement togolais de déclarer la journée du lundi 03 mai fériée, chômée et payée sur toute l’étendue du territoire togolais continue de susciter une vague de commentaires. Elle pose le débat à savoir s’il n’existe pas trop de jours fériés dans un pays qui se veut résolument engager sur la voie du développement et la nécessité ou non de supprimer ou réadapter certains jours fériés.
Le mois de mai 2021, les Togolais le partageront à égalité entre la maison et leur lieu de travail. En effet, sur les trente un (31) jours que comptent ce mois de mai, la moitié sera non ouvrée en raison des weekends et des autres jours fériés. Et l’on ne peut manquer de s’interroger à juste titre sur comment développe-t-on un pays quand on passe la moitié du mois à la maison surtout que ces derniers mois en raison de la pandémie à coronavirus on note une baisse de la production nationale et que c’est au moment où on observe une légère relance des activités économiques que le gouvernement qui doit porter cette relance se permet de briser cet élan en décrétant fériés, chômés et payés les jours ouvrables pour, dit-on, donner « un regain d’énergie et de vigueur » aux travailleurs après la fête d’indépendance et le 1er mai.
Au Togo, en dehors des fêtes nationales à caractère politique qui sont des jours fériés, les autres jours fériés le sont en grande partie pour des raisons religieuses. Or, le Togo est un pays laïc ce qui suppose que toutes les religions doivent être logées à la même enseigne. Mais tel n’est pas souvent le cas car certaines religions sont privilégiées que d’autres. Sur les trois principales religions du pays (le christianisme, l’islam et l’animisme), l’Islam a deux jours fériés à savoir le jour du Ramadan et de la Tabaski. Le calendrier grégorien fait la part belle au christianisme qui a plus de jours fériés. Cet avantage est transposé sur le plan national. Ainsi en dehors du lundi de Pâques et du lundi de Pentecôte, la religion chrétienne notamment les Catholiques ont encore l’Ascension, l’Assomption et Toussaint qui sont aussi des jours fériés au Togo. Pendant ce temps, la religion traditionnelle qui est une religion africaine n’a aucun jour férié contrairement à ce qui se fait au Bénin à côté. Il y a lieu pour respecter le caractère laïc de notre pays d’octroyer d’abord deux jours de fête à la religion traditionnelle. Ce n’est que justice. On procédera ensuite à la réduction du nombre de jours fériés pour la religion chrétienne de façon à ce que toutes les religions aient le même nombre de jours consacrés à leur fête religieuse. Et enfin, des réflexions doivent être menées sur la nécessité de réglementer des jours fériés de façon à éviter des pertes à l’économie nationale en raison de ces jours déclarés fériés, chômés et payés. Le ministre du travail doit être à la pointe de cette réflexion avec les partenaires sociaux.
A en croire les ministres conseillers du Président de la République, Djossou Semondji et Noupokou Dammipi citant l’Office togolais des recettes (OTR) en deux jours de manifestations de l’opposition à Lomé et dans dix autres villes sur le territoire national les 06 et 07 septembre 2017 ont fait perdre à l’économie nationale la somme colossale de 1, 5 milliards de F CFA. On peut déduire aisément ce que le Togo perd en ce mois de mai qui est le mois qui a plus de jours fériés avec les fêtes chrétiennes et musulmanes qui se chevauchent. Au moment où clame que le Togo doit être émergent à l’horizon 2030, nos gouvernants ne doivent pas donner l’impression qu’ils encouragent le divertissement. Le développement d’un pays est l’affaire de vision mais aussi de leadership clairvoyant. Il appartient aux leaders d’imprimer la marche à suivre au peuple mais si nous ne changeons pas de paradigme, si nous continuons par faire les mêmes choses comme auparavant rien ne changera. C’est quand le peuple constate que la musique a changé qu’il s’y mettra aussi. Mais si le retard et l’absentéisme ne nous disent rien, nous serons toujours au même niveau, à la traine. C’est inconcevable que depuis son arrivée au pouvoir Faure Gnassingbé n’a jamais fait une visite inopinée dans l’administration publique ou sur un chantier en cours dans le pays pour s’appesantir sur la réalité que vivent les fonctionnaires et agents et pour booster le moral de ces derniers.
Même si on peut s’interroger sur l’effectivité des jours fériés pour le secteur informel où l’ouvrier ou le commerçant qui reste à la maison ce jour déclaré férié n’est pas payé conformément à la décision du gouvernement, la mesure ne s’appliquant qu’aux fonctionnaires de l’administration publique et à quelques travailleurs du secteur privé, il y a néanmoins nécessité de réorganiser la déclaration des jours fériés. Dans les métiers où on ne peut pas rester à la maison, le journalisme et la médecine par exemple, celui qui est à son poste un jour férié doit gagner le double de ce que gagne celui qui a pris son repos. Il doit avoir aussi une réorganisation des jours de récupération.
Le plus important est qu’au moment où ceux qui nous ont apporté la religion importée donnent l’opportunité à leurs citoyens de travailler par exemple le lundi de Pentecôte pour gagner plus, nous nous passons notre temps à férier des jours or nos pays sont en retard sur ces pays.
Le Togo, particulièrement, en ce moment a besoin de travailler plus que de faire la fête. C’est en cela qu’un débat doit s’instaurer sur ces questions de façon à avoir un consensus sur des jours fériés mais aussi sur comment rendre l’administration togolaise pro-active. Il en va de l’intérêt de tous.
Albert AGBEKO
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