Togo : troisième interdiction d’une marche en mémoire des victimes de juin 2025
Pour la troisième fois consécutive, les autorités togolaises ont interdit une marche pacifique prévue pour rendre hommage aux victimes des violentes manifestations de juin 2025. Et ce, malgré les récentes assurances du ministre des Droits de l’Homme, Pacôme Adjourouvi, affirmant sur les antennes internationales qu’aucun obstacle ne serait posé si les conditions légales d’organisation étaient respectées.
Dans une correspondance officielle datée du 6 août 2025, le ministre de l’Administration territoriale, le Colonel Hodabalo Awaté, a opposé une fin de non-recevoir à la demande formulée par l’organisation Novation internationale, qui prévoyait une marche publique le samedi 9 août à Lomé.
Une justification controversée : l’ouverture d’une enquête judiciaire
Selon le ministre, cette interdiction repose sur le fait qu’une information judiciaire est en cours au Tribunal de Grande Instance de Lomé, visant à élucider les circonstances ayant conduit aux décès de plusieurs manifestants en juin dernier. Par conséquent, toute mobilisation publique liée à ces événements serait, d’après lui, susceptible de perturber le bon déroulement de la procédure judiciaire.
Un argument que contestent de nombreuses voix, qui y voient une dérive autoritaire et une restriction injustifiée des libertés publiques. “Depuis quand l’ouverture d’une enquête empêche-t-elle l’exercice du droit constitutionnel de manifester ?”, s’interroge un acteur de la société civile sous couvert d’anonymat.
Un contexte sécuritaire invoqué, mais contesté
Dans son courrier, le ministre Awaté évoque également un climat national marqué par des “appels répétés à la haine”, des “attaques contre les forces de l’ordre” et un “risque élevé de bousculades” en raison du choix du parcours de la marche, notamment à proximité de la lagune de Bè, lieu de repêchage de certains corps.
Cependant, ces justifications peinent à convaincre. Plusieurs observateurs dénoncent un usage abusif du contexte sécuritaire pour bafouer la liberté de réunion. D’autant plus que même une simple prière en faveur d’un adolescent de 15 ans tué lors des manifestations a été récemment interdite par le préfet, au motif similaire.
Un parallèle frappant avec la “marche républicaine” de Paris
Pour de nombreux Togolais, cette interdiction renforce le sentiment d’injustice et d’inégalité de traitement des droits fondamentaux. Certains rappellent qu’en janvier 2015, à la suite des attentats contre Charlie Hebdo en France, une “marche républicaine” avait rassemblé plusieurs chefs d’État — dont des présidents africains — en dépit de l’ouverture d’une enquête judiciaire. Preuve que manifestation publique et procédure judiciaire ne sont pas incompatibles.
Des droits constitutionnels en recul ?
La répétition des interdictions soulève des questions de fond sur l’état de la démocratie et des droits humains au Togo, notamment le droit à la liberté d’expression et de manifestation, pourtant garanti par la Constitution togolaise et les traités internationaux ratifiés par le pays.
L’affaire pourrait rallumer le débat sur la gestion sécuritaire des libertés publiques dans un contexte post-électoral marqué par une défiance accrue entre pouvoir et société civile.
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Albert AGBEKO
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