C’est une situation inédite dans le paysage de la décentralisation au Togo. Huit conseillers municipaux de la commune Zio 1 ont décidé de suspendre leur participation aux travaux du Conseil municipal pour protester contre le non-paiement de leurs indemnités depuis trois mois. Cette grève des conseillers municipaux, une première depuis la mise en œuvre de la décentralisation en 2019, met en lumière les tensions de gouvernance au sein de cette collectivité territoriale de la préfecture de Zio.
Les élus concernés, issus majoritairement de l’opposition notamment de l’ANC, de l’UFC, du MPDD, de NET, de l’EPD et de BATIR, ont officialisé leur position à travers la motion N°001/GEL-ZIO1/2026. Dans ce document, ils dénoncent ce qu’ils qualifient de « blocage illégal et arbitraire » du paiement de leurs indemnités de fonction. Selon eux, ces indemnités sont prévues par l’article 111 de la loi sur les collectivités territoriales et ont été inscrites au chapitre 66, paragraphe 663311 du budget primitif 2026 de la commune, régulièrement voté et rendu exécutoire.
Les signataires estiment que le non-versement de ces fonds constitue une atteinte grave au bon fonctionnement de la commune. Ils rappellent que ces indemnités permettent aux conseillers municipaux d’assurer leurs missions de proximité : déplacements dans les quartiers, enquêtes de terrain, rencontres avec les citoyens et restitution des décisions aux populations. « Bloquer les indemnités, c’est empêcher les conseillers d’assumer pleinement leur mandat », soulignent-ils dans leur motion, tout en tenant le maire pour principal responsable de cette situation.
Contrairement aux maires et à leurs adjoints qui bénéficient d’émoluments spécifiques, les conseillers municipaux ne perçoivent pas de salaire mensuel. Ils reçoivent plutôt des indemnités de session fixées, selon l’arrêté interministériel en vigueur, entre 10 000 et 20 000 FCFA par jour de session. À cela s’ajoute une indemnité de déplacement plafonnée à 5 000 FCFA par session pour les conseillers, hors maires et adjoints.
Face à la montée du mécontentement, le préfet de Zio a reçu, ce mardi à la mi-journée, une délégation des conseillers frondeurs. Selon les informations recueillies, l’autorité préfectorale leur a demandé de suspendre leur mouvement et les a rassurés que des démarches sont en cours avec le Trésorier général afin de régulariser la situation dans les meilleurs délais.
La commune Zio 1, dirigée par le maire Dr Atatsi Ayawo, compte au total 23 conseillers municipaux. Avec la suspension de huit d’entre eux, soit plus du tiers de l’effectif, le fonctionnement normal du conseil municipal pourrait être fortement perturbé. Les conseillers grévistes conditionnent leur retour à une régularisation intégrale des indemnités dues ainsi qu’à la convocation d’une session extraordinaire sous l’égide du préfet pour apaiser la crise.
Cette affaire relance le débat sur les conditions d’exercice du mandat local au Togo et sur les défis persistants de la décentralisation, pourtant présentée comme un levier majeur de gouvernance de proximité et de démocratie locale.
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Francine DZIDULA
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