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Entre ouverture africaine et restrictions internes : les contradictions du Togo

 

Le Togo a pris, ce 18 mai 2026, une décision majeure allant dans le sens de l’intégration africaine. En effet, sur instruction du Président du Conseil, Faure Essozimna Gnassingbé, et à la faveur de la 3ᵉ réunion de Biashara Africa 2026, le pays a décidé d’exempter de visa les ressortissants africains munis d’un passeport national en cours de validité.

Si cette décision mérite d’être saluée, elle soulève néanmoins des interrogations légitimes. Comment des étrangers peuvent-ils entrer librement sur le territoire togolais alors que des citoyens togolais eux-mêmes peinent à accéder à leur propre pays ?

On se souvient qu’en mars 2019, à la veille de l’élection présidentielle de février 2020, François Boko, ancien ministre de l’Intérieur exilé en France, avait été empêché d’embarquer à destination de Lomé. Selon ses déclarations, ce refus était motivé par des considérations politiques. À l’époque, l’ancien officier de l’armée nourrissait l’ambition de se porter candidat à l’élection présidentielle.

« Air France a cédé aux pressions et intimidations et a refusé de m’embarquer car les autorités togolaises auraient menacé d’empêcher l’atterrissage », avait déclaré l’intéressé à l’AFP. Parmi les personnes empêchées d’embarquer avec lui figuraient deux avocats et trois collaborateurs, selon M. Boko, franco-togolais. « J’étais muni de mon passeport français et de mon acte d’état civil togolais. J’étais donc en règle et la question du visa ne se posait pas », s’était-il défendu, rappelant que les binationaux sont exemptés de visa dès lors qu’ils disposent d’un document attestant de leur nationalité togolaise.

La Constitution togolaise de l’époque, celle de la IVᵉ République, ne permettait pourtant pas de refouler un citoyen togolais souhaitant rentrer dans son pays. Malgré cela, c’est depuis l’étranger que François Boko continue jusqu’aujourd’hui de suivre et de commenter l’actualité togolaise.

Les Togolais ont l’habitude de dire que leur pays dispose de bonnes législations, mais que leur application pose souvent problème. Cette mesure d’exemption de visa pour les ressortissants africains pourrait, elle aussi, se heurter à des difficultés d’application lorsque certains citoyens africains souhaiteront participer à des activités au Togo qui déplairaient aux autorités. Dans de tels cas, celles-ci pourraient être tentées de passer outre cette décision, comme cela a déjà été observé avec des membres de think tanks et d’ONG basés au Ghana, au Sénégal ou au Nigeria, à qui l’accès au territoire togolais a été refusé alors qu’ils venaient soutenir des réseaux locaux lors des débats sur la modification constitutionnelle. Même certains journalistes africains se sont vu refuser une accréditation lorsqu’ils souhaitaient couvrir les manifestations du 6 juin 2025.

 

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L’accès au territoire national n’est d’ailleurs pas la seule difficulté rencontrée par certains citoyens togolais. À l’intérieur même du pays, certaines régions semblent parfois devenir des Bantoustans difficilement accessibles. Le cas le plus récent est celui de Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson qui, malgré son statut de députée, a été empêchée de rencontrer les populations de la région des Savanes.

L’argument selon lequel cette zone est placée sous état d’urgence peine à convaincre. Même dans un tel contexte, dès lors qu’un élu de la République décide de s’y rendre, les forces de défense et de sécurité devraient tout mettre en œuvre pour l’escorter afin qu’il puisse accomplir sa mission, constater les difficultés vécues par les populations et mesurer les défis auxquels sont confrontées les forces engagées dans la défense de l’intégrité territoriale.

Une fois encore, la politique apparaît, comme la principale raison ayant conduit à empêcher un Togolais d’accéder à une partie du territoire national. A contrario, un autre leader, Targone Sambrini, s’est vu confisqué son passeport depuis plusieurs années et interdit de voyager.

Mais le plus surprenant demeure sans doute le contraste entre cette exemption de visa accordée aux ressortissants africains et les difficultés administratives auxquelles les Togolais eux-mêmes sont confrontés pour faire reconnaître leur nationalité.

En effet, obtenir un certificat de nationalité togolaise relève du parcours du combattant. Non seulement il faut débourser au minimum 5 000 francs CFA, mais encore faut-il espérer obtenir le document dans des délais raisonnables. De nombreux nouveaux bacheliers en font chaque année l’expérience, la nationalité togolaise étant indispensable pour poursuivre certaines études supérieures. Les plus chanceux obtiennent leur document après plusieurs mois d’attente ; d’autres, en revanche, finissent par perdre espoir face à des dossiers qui disparaître dans les circuits administratifs.

Dès lors que les ressortissants africains sont désormais exemptés de visa pour entrer sur le territoire togolais, le bon sens voudrait également que les citoyens togolais soient exemptés des frais liés à l’obtention de leur certificat de nationalité. Il s’agit d’une question de justice et de cohérence.

Car, au fond, être togolais est un droit. Et un droit ne devrait pas avoir à s’acheter.

 

L’exemption de visa accordée aux ressortissants africains marque sans conteste une avancée symbolique vers l’intégration du continent et la libre circulation des personnes. Mais pour être pleinement crédible, cette politique d’ouverture devra aussi s’accompagner d’un renforcement effectif des droits et libertés des citoyens togolais eux-mêmes. Car un État qui ouvre généreusement ses frontières aux autres peuples africains ne peut durablement laisser subsister des obstacles administratifs, politiques ou sécuritaires qui compliquent à ses propres citoyens l’exercice de leurs droits fondamentaux.

 

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Albert Akouété AGBEKO

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