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Togo : L’UFC peut-elle tourner la page Elliot Ohin ?

 

Le 5 mai 1992, un convoi de l’Union des forces de changement (UFC) a été la cible d’un attentat à Soudou, localité située à 12 km au sud-est de la ville de Bafilo, dans la préfecture d’Assoli. Cet attentat, qui a marqué l’opinion togolaise au lendemain de la Conférence nationale souveraine, a fait plusieurs victimes dans la délégation du parti d’opposition, dont le Dr Marc Atidépé. Il a également causé de graves blessures à plusieurs responsables, parmi lesquels Elliot Ohin et Gilchrist Olympio. Ce dernier n’a eu la vie sauve que grâce à son évacuation vers le Bénin, puis vers la France, où il a été soigné à l’hôpital Val-de-Grâce.

Ironie du sort : en ce mois de mai, alors que l’on commémorait les 34 ans de ce tragique événement, Elliot Ohin a été exclu de l’UFC par des individus dont beaucoup se demandent où ils se trouvaient lorsque celui-ci risquait sa vie pour la cause du parti.

 

Soudou, le traumatisme fondateur de l’opposition togolaise

Il fut un temps au Togo où le simple fait d’être militant de « Détia », le parti de Gilchrist Olympio, exposait à toutes sortes d’intimidations : plasticage de domiciles, arrestations nocturnes, tortures et mauvais traitements, disparitions forcées, exécutions extrajudiciaires, harcèlement des familles d’opposants, licenciements professionnels, interdictions de meetings…

Militer ouvertement dans un parti d’opposition à cette époque n’était pas à la portée de tout le monde. Il fallait avoir la capacité et surtout le courage d’affronter ces menaces permanentes. Mais le courage seul ne suffisait pas. Même la famille cherchait souvent à dissuader les militants. On vivait avec la peur au ventre. Dans ces conditions, militer dans l’opposition revenait à accepter de quitter sa maison sans être certain d’y revenir vivant, ou pire, d’en ressortir les pieds devant. Un « élément incontrôlé », comme on les appelait alors, pouvait surgir et vider le chargeur de son arme sur vous sans jamais être inquiété.

Malgré cela, certains ont tenu bon face à l’adversité, au péril de leur vie. Si aujourd’hui la situation politique s’est quelque peu apaisée dans le pays, nous le devons en partie à ces devanciers, parmi lesquels Elliot Ohin.

 

Elliot Ohin, artisan historique de l’implantation de l’UFC

Proche collaborateur de Gilchrist Olympio, Elliot Ohin faisait partie des cadres de l’UFC qui ont structuré le parti sur le terrain. Sa formation politique figurait d’ailleurs parmi les quatre partis ayant fusionné pour créer l’UFC. Il en fut également le tout premier secrétaire général. Véritable cheville ouvrière du parti sur le territoire national, il a participé à la mobilisation populaire autour de l’UFC, organisé les structures locales, coordonné les activités politiques malgré la répression, accompagné Gilchrist Olympio lors des tournées et défendu la ligne du parti lors des rencontres politiques. L’ancien chef de la diplomatie togolaise a ainsi joué un rôle majeur dans l’implantation du parti à l’époque du multipartisme renaissant.

 

Sur le même sujet : UFC : Deux courants à couteaux tirés pour le contrôle du parti

 

Avec la scission intervenue en 2010, à la suite de la signature de l’accord dit « des braves » entre le RPT, alors parti au pouvoir, et l’UFC, le parti a traversé une profonde crise. Cette entente a entraîné le départ de plusieurs militants, conduits par Jean-Pierre Fabre, qui ont fondé l’Alliance nationale pour le changement (ANC). Elliot Ohin, mémoire vivante du parti, est cependant demeuré fidèle à son mentor Gilchrist Olympio, avec qui il avait survécu à l’attentat de Soudou.

Un tel personnage, qu’on l’apprécie ou non, mérite le respect pour le combat qu’il a incarné, le courage qu’il a inspiré et l’espoir qu’il a suscité au sein de la jeunesse du parti, mais aussi du pays.

 

Une exclusion qui ravive les fractures internes du parti

En désaccord avec les militants de la « 25ème  heure » du parti, Elliot Ohin n’a pas été élu dans les instances dirigeantes lors du dernier congrès. Celui qui se considère toujours comme le deuxième vice-président de l’UFC explique cette situation par le fait que « la lumière et l’obscurité ne peuvent cohabiter ».

Cette divergence entre les deux courants, latente depuis plusieurs années, a pris une nouvelle tournure avec l’exclusion définitive d’Elliot Ohin du parti, prononcée le 14 mai 2026 par le deuxième vice-président, Sena Alipui. Dans le communiqué signé par l’actuel ministre de l’Eau, il est reproché à Ohin des « violations répétées des statuts et dispositions du règlement intérieur du parti, notamment des procédures financières ; des propos et comportements contraires à la ligne du parti ; ainsi que des actes d’indiscipline et de sabotage de l’action du parti ».

Une semaine avant son exclusion, intervenant sur une radio locale, l’ancien ministre des Affaires étrangères de Faure Gnassingbé avait non seulement éclairé l’opinion sur les accusations de détournement de fonds visant sa personne, mais il avait également appelé à une alternance pacifique. Son discours s’est montré particulièrement critique à l’égard de la Ve République, ce qui a surpris pour un homme ayant collaboré avec Faure Gnassingbé. Pour de nombreux observateurs, cette sortie médiatique lui aurait valu son exclusion définitive du parti, tant ses propos tranchaient avec la ligne défendue par l’UFC actuelle.

On se souvient en effet que Sena Alipui, principal responsable du parti sur le territoire national et alors député, faisait partie des parlementaires ayant soutenu la nouvelle Constitution. Par la suite, l’UFC a tacitement accompagné le vote de cette loi. En guise de récompense politique, Sena Alipui a d’abord été nommé sénateur avant d’entrer au gouvernement comme ministre.

« Dans tout parti politique, il existe des courants. Mais on ne doit pas instrumentaliser les organes du parti pour écarter un camarade devenu gênant », estime un militant de l’UFC. Avant d’ajouter : « Au moment où l’on s’acharne sur le vieux Ohin, on ferait mieux de montrer à la jeune Mila qu’on est un vrai garçon », ironise-t-il.

Un tel personnage, à défaut de lui dresser une statue, on ne l’exclut pas du parti.

Au-delà du cas personnel d’Elliot Ohin, cette crise révèle surtout le profond malaise qui traverse aujourd’hui l’UFC, entre héritage historique, fidélités anciennes et recomposition politique. En écartant l’un des survivants de Soudou, le parti de Gilchrist Olympio prend le risque d’ouvrir un débat plus large sur la place accordée à ceux qui ont porté, souvent au prix de leur vie, le combat pour le pluralisme politique au Togo. Car en politique, exclure un homme est une chose ; effacer son histoire en est une autre.

 

 

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Albert Akouété AGBEKO

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