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Olivier Folly-Hola Ayeboua, SG de l’APCSH-Togo : « L’échec scolaire ne tue pas, c’est la manière dont il est vécu qui peut conduire au drame »

Après le suicide de deux jeunes Togolais à la suite d’un échec à un examen, la santé mentale des jeunes s’impose au cœur du débat. La rubrique dix (10) questions à ceux qui agissent de TOGO SCOOP INFO, reçoit Dr Olivier Folly-Hola Ayeboua, secrétaire général de l’Association des Psychologues Cliniciens et de la Santé Hospitaliers du Togo (APCSH-Togo). Il décrypte les mécanismes psychologiques qui peuvent conduire au désespoir, explique comment repérer les signes de détresse et appelle à une meilleure prise en charge de la santé mentale au Togo.

Lecture…

 

TOGO SCOOP INFO : Pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler de votre parcours dans le domaine de la psychologie clinique et de la santé hospitalière ?

Olivier Folly-Hola AYEBOUA :  Je suis Olivier Folly-hola AYEBOUA, titulaire d’un doctorat en psychologie clinique et de la santé de l’Université de Lomé. Je suis devenu psychologue clinicien praticien en 2016 et j’exerce actuellement au Centre Hospitalier Régional (CHR) d’Atakpamé. Ayant la confiance de mes collègues, je suis réélu au poste de secrétaire général de l’Association des Psychologues Cliniciens et de la Santé Hospitaliers du Togo (APCSH-Togo) pour un deuxième mandat en cours.

 

TOGO SCOOP INFO : Quelle est la mission de l’Association des Psychologues Cliniciens et de la Santé Hospitaliers du Togo (APCSH-Togo) et quelles sont ses principales actions ?

Olivier Folly-Hola AYEBOUA :  L’APCSH-Togo est créé en 2019. Sa mission principale est de promouvoir le bien-être social et professionnel des Psychologues cliniciens et de la Santé en milieu hospitalier au Togo. Pour ce faire, l’association poursuit des objectifs comme rassembler et renforcer les liens entre les psychologues cliniciens et de la santé en général ; œuvrer pour la formation continue et au renforcement des capacités de ses membres ; œuvrer à l’uniformisation des actes psychologiques, des outils et documents de travail dans les centres hospitaliers du Togo. En outre, l’APCSH-Togo sensibilise les psychologues sur la déontologie de la profession et les règles de bonne conduite ; organise des séances de formations et de partages professionnels pour ses membres et participe aux réunions du SYNPHOT pour défendre l’intérêt des psychologues.

 

TOGO SCOOP INFO : Quel état des lieux faites-vous aujourd’hui de la santé mentale au Togo ?

Olivier Folly-Hola AYEBOUA :  Il y a de cela quelques années, la santé mentale était méconnue du public togolais. Quand bien même, elle n’est pas privilégiée comme la santé physique. De nos jours, beaucoup s’intéressent à la santé mentale. En comparaison avec les années antérieures, nous notons une progression, mais beaucoup reste encore à faire. Il faut que les gens prennent l’habitude de pouvoir consulter un professionnel de santé mentale quand ils s’en rendent compte qu’ils sont beaucoup stressés et chaque année faire un bilan de santé incluant la santé mentale pour évacuer le trop-plein.

 

TOGO SCOOP INFO : Quelles sont les principales souffrances psychologiques observées chez les Togolais, notamment chez les jeunes ?

Olivier Folly-Hola AYEBOUA :  En consultation psychologique, les jeunes sollicitent fréquemment une prise en charge pour des troubles liés à l’usage de substances psychoactives ou aux jeux de hasard et d’argent (addiction), des troubles de l’adaptation, des troubles anxieux et dépressifs, et aussi des comportements suicidaires. Les séquelles psychologiques consécutives (états de stress post-trauma) à des expériences de maltraitance physique, de violences intrafamiliales ou d’exclusion sociale.

 

TOGO SCOOP INFO : Les troubles tels que l’anxiété, la dépression ou le stress sont-ils en progression ? Quels en sont les principaux facteurs explicatifs ?

Olivier Folly-Hola AYEBOUA :  En progression ! Il est difficile d’affirmer une réelle augmentation de ces troubles, dans la mesure où, par le passé, les personnes présentant des symptômes anxieux ou dépressifs consultaient peu les professionnels de santé mentale. Par ailleurs, l’offre de services psychologiques était moins disponible qu’aujourd’hui. Cependant, ces troubles sont désormais fréquemment identifiés lors des évaluations cliniques. Les facteurs associés à leur apparition sont multiples, mais peuvent être regroupés en deux grandes catégories. D’une part, les facteurs environnementaux, notamment le chômage et les conditions de vie familiale. D’autre part, les facteurs personnels, tels que la structure de la personnalité et les facteurs relationnels.

Olivier Folly-Hola Ayeboua, SG de l’APCSH-Togo

TOGO SCOOP INFO : Ces derniers jours, l’opinion publique a été marquée par le suicide d’une jeune fille après un échec à un examen. D’un point de vue psychologique, comment expliquer qu’un échec scolaire puisse conduire certains jeunes à un tel désespoir ?

Olivier Folly-Hola AYEBOUA :  Tout d’abord au niveau cognitif, il faut s’interroger sur la représentation de la réussite scolaire et de l’échec scolaire pour la victime. Si la réussite scolaire est tellement idéalisée et recherchée par des efforts surhumains et où l’échec n’a pas sa place, la personne aura de la difficulté à accepter l’échec et avancer dans la vie. Des schémas de pensées élaborés émergent à la conscience car toute mauvaise nouvelle a un impact négatif sur l’Homme qui finit par adopter le mécanisme de généralisation excessive (“je vais toujours échouer”) ou le sentiment d’impuissance acquise peuvent contribuer à un état de désespoir. La réaction diverge des uns des autres en fonction des pensées et émotions en ce moment précis. La cognition est un facteur central dans les modèles explicatifs du passage à l’acte suicidaire.

Ensuite, les facteurs environnementaux c’est-à-dire l’entourage est à questionner. Est-il protecteur, autrement dit joue-t-il un rôle important en termes de pression familiale ou sociale, attentes scolaires élevées, manque de soutien émotionnel, isolement ou stigmatisation de l’échec. Lorsque ces éléments s’ajoutent à une vulnérabilité psychologique préexistante liée à un antécédent de fragilité du point de vue de la santé mentale, l’échec peut agir comme un déclencheur vu comme une échappatoire.

Enfin, à l’adolescence et au début de l’âge adulte, l’immaturité relative des capacités de régulation émotionnelle peut rendre plus difficile la mise en perspective des événements, favorisant des réactions de crise intense face à des situations perçues comme insurmontables. Car, le profil psychologique n’est pas encore complété pour juger de sa stabilité pour jouer le rôle de protection contre l’échec (un agent stresseur).

 

TOGO SCOOP INFO : Dans un contexte où la réussite scolaire est souvent perçue comme une condition essentielle de réussite sociale, comment aider les jeunes à mieux gérer l’échec, la déception et la pression liée aux examens ?

Olivier Folly-Hola AYEBOUA :  Pour mieux gérer les évènements malheureux de la vie en général et l’échec à un examen en particulier, il faut modifier son schéma de pensées. Ne pas voir l’échec comme une fatalité, mais comme une seconde chance pour mieux rebondir tout en ayant conscience de ses points faibles. Personne ne va à un examen pour échouer, mais pour réussir. Quand survient l’échec, il faut l’accepter en gardant espoir qu’on fera mieux une prochaine fois. Il faut aussi que les parents arrêtent d’insulter voir d’humilier l’enfant à cause de l’argent dépensé pour sa scolarité et autres pour être le premier acteur qui redonne confiance à l’enfant qui a échoué. Cela fait beaucoup de bien aux enfants et adolescents quand ils se sentent compris et acceptés par leur parent.

D’autres parts, c’est de revoir les modes de proclamation des résultats. On pourra par exemple, emboiter le pas des systèmes occidentaux ou le résultat est donné aux parents qui seront formés dans l’accompagnement de leurs enfants élèves, à annoncer un résultat scolaire à ces derniers dans un climat familial plus protecteur contre les comportements suicidaires.

 

TOGO SCOOP INFO : Pourquoi de nombreuses personnes au Togo hésitent-elles encore à consulter un psychologue lorsqu’elles traversent des difficultés émotionnelles ou psychologiques ?

Olivier Folly-Hola AYEBOUA :  Je dirai que ce n’est pas dans nos habitudes culturelles. Les difficultés psychologiques sont souvent liées aux mauvais esprits selon la pensée collective. Dans ce cas les premières personnes à qui l’on se confie, c’est les pasteurs, prêtres religieux et traditionnels.  Pour d’autres, ils se confient à des amis où gèrent cela seul disant qu’ils sont africains et ils sont éduqués à avoir la mentalité forte. Toutefois, voir un professionnel qui est outillé à gérer de telles difficultés et tenu par le secret professionnel reste le meilleur choix.

 

TOGO SCOOP INFO : Comment reconnaître les signes d’une détresse psychologique chez un proche et quand faut-il consulter un spécialiste ?

Olivier Folly-Hola AYEBOUA :  Il faut consulter un spécialiste lorsque consciemment l’on sait qu’il y a un problème ou une souffrance. La détresse psychologique repose sur l’observation de changements durables dans ses émotions, ses comportements et son fonctionnement quotidien. Certains signes doivent particulièrement attirer l’attention.

Les signes sont multiples, sur le plan émotionnel, la personne peut exprimer un sentiment de fatigue morale, de vide ou de désespoir. Sur le plan comportemental, on peut observer un isolement social progressif, une baisse des performances scolaires ou professionnelles, des troubles du sommeil (insomnie ou hypersomnie), une modification de l’appétit, ou encore une négligence de l’hygiène personnelle. Sur le plan cognitif, des difficultés de concentration, une indécision marquée, une vision très négative de soi, du monde et de l’avenir, ou des idées de culpabilité excessive peuvent apparaître. Dans les formes plus sévères, il peut exister des idées suicidaires explicites ou implicites. En contexte africain, ces signes peuvent parfois être masqués ou interprétés différemment en raison des représentations culturelles (explications spirituelles, religieuses ou sociales de la souffrance psychique), ce qui peut retarder la consultation.

 

TOGO SCOOP INFO : Quel message souhaitez-vous adresser aux parents, aux enseignants, aux décideurs publics et à la population togolaise sur l’importance de la santé mentale et de l’accompagnement psychologique ?

Olivier Folly-Hola AYEBOUA :  L’accompagnement psychologique n’est pas un luxe, mais une nécessité. Cet accompagnement nous permet d’être en harmonie avec nous-mêmes. En cas de difficulté, n’hésitez donc pas à demander de l’aide à un professionnel. Notre souhait est que chaque élève puisse bénéficier d’au moins une séance d’écoute psychologique pour lui permettre d’identifier ses forces et faiblesses afin de mieux se préparer pour un examen.

 

 

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Propos recueillis par Albert Akouété AGBEKO

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