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Togo : à quoi sert le Conseil national de la jeunesse dans un pays qui fait davantage la promotion des retraités ?

 

Le gouvernement togolais a annoncé le lancement du processus de renouvellement du Conseil national de la jeunesse (CNJ). Une décision qui, en apparence, traduit une volonté de redynamiser l’organe représentatif des jeunes. Mais au-delà de cette annonce, une interrogation de fond demeure : quelle place la jeunesse occupe-t-elle réellement dans les politiques publiques et dans la gouvernance du pays ?

Un renouvellement annoncé après le Conseil des ministres

Lors du Conseil des ministres du 8 juillet 2026, l’exécutif a donné son feu vert au processus de renouvellement du Conseil national de la jeunesse (CNJ). Créé en 2008, le CNJ est présenté comme le cadre national de représentation des organisations de jeunesse. Il a notamment pour missions de favoriser la participation des jeunes au développement économique, social et culturel, de promouvoir leur engagement citoyen et de servir d’interface entre les pouvoirs publics et les organisations de jeunesse.

Sur le papier, cette institution constitue un instrument de dialogue et de participation. Dans les faits, son efficacité dépend largement de la volonté politique de faire de la jeunesse un véritable acteur des décisions publiques.

Une jeunesse omniprésente dans les discours, absente des responsabilités

L’annonce du renouvellement du CNJ intervient dans un contexte où de nombreuses voix s’interrogent sur la faible présence des jeunes aux postes stratégiques de l’État.

Ces dernières années, les principales institutions de la République ont été confiées à des personnalités ayant déjà effectué de longues carrières dans l’administration ou la vie politique. À l’Assemblée nationale, au Sénat, à la tête de plusieurs institutions constitutionnelles ou encore dans certains ministères, les nominations privilégient régulièrement des profils expérimentés, souvent proches de l’âge de la retraite ou déjà retraités.

 

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Cette tendance nourrit un sentiment de frustration chez une partie de la jeunesse togolaise, qui estime être sollicitée principalement lors des campagnes électorales ou des grandes mobilisations politiques, sans bénéficier ensuite d’une véritable ouverture vers les responsabilités.

Pour beaucoup d’observateurs, le renouvellement générationnel tarde à s’imposer dans les sphères décisionnelles.

Le maintien des retraités dans l’administration interroge

Au-delà des institutions politiques, le phénomène est également observé dans l’administration publique.

Il n’est pas rare que des fonctionnaires ayant officiellement atteint l’âge de la retraite continuent d’occuper leurs fonctions pendant plusieurs années, parfois sous forme de prolongations ou de contrats.

Cette situation est régulièrement critiquée par ceux qui estiment qu’elle freine le renouvellement des compétences et réduit les perspectives d’accès des jeunes diplômés aux responsabilités administratives.

Dans un pays où le chômage et le sous-emploi des jeunes constituent des défis majeurs, cette pratique est perçue par certains comme le symbole d’une transition générationnelle qui peine à se concrétiser.

La question est donc posée : comment permettre aux jeunes d’acquérir de l’expérience si les postes de décision restent durablement occupés par les générations précédentes ?

Le Forum national de la jeunesse, une promesse jamais concrétisée

L’un des exemples qui traduit ce mépris concerne le Forum national de la jeunesse.

Le 3 janvier 2018, à l’occasion de ses vœux à la Nation, le président Faure Gnassingbé avait annoncé la tenue de cette grande rencontre destinée à permettre aux jeunes d’échanger directement avec les autorités sur leurs préoccupations.

Prévu les 20 et 21 avril 2018 au Palais des Congrès de Lomé, le Forum devait réunir entre 1 500 et 3 000 jeunes venus de tout le pays.

Quelques jours avant son ouverture, le Comité national d’organisation, alors présidé par le professeur Komi Dodzi Kokoroko, avait annoncé son report, invoquant un agenda présidentiel particulièrement chargé.

Depuis ce report, aucune nouvelle date n’a été fixée et cette initiative n’a jamais vu le jour.

Plus de huit ans après cette annonce, cette absence continue d’alimenter les interrogations sur les priorités accordées aux questions de jeunesse.

Un CNJ à reconstruire après une histoire mouvementée

Le Conseil national de la jeunesse n’est pas non plus exempt de difficultés institutionnelles.

En 2014, le gouvernement avait dissous le bureau issu des élections du CNJ, estimant que le scrutin avait été entaché de nombreuses irrégularités. Les mauvaises langues à l’époque avait dit que c’est parce que la tête de celui qui a été élue ne plaisait. Car comment peut-on expliquer qu’un pays dont la gouvernance est axée sur la fraude électorale peut-elle se permettre de dissoudre un conseil pour fraude.

Plusieurs observateurs estiment que le succès de cette relance dépendra moins de l’organisation d’élections internes que de la capacité des autorités à faire des jeunes de véritables acteurs de la gouvernance nationale.

Au-delà du CNJ, la question de la confiance

Le renouvellement du Conseil national de la jeunesse constitue sans doute une étape importante pour les organisations de jeunes. Mais son utilité sera jugée à l’aune des résultats.

Si les jeunes continuent d’être peu représentés dans les postes de responsabilité, si les mécanismes de transmission entre générations restent limités et si les grandes promesses, comme celle du Forum national de la jeunesse, demeurent sans suite, beaucoup risquent de considérer le CNJ comme une institution consultative aux marges de la décision publique.

La véritable question dépasse donc le seul renouvellement de cette instance. Elle porte sur la volonté de l’État d’accorder à sa jeunesse une place effective dans la conduite des affaires publiques. Car une politique de jeunesse ne se mesure pas uniquement à l’existence d’un conseil ou d’une structure dédiée ; elle se traduit aussi par la confiance accordée aux jeunes, leur accès aux responsabilités et leur participation réelle aux décisions qui engagent l’avenir du pays.

 

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Albert Akouété AGBEKO

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