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Et si, pour une fois, Faure Gnassingbé rejoignait Kara par la route nationale N°1 ?

 

À l’approche des Evala 2026, des dizaines de milliers de Togolais s’apprêtent à prendre la route nationale N°1 pour rallier Kara qui accueille cette grande fête traditionnelle des Kabyè. Comme chaque année, cet axe vital du pays sera fortement sollicité par les voyageurs, les transporteurs et les commerçants. Mais, comme chaque année également, les inquiétudes liées à son état refont surface.

La nationale N°1 est bien plus qu’une simple route. Elle constitue la colonne vertébrale du réseau routier togolais. Elle relie le port de Lomé, poumon économique du pays, aux régions septentrionales et assure une grande partie des échanges économiques entre le sud et le nord du pays. Son importance est stratégique pour un État qui ambitionne de devenir un hub logistique en Afrique de l’Ouest.

Pourtant, cet axe continue de susciter de nombreuses préoccupations. Son étroitesse sur de longues portions, la dégradation de certains tronçons et le trafic intense de poids lourds rendent les déplacements particulièrement difficiles. Les accidents de circulation y sont fréquents et parfois dramatiques. Chaque année, des familles sont endeuillées sur cette route. Le souvenir de l’accident ayant coûté la vie à plusieurs artistes togolais, dont Folo et des membres de son équipe au retour des Evala en 2017, reste gravé dans les mémoires et rappelle le lourd tribut payé par les usagers.

 

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Il y a plus de deux décennies, lors de son accession au pouvoir, Faure Gnassingbé avait annoncé son ambition de moderniser les infrastructures routières, notamment en évoquant le dédoublement de la nationale N°1 dans le cadre de son programme « 20+ ». Plus de vingt ans après, force est de constater que ce chantier, très attendu par les populations, n’a pas encore vu le jour comme la plupart des annonces faits par ce dernier.

Les Evala 2026 offrent ainsi une occasion symbolique. Et si, cette fois-ci, le président du Conseil décidait de parcourir les près de 420 kilomètres séparant Lomé de Kara par voie terrestre plutôt que par avion ?

Un tel déplacement dépasserait largement le simple symbole. Il permettrait à Faure Gnassingbé de constater personnellement les réalités auxquelles sont confrontés quotidiennement les usagers : les embouteillages provoqués par des camions immobilisés, les longues heures d’attente lorsqu’un semi-remorque se renverse et bloque complètement la circulation, les dépassements périlleux imposés par l’étroitesse de la chaussée ou encore les difficultés rencontrées par les transporteurs et les voyageurs.

Gouverner, c’est aussi connaître concrètement les conditions de vie de ses concitoyens. Les rapports administratifs et les présentations techniques constituent des outils d’aide à la décision, mais rien ne remplace l’observation directe du terrain. Parcourir la nationale N°1 permettrait d’appréhender avec davantage de précision les attentes des populations qui empruntent quotidiennement cet axe stratégique.

L’histoire politique du Togo montre que les déplacements terrestres des chefs d’État ont souvent constitué des moments privilégiés de contact avec les citoyens. Les présidents Sylvanus Olympio puis Gnassingbé Eyadema ont, chacun à leur époque, sillonné le pays par la route. Aujourd’hui, beaucoup de Togolais souhaiteraient voir leurs dirigeants multiplier ce type de proximité.

Au-delà du cas de la nationale N°1, cette réflexion pose une question plus large : celle de la relation entre les gouvernants et les gouvernés. Les politiques publiques gagnent souvent en pertinence lorsque leurs décideurs expérimentent eux-mêmes les réalités quotidiennes des citoyens. Qu’il s’agisse des infrastructures routières, des hôpitaux, des écoles ou des marchés, le contact direct avec le terrain constitue un précieux indicateur de l’efficacité de l’action publique.

À l’heure où les populations convergent vers Kara pour célébrer les Evala, un trajet routier du président du Conseil serait perçu comme un geste fort. Non seulement il témoignerait d’une volonté de proximité, mais il attirerait également l’attention sur l’urgence d’accélérer la modernisation de la nationale N°1, dont dépend une partie essentielle de la sécurité des usagers et du développement économique du Togo.

Car au-delà des symboles, une évidence demeure : les Togolais emprunteront encore cette route demain, après les Evala. Ils continueront d’y transporter leurs marchandises, d’y rejoindre leurs familles, d’y poursuivre leurs activités. Leur offrir un axe moderne, sécurisé et adapté au trafic actuel constitue moins une faveur qu’une exigence de développement et de sécurité publique.

 

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Albert Akouété AGBEKO

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