Nouveau chef imposé à Sagbado : les dieux d’Aflao ont tranché en six jours
C’est le plus court règne de l’histoire de la chefferie traditionnelle au Togo. Intronisé vendredi 7 août 2026 comme chef du canton de Sagbado, l’une des communautés autochtones de Lomé, Togbui Attissogbui Dzogbevi Semekonawo IV n’aura régné que six jours sur ses administrés. Il a tiré sa révérence très tôt ce jeudi 13 août 2026, a appris TOGO SCOOP de sources concordantes.
Très éphémère, le règne de Togbui Attissogbui, qui n’aura même pas eu le temps de tenir un conseil coutumier avant sa disparition.
Il faut dire que l’intronisation du nouveau chef est intervenue dans un climat de contestation et au mépris des règles régissant la chefferie traditionnelle. Régent du trône à la suite d’une vacance ayant duré une décennie, le nouveau chef a été imposé par le ministère de l’Administration territoriale, qui avait obtenu, le 26 mai 2026, la signature du décret de reconnaissance par le président du Conseil, au mépris des us et coutumes éwé.
En effet, en milieu éwé, et parfois au-delà, un régent n’accède pas au trône. C’est précisément sur ce point que se sont focalisés les opposants à Togbui Attissogbui Dzogbevi Semekonawo, notamment les héritiers originels du trône, qui contestent la légitimité d’un régent à accéder à la chefferie. Ces derniers avaient même saisi la Chambre administrative de la Cour suprême afin d’obtenir le sursis à l’application du décret, sans succès.
Les principaux reproches formulés contre l’intronisation d’Attissogbui Dzogbenyi Semekonawo portent sur des irrégularités dans le processus de désignation : non-respect des usages et coutumes de la chefferie, écartement de certains candidats, non-respect des recommandations des autorités administratives, ainsi que des pressions qui auraient été exercées sur des membres du conseil coutumier.

Les contestataires dénoncent également l’absence de notification et de publicité du décret, une violation alléguée de la Constitution togolaise et un détournement de pouvoir. Ils estiment enfin que l’intronisation, intervenue avant que la Cour suprême ne statue sur leur recours, était susceptible d’aggraver les divisions et les tensions au sein de la communauté d’Aflao-Sagbado.
C’est dans ce contexte que le gouvernement qui utilise la vieille méthode du colon « diviser pour régner », a imposé un chef délégitimé afin de le rendre redevable du pouvoir. Ainsi, la cérémonie de remise du décret de reconnaissance au nouveau chef, qui aurait dû être un moment de réjouissance populaire, s’est transformée en un canton sous haute surveillance.
Et comme le dit l’adage, « on ne change pas une équipe qui gagne ». Le gouvernement a ainsi ressorti une méthode qui, lui permet de se maintenir au pouvoir depuis plus de six décennies, au mépris des aspirations profondes du peuple. Un important dispositif militaire avait été déployé dans le canton afin de prévenir toute contestation. Comme cela a souvent été le cas au Togo, cette stratégie a permis de contenir la contestation à Sagbado. Mais pour combien de temps encore ?
Toutefois, au moment de son intronisation, un fait avait particulièrement retenu l’attention : Togbui Attissogbui avait versé des larmes. Pour certains, il s’agissait simplement de larmes d’émotion. D’autres, en revanche, y voient aujourd’hui un signe prémonitoire et lui donnent une interprétation métaphysique, surtout après cette disparition aussi brusque que brutale. Certains vont jusqu’à affirmer que le nouveau chef aurait, d’une manière ou d’une autre, pressenti sa fin.
Désormais, après six jours seulement, les Aflao se retrouvent de nouveau face au problème de leur chefferie. Retour à la case départ.
La question est maintenant de savoir si le gouvernement saisira cette occasion pour revoir son approche de la chefferie traditionnelle, cesser de la politiser et prendre le temps nécessaire pour organiser la succession dans le respect des traditions, des us et coutumes des populations concernées.
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Francine DZIDULA
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